La mode autrement

Ugly Models, l'agence des mannequins extra-ordinaires

  • PubliĂ© le 17 fĂ©vrier 2018 Ă  02:57
Combinaison de photos de modÚles photographiés pendant un casting de l'agence Ugly Models à Londres le 25 janvier 2018

Il y a des tatoués, des ventrus, des nez tordus, des oreilles décollées, de grands mentons et de longs cous. Mais pas de mensurations parfaites. Bienvenue chez Ugly Models, une agence de mannequins d'un autre genre à Londres.


La Fashion Week s'ouvre vendredi dans la capitale britannique, et parmi les légions de mannequins qui défileront sur les podiums, il n'en est guÚre qu'une poignée qui viendront de chez Ugly. Les semaines de la mode, avec leurs jeunes modÚles filiformes ou androgynes, ce n'est pas vraiment la spécialité de la maison.

Ici, on fait plutÎt dans l'original. Et si "Ugly Models agency" se traduit par "L'agence des mannequins moches", elle offre bien davantage. "C'est une agence pour les mannequins qui ont du caractÚre", résume son patron, Marc French. "Il y a des gros, des minces, des grands, des petits. C'est une célébration de la diversité", souligne ce quinquagénaire barbu au sourire narquois, qui cite volontiers Gérard Depardieu comme parangon.

"Ce n'est pas le plus bel homme qui vient forcément à l'esprit mais, quand vous le regardez, (...) il est tellement différent, tellement cool qu'il en devient sexy".

- Le laid, c'est le beau -

Fondée il y a un demi-siÚcle, Ugly occupe un open-space branché dans l'ouest londonien. Canapé baroque, ordinateurs en alu brossé, murs constellés de photos de mannequins. On y trouve un portrait de David Bowie, ou cette citation, qui sonne comme une devise: "L'imperfection est beauté, la folie est génie".

Comme n'importe quelle agence, Ugly gÚre la carriÚre de mannequins et les met en contact avec des clients en tous genres: Burberry, Mercedes ou Jack Daniel's. Ce jour-là, l'agence organise un casting pour compléter son catalogue. Réputation oblige, les postulants sont loin des standards du secteur.
Il y a les costauds. Chris par exemple, un ancien militaire aux bras Ă©pais comme des jambons, posant torse nu en compagnie d'une brune en maillot deux piĂšces. Elle a 50 ans, n'en paraĂźt que la moitiĂ©, et rĂȘve de relancer sa carriĂšre de mannequin.

Ou Kris Chesney, un ex-rugbyman passé par Toulon et Saracens. Une montagne de 1,98 m pour 135 kg. Bras tatoués, crùne rasé, fier de sa gueule accidentée, d'un corps marqué par des années d'empoignades sur les terrains de l'ovalie. Ce qu'il cherche? "Une nouvelle aventure, un nouveau défi".
Il y a ceux qui ont une cause à défendre. Sheerah Ravindren est un petit bout de femme de 1,61 m. Elle a 22 ans, vient du Sri Lanka et se présente comme une "mannequin militante immigrée".

Jeans baggy et top noir, elle a de longs cheveux de jais, un piercing Ă  la narine droite, le ventre nu et un discours engagĂ©. "Je suis une femme de couleur, dit-elle. En grandissant, je n'ai jamais vu quelqu'un qui me ressemblait dans les mĂ©dias ou dans la mode". Ou Frances, une autre jeune femme. Perfecto, mitaines, frange rĂ©tro, et une Ă©tonnante paire de bĂ©quilles futuristes. Elle est handicapĂ©e mais, clame-t-elle fiĂšrement, "ça ne m'a jamais empĂȘchĂ©e de faire ce que je voulais".

- 'Bien dans sa peau' -

"Un bon mannequin Ugly, c'est quelqu'un qui est bien dans sa peau", rebondit Marc French. "On ne veut pas que les gens changent. C'est vraiment important quand on pense à la pression qu'il y a sur les jeunes", soumis entre autre au diktat de la minceur. Friande de ce qui sort de l'ordinaire, l'agence se défend pourtant de faire dans le bizarroïde ou d'utiliser cyniquement les particularités de ses mannequins. Au contraire.

"Parfois, on nous appelle pour demander des +personnes de petites tailles qui se tapent dessus+...", soupire Lulu Palmer, chargĂ©e des nouvelles tĂȘtes. "Ça, on ne fait pas. On n'est pas lĂ  pour exploiter les gens". Toujours Ă  l'affĂ»t de nouveaux talents, le personnel reconnaĂźt que le nom de l'agence ("Ugly", moche) peut parfois susciter des rĂ©actions circonspectes.

"J'ai rencontrĂ© tellement de gens qui me disent: +Tu ne vas quand mĂȘme pas me demander d'ĂȘtre un mannequin?", raconte Marc. Mais quand ils rĂ©alisent la vĂ©ritable nature de l'agence, ses opportunitĂ©s, "c'est lĂ  qu'ils veulent en faire partie!".

AFP

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