Catastrophe humanitaire

Ukraine: 100.000 personnes toujours bloquées dans "l'enfer glacial" de Marioupol

  • PubliĂ© le 23 mars 2022 Ă  07:34
  • ActualisĂ© le 23 mars 2022 Ă  07:37
Des policiers ukrainiens inspectent un drone russe abattu dans les environs de l'Académie nationale des sciences, touchée par une frappe, à Kiev, le 22 mars 2022

Environ 100.000 personnes sont encore bloquées sous les bombes russes dans Marioupol assiégée, prÚs d'un mois aprÚs le début de l'invasion de l'Ukraine par les forces russes, qui ne contrÎlent qu'une grande ville mais en bombardent toujours plusieurs

La proposition du président ukrainien Volodymyr Zelensky de rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine pour dégager des "compromis", y compris sur les territoires occupés de la Crimée et du Donbass, est restée lettre morte mardi, les Russes espérant un processus de négociations "plus énergique, plus substantiel", selon Dmitri Peskov, le porte-parole de la présidence russe.

En attendant l'éventuelle amorce d'un cessez-le-feu, "prÚs de 100.000 personnes dans des conditions inhumaines" sont piégées dans les ruines de Marioupol, "en état de siÚge total, sans nourriture, sans eau, sans médicaments, sous des bombardements constants", a alerté M. Zelensky dans une vidéo publiée mercredi à l'aube.

Le président ukrainien doit s'adresser aux parlements français et japonais mercredi, en prélude à une fin de semaine à haute activité diplomatique: jeudi, un mois jour pour jour aprÚs le déclenchement de l'invasion, les Occidentaux se réuniront à Bruxelles pour des sommets de l'Otan, du G7 et de l'Union européenne.

A la clef, "de nouvelles sanctions contre la Russie", selon Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden. Le président américain se rendra ensuite en Pologne, pays qui accueille la plupart des 3,5 millions de réfugiés ukrainiens.
Joe Biden, qui part mercredi pour l'Europe, va aussi "travailler avec les alliés sur des ajustements de long terme" concernant la présence de l'Otan en Europe de l'Est, a précisé M. Sullivan.

- "Bombes superpuissantes" -

Marioupol, ville portuaire majoritairement russophone et stratégiquement située entre la Crimée (sud), occupée par Moscou depuis 2014, et le territoire séparatiste de Donetsk (est), est bombardée depuis des semaines par les Russes. Elle a été visée mardi par deux "bombes superpuissantes", selon la municipalité, qui n'a pas donné de bilan.

Des images satellite prises mardi matin par l'entreprise américain Maxar et distribuées à l'AFP montraient la dévastation de quartiers résidentiels, infrastructures civiles et usines.

Des chars russes ont pénétré dans la ville, et un haut responsable du Pentagone a affirmé mardi soir que la stratégie russe s'appuyait désormais sur "des tirs à longue portée en centre-ville", observés par les Américains "depuis les derniÚres 24 heures".

Des habitants ayant fui Marioupol ont décrit à l'ONG Human Rights Watch "un enfer glacial, avec des rues jonchées de cadavres et de décombres d'immeubles détruits".

"Ce n'est pas la guerre, c'est un génocide", a déclaré mardi à l'AFP la procureure générale d'Ukraine, Iryna Venediktova, car "les théùtres de guerre ont des rÚgles, des principes. Ce que nous voyons à Marioupol, (c'est) l'absence totale de rÚgles".

Le président Zelensky a dénoncé mardi soir la capture par les Russes d'un convoi humanitaire. Pour la fourniture de vivres et de médicaments, "toutes nos tentatives, malheureusement, sont réduites à néant par les occupants russes. Avec des bombardements ou une terreur évidente", a-t-il déploré.

Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'ONU, Antonio Guterres, s'est Ă©levĂ© mardi contre une guerre "absurde" et "ingagnable, et a jugĂ© que "mĂȘme si Marioupol tombait, l'Ukraine ne pourrait pas ĂȘtre conquise ville par ville, rue par rue, maison par maison". Les forces russes ont continuĂ© en ce dĂ©but de semaine Ă  bombarder d'autres villes ukrainiennes: Kiev, Kharkiv, Odessa, MykolaĂŻv, Tcherniguiv...

A Kiev, oĂč le couvre-feu instaurĂ© lundi matin est censĂ© s'achever ce mercredi matin, l'avancĂ©e des troupes russes semble figĂ©e. Et la population, dont une grande partie des 3,5 millions d'habitants ont fui, attend, anxieuse mais dĂ©terminĂ©e, un Ă©ventuel assaut des troupes russes. Dans l'ouest, le nord et l'est de la capitale, pas un coin de rue, une contre-allĂ©e ou un carrefour qui ne soit coupĂ© par une muraille de sacs de sable ou des hĂ©rissons anti-chars, faits de barres de mĂ©tal croisĂ©s en Ă©toile.

AprĂšs la frappe dimanche soir d'un missile russe sur un centre commercial ultramoderne de Kiev, oĂč Ă©taient camouflĂ©s munitions et piĂšces d'artillerie selon Moscou, la crainte porte sur des drones-espions ou kamikazes, comme des photos sur les rĂ©seaux sociaux qui pourraient rĂ©vĂ©ler les positions ukrainiennes.

Au moins une personne a péri mardi dans une attaque contre un immeuble de l'Académie nationale des sciences, dans le nord-ouest de la ville, a constaté l'AFP. Au total, 228 personnes, dont 4 enfants, ont été tuées dans la capitale depuis le début de l'invasion.

Les bombardements étaient particuliÚrement intenses mardi dans plusieurs localités autour de la capitale et des combats étaient en cours en banlieue, à Irpin et Gostomel, selon le gouverneur de la région, Oleksandre Pavliouk.

- Contre-offensive -

Dans le sud de l'Ukraine, oĂč se trouve la seule ville majeure du pays qu'elles contrĂŽlent (Kherson), les forces russes tentent de progresser vers l'ouest et la mer Noire mais ne progressent pas autour de MykolaĂŻv.
Kharkiv (nord-est), la deuxiÚme ville du pays, est entourée par les forces russes sur plusieurs cÎtés et les grands axes, mais n'est pas encerclée.

Les Ukrainiens "sont dĂ©sormais, dans certaines situations, Ă  l'offensive", a dĂ©clarĂ© le porte-parole du Pentagone John Kirby sur CNN, affirmant qu'ils "pourchassent les Russes et les repoussent en dehors de zones oĂč les Russes Ă©taient par le passĂ©". Ces derniers connaissent des problĂšmes de logistique, de ravitaillement, de coordination, de commandement et de communication, a-t-il Ă©numĂ©rĂ© plus tard lors d'un point-presse, "donc il y a beaucoup de choses qu'ils n'ont pas rĂ©ussies".

Les Américains suggÚrent ainsi, mezzo voce, la survenue d'un point de bascule dans le conflit. Un haut responsable du Pentagone a avancé mardi soir que, "pour la premiÚre fois", les Russes étaient passés "un peu en dessous de 90% de leur puissance de combat disponible" massée au Bélarus et à la frontiÚre russo-ukrainienne.

Or, le New York Times, s'appuyant sur des sources du Pentagone, explique que la perte de 10% d'effectifs militaires d'une armée (morts ou blessés) entrave fortement sa capacité à combattre.

D'aprÚs Washington, la Russie a amplifié ces derniers jours ses opérations aériennes et navales dans le pays face à la résistance des forces ukrainiennes. "Ce que nous voyons, c'est une tentative désespérée des Russes de reprendre de l'élan", constatait en début de semaine un haut responsable du Pentagone.

AFP

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