Invasion russe

Ukraine : les combats s'intensifient dans l'est, Poutine met en garde contre des dĂ©ploiements de l'Otan

  • PubliĂ© le 17 mai 2022 Ă  05:27
  • ActualisĂ© le 17 mai 2022 Ă  05:31
Ukraine : les combats s'intensifient dans l'est, Poutine met en garde contre des déploiements de l'Otan

L'offensive russe dans le Donbass s'est intensifiĂ©e lundi et a fait 10 morts Ă  Severodonetsk, un important centre administratif encore sous le contrĂŽle de Kiev, tandis que la Russie a averti qu'elle rĂ©agirait Ă  des dĂ©ploiements d'"infrastructures militaires" de l'Otan en Finlande et en SuĂšde, candidates Ă  une entrĂ©e dans l'Alliance atlantique. A Bruxelles, l'UE a tentĂ© quant Ă  elle de s'entendre sur un arrĂȘt des achats de pĂ©trole russe, refusĂ© par la Hongrie, arguant du poids financier qu'une telle mesure ferait peser sur elle.

A Severodonetsk, une ville devenue importante pour les Ukrainiens depuis que des forces séparatistes soutenues par Moscou se sont emparées d'une partie du Donbass (est de l'Ukraine) en 2014, "au moins 10 personnes ont été tuées" dans des bombardements russes, a annoncé lundi le gouverneur de la région. Cette cité est quasiment encerclée par les forces de Moscou.

 Dans un précédent message lundi, Serguiï Gaïdaï avait fait état de frappes d'artillerie sur Severodonetsk et sur sa ville jumelle de Lyssytchank, ayant provoqué des incendies dans des quartiers d'habitation."Severodonetsk a subi des frappes trÚs puissantes", a-t-il ajouté, accompagnant son message de photographies des destructions.

Malgré les appels des autorités ukrainiennes à évacuer Lyssytchansk, qui n'est séparée de Severodonetsk que par un cours d'eau, le Siversky Donets, et qui est réguliÚrement bombardée, plus de 20.000 civils - contre 100.000 habitants avant la guerre - sont restés, selon des volontaires qui distribuent de l'aide dans la région. "Je pense que les gens ne saisissent pas entiÚrement la situation", a déploré Viktor Levtchenko, un policier tentant de les convaincre d'évacuer. "Nous devons esquiver les bombardements et traverser des zones trÚs dangereuses pour arriver jusqu'à eux, les nourrir et essayer de les évacuer".

Pavlo Kyrylenko, le gouverneur de la région voisine de Donetsk, a de son cÎté annoncé que neuf civils avaient été tués lundi et 16 blessés dans sa région.

- Soldats russes "expulsés" -

Dans le nord-est, les Ukrainiens ont repris le contrÎle d'une partie de la frontiÚre dans la région de Kharkiv, selon Kiev. Diffusant sur son compte Facebook une vidéo montrant des soldats ukrainiens devant un poteau-frontiÚre peint aux couleurs de l'Ukraine, jaune et bleu, le ministÚre de la Défense s'est félicité lundi que ses forces aient "expulsé les Russes".

Les Russes ont bombardé des semaines durant des quartiers nord et est de Kharkiv, la deuxiÚme ville d'Ukraine, à partir de localités récemment reprises par les Ukrainiens. L'armée russe a néanmoins affirmé avoir, dans la nuit de samedi à dimanche, tiré des "missiles de haute précision" sur des "points de commandement" ukrainiens dans cette région, notamment à Tsapivka, ainsi que sur des dépÎts d'armement dans les régions de Donetsk et de Lougansk (est), qui forment le Donbass.

Les autoritĂ©s ukrainiennes s'attendent dĂ©sormais Ă  ce que les unitĂ©s dĂ©sengagĂ©es de la rĂ©gion de Kharkiv aillent renforcer les troupes russes dans le Donbass, oĂč elles ne progressent que laborieusement, selon OleksiĂŻ Arestovytch, un conseiller de la prĂ©sidence ukrainienne. "On se prĂ©pare Ă  de nouvelles tentatives de la Russie d'attaquer dans le Donbass", pour "intensifier son mouvement vers le sud de l'Ukraine", avait dĂ©clarĂ© le prĂ©sident ukrainien Volodymyr Zelensky dimanche.

Plusieurs responsables occidentaux, notamment les services de renseignement militaire britanniques, ont souligné ces derniers jours que l'offensive russe dans l'est de l'Ukraine n'avait permis ces derniers temps aucun gain territorial substantiel.

 A Marioupol, une grande ville dévastée par les bombes du sud du Donbass, plus de 260 combattants ukrainiens ont été évacués lundi de l'aciérie Azovstal, dernier bastion de résistance ukrainienne dans ce port stratégique, a annoncé la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Malyar.Quelque "53 blessés graves ont été évacués d'Azovstal vers Novoazovsk pour assistance médicale et 211 autres ont été transportés à Olenivka par un couloir humanitaire", a-t-elle déclaré.

Ces localitĂ©s sont situĂ©es en territoire contrĂŽlĂ© par les forces russes et prorusses dans l'est de l'Ukraine, mais Ganna Malyar a prĂ©cisĂ© que les combattants devaient ĂȘtre Ă  l'avenir rapatriĂ©s en territoire contrĂŽlĂ© par l'Ukraine, "dans le cadre d'une procĂ©dure d'Ă©change".

- "Pas une menace immédiate" -

Le Kremlin multiplie depuis la semaine derniÚre les avertissements sur un autre front, celui de l'élargissement probable de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan) à la Finlande et la SuÚde, deux pays que l'invasion russe de l'Ukraine, déclenchée le 24 février, a poussés à renoncer à des décennies de non-alignement militaire.

 Le président russe Vladimir Poutine a estimé lundi que ces adhésions ne constituaient pas "une menace immédiate". Mais, a-t-il poursuivi, "le déploiement d'infrastructures militaires sur les territoires de ces pays entraßnera bien sûr une réponse".La Russie avait en particulier expliqué son attaque en Ukraine par le rapprochement de son voisin occidental avec l'Otan, estimant que cela constituait une menace "existentielle" pour sa sécurité.

Avec l'entrée probable de la Finlande dans l'Otan, c'est 1.300 km de frontiÚres terrestres supplémentaires que la Russie partagera avec l'Alliance atlantique. AprÚs la Finlande la veille, la SuÚde a à son tour annoncé lundi qu'elle allait demander son adhésion à l'Otan, aprÚs une consultation de son Parlement. Ces candidatures prouvent qu'"une agression ne paie pas", a jugé le secrétaire général de l'Alliance atlantique Jens Stoltenberg.

Il s'est aussi dit "confiant" dans la possibilité pour les Etats de l'Alliance de trouver un compromis avec la Turquie, dont le président Recep Tayyip Erdogan a martelé lundi qu'elle ne "cÚderait pas" quant à son refus de voir la Finlande et la SuÚde entrer dans l'Otan. Ankara leur reproche de faire preuve de mansuétude envers les rebelles kurdes du PKK (parti des travailleurs du Kurdistan) considéré comme organisation terroriste.

Lundi soir, la France assurait qu'elle "se tiendrait aux cÎtés" des deux pays en cas d'agression, tandis que Londres appelait à ce qu'ils soient intégrés à l'Otan "dÚs que possible".

- Facture de 15 Ă  18 millions d'euros -

AprĂšs une visite en Allemagne oĂč il s'est fĂ©licitĂ© de l'Ă©volution de la position de Berlin, dĂ©sormais prĂȘt Ă  livrer des armes lourdes Ă  Kiev, le ministre ukrainien des Affaires Ă©trangĂšres Dmytro Kouleba Ă©tait lundi Ă  Bruxelles, pour discuter, entre autres, de nouvelles sanctions contre la Russie. Ses homologues de l'UE y sont rĂ©unis pour tenter de dĂ©bloquer un projet d'embargo sur les importations de pĂ©trole russe, refusĂ© par la Hongrie qui en est trĂšs dĂ©pendante - au grand dam des Etats membres les plus proches de Kiev. "Toute l'Union est malheureusement prise en otage par un État membre qui ne peut pas nous aider Ă  trouver un consensus", a dĂ©plorĂ© le chef de la diplomatie lituanienne, Gabrielius Landsbergis.

Pour le chef de la diplomatie hongroise, Peter Szijjarto, "les Hongrois attendent lĂ©gitimement une proposition de solution pour financer les investissements (de nouvelles infrastructures) et compenser des hausses de prix, un coĂ»t global de l'ordre de 15-18 milliards d’euros".

Au terme de la réunion, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a concédé que finaliser le 6e paquet de sanctions "prendra du temps". Un sommet européen extraordinaire est prévu les 30 et 31 mai. En attendant, les effets de sanctions inédites déjà prises par les Occidentaux se font de plus en plus ressentir sur l'économie européenne. La Commission européenne a annoncé lundi avoir abaissé d'1,3 point ses prévisions de croissance économique pour la zone euro en 2022, à 2,7%.

Les sanctions ont poussé le groupe automobile français Renault, leader en Russie -il y possédait la marque Lada-, à vendre ses actifs à l'Etat russe, premiÚre nationalisation d'ampleur depuis le début de l'offensive russe en Ukraine.

Lundi également, le géant américain de la restauration rapide McDonald's, présent en Russie depuis plus de 30 ans mais qui avait provisoirement fermé ses 850 restaurants début mars, a annoncé se retirer définitivement de ce pays.

AFP

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