Un an aprĂšs Novi Sad, la Serbie manifeste et rend hommage aux victimes

  • PubliĂ© le 1 novembre 2025 Ă  15:32
  • ActualisĂ© le 1 novembre 2025 Ă  15:49
Plusieurs dizaines de milliers de personnes rassemblées en hommage aux victimes de l'accident mortel de la gare serbe de Novi Sad survenu il y a un an jour pour jour, le 1er novembre 2025 à Novi Sad

Dans le silence et le recueillement, des dizaines de milliers de personnes au moins ont lancé samedi une grande journée de manifestation en hommage aux victimes de l'accident mortel de la gare de Novi Sad survenu il y a un an jour pour jour, étincelle d'un mouvement de contestation qui secoue la Serbie depuis douze mois.

Sous le soleil, une foule immense s'est rassemblée dans le centre ville - si aucun décompte officiel ou indépendant n'était disponible à la mi-journée, les journalistes de l'AFP sur place estiment à plusieurs dizaines de milliers au moins le nombre de participants. Arrivés pour certains dÚs vendredi soir, les manifestants ont commencé à observer 16 minutes de silence à partir de 11H52 (10H52 GMT).

C'est à cette heure précise que, le 1e novembre 2024, l'auvent en béton de la gare tout juste rénovée s'est effondré, tuant 14 personnes sur le coup, dont deux enfants. Deux blessés décéderont plus tard, portant le bilan à 16 morts.

DÚs le début de la matinée, des milliers de personnes étaient venues déposer des fleurs ou des bougies devant la gare, dont le béton arraché rappelle encore l'accident. Comme Svetlana, 45 ans, venue de Pancevo, rencontrée par l'AFP devant encore bouleversée par "une grande douleur, une grande tristesse".

L'effondrement de l'auvent a lancĂ© l'un des plus vastes mouvements de contestation qu'ait connus le pays, dont les Ă©tudiants ont rapidement pris la tĂȘte. Il est devenu, pour les opposants au prĂ©sident de droite nationaliste Aleksandar Vucic, l'emblĂšme de la corruption qui gangrĂšne selon eux les immenses chantiers de travaux publics lancĂ©s Ă  travers le pays.

"Tous ceux qui, en Serbie, sont contre la corruption, le crime, et le parti au pouvoir" se sont donnés rendez-vous, expliquait, ému, vendredi soir Ratko Popovic, 47 ans, au milieu de milliers d'autres personnes venues accueillir les étudiants arrivés à pied des quatre coins du pays.

Depuis plusieurs mois les étudiants ont adopté comme moyen d'action ces longues marches, espérant ainsi toucher le maximum de villes et villages pour expliquer leurs revendications et lutter contre le portrait que dressent d'eux les médias proches du pouvoir en les décrivant réguliÚrement comme des "terroristes" payés par des puissances étrangÚres.

- EnquĂȘtes -

Majoritairement pacifiques, les manifestations organisĂ©es depuis un an ont Ă©tĂ© Ă©maillĂ©es cet Ă©tĂ© de violences opposant partisans du prĂ©sident et manifestants, dont plusieurs centaines ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s. La rĂ©pression s'est durcie envers le mouvement, poussant la semaine derniĂšre le Parlement europĂ©en Ă  adopter une rĂ©solution qui "soutient le droit des Ă©tudiants et citoyens serbes Ă  manifester pacifiquement" et "condamne fermement la rĂ©pression d'Etat".

Samedi matin, la commissaire européenne à l'élargissement, Marta Kos, a affirmé sur X que la tragédie de Novi Sad était "en train de changer la Serbie".
"Elle a poussĂ© les masses Ă  se mobiliser pour la responsabilitĂ©, la libertĂ© d'expression et une dĂ©mocratie inclusive. Ce sont ces mĂȘmes valeurs qui guideront la Serbie vers l'Union europĂ©enne" Ă  laquelle Belgrade est candidate, a-t-elle Ă©crit.

Alors que les manifestants se recueillaient à Novi Sad, à Belgrade, à une centaine de kilomÚtre plus au sud, le président et plusieurs ministres assistaient à une cérémonie dans la basilique Sainte Sava, à laquelle participaient aussi plusieurs milliers de ses partisans venus allumer des bougies et rendre hommage aux victimes.

Dans une adresse Ă  la nation en fin d'aprĂšs-midi vendredi, aprĂšs avoir pendant des mois accusĂ© les Ă©tudiants de vouloir le renverser et d'ĂȘtre payĂ©s pour manifester, le prĂ©sident a dit avoir "tenu des propos [qu'il] regrette". "Je m'en excuse", a ajoutĂ© Aleksandar Vucic, appelant au dialogue, sans pour autant mentionner les Ă©lections anticipĂ©es que demandent les manifestants depuis des mois.

Au total, trois enquĂȘtes sont ouvertes: une sur l'accident, une autre menĂ©e par le parquet spĂ©cialisĂ© dans la lutte contre le crime organisĂ© et la corruption, sur les soupçons de corruption Ă  hauteur de millions d'euros dans la rĂ©novation, et une menĂ©e par le bureau du procureur public europĂ©en (EPPO) portant sur un Ă©ventuel dĂ©tournement de fonds europĂ©ens lors de la reconstruction.

Dans la premiÚre, le parquet a demandé mi-septembre un procÚs pour 13 personnes, dont deux anciens ministres, mais ce n'est pas assez pour les manifestants.
"Un an est passĂ©. Personne n'a Ă©tĂ© tenu pour responsable", regrette Tomislav Savić, rencontrĂ© samedi matin Ă  Novi Sad. "A chaque revendication des Ă©tudiants, des citoyens de notre pays, on oppose des blocages, du silence ou du mĂ©pris. C'est difficile. Mais nous espĂ©rons que les coupables seront trouvĂ©s".

Par Jean-François GUYOT - © 2025 AFP

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