Plus de 24 millions d'euros,

Un chef d'oeuvre de Cimabue devient le tableau primitif le plus cher vendu au monde

  • PubliĂ© le 28 octobre 2019 Ă  00:08
  • ActualisĂ© le 28 octobre 2019 Ă  05:42
"Le Christ moqué", icÎne religieuse du peintre italien de la Renaissance Cenni di Pepo, dit Cimabue. Photo du 23 septembre 2019

Un chef d'oeuvre trÚs rare du peintre italien Cimabue (1272-1302), "Le Christ moqué", est devenu dimanche le tableau primitif le plus cher adjugé en vente publique dans le monde, pour plus de 24 millions d'euros, frais compris, lors d'une vente aux enchÚres historique à Senlis, dans l'Oise.

La somme s'est élevée à 19,5 millions sous le marteau, sans les frais. L'oeuvre avait été estimée entre 4 et 6 millions d'euros. Actéon, qui organisait la vente, n'a pas précisé quel était le profil de l'acquéreur de ce tableau, retrouvé par hasard, lors d'un déménagement, dans la maison d'une dame ùgée à CompiÚgne.
C'est la premiÚre fois depuis des dizaines d'années qu'un tableau de Cimabue était sous le marteau.

"Ce tableau devient le tableau primitif (pré-1500) le plus cher au monde (...) et aussi le 8e tableau ancien le plus cher au monde derriÚre le Salvator Mundi de Léonard de Vinci (2017), Le massacre des Innocents de Rubens (2002), Loth et ses filles de Rubens (2016), le portrait de Cosme de Médicis de Pontormo (1989), le Portrait de Femme de Rembrandt (2000), le portrait de Laurent de Medicis de Raphaël (2007) et le grand Canal de Canaletto (2005)", a précisé dans un communiqué Actéon, qui avait d'abord dit qu'il s'agissait du 7e.

L'enchĂšre a commencĂ© Ă  3 millions d'euros. Parmi les huit enchĂ©risseurs, trois Ă©taient dans la salle. "Ce record prouve bien qu?aujourd?hui on peut vendre un objet d'art depuis n'importe oĂč dans le monde grĂące notamment Ă  la puissance de plateformes telles qu'Interencheres", assure Dominique le CoĂ«nt, directeur du groupe ActĂ©on, qui regroupe des maisons Ă  Senlis, Chantilly, CompiĂšgne, Lille et Paris.

"Le Christ moqué" est le thÚme de ce tableau de petite taille (25,8 cm sur 20,3 cm), peinture à l'oeuf et fond d'or sur panneau de peuplier, élément d'un diptyque de 1280 dans lequel étaient représentées sur huit panneaux de taille semblable des scÚnes de la Passion.

Deux des scÚnes étaient connues à ce jour: La Flagellation du Christ (Frick Collection, New York) et La Vierge à l'enfant trÎnant et entourée de deux anges (National Gallery, Londres).

Une vieille dame, au domicile de laquelle l'oeuvre Ă©tait conservĂ©e, l'avait signalĂ©e Ă  l'hĂŽtel des ventes ActĂ©on de CompiĂšgne, sans pouvoir dire d'oĂč elle provenait. Le petit tableau, qui montre le Christ entourĂ© d'une foule d'hommes Ă  l'expression hargneuse et grimaçante, Ă©tait accrochĂ© entre son salon et sa cuisine, au dessus d'une plaque chauffante.

- Excellente conservation -

"Les traces de l'ancien encadrement, les petits pointillĂ©s ronds exĂ©cutĂ©s de la mĂȘme façon au poinçon, le style, l'ornementation du fond d'or, la correspondance des dos des panneaux et l'Ă©tat respectif des trois panneaux confirment que ces panneaux constituaient le volet gauche du mĂȘme diptyque", avait expliquĂ© la maison de ventes, aprĂšs l'avoir fait analyser par le cabinet Turquin, expert pour les oeuvres d'art ancien Ă  Paris.

La rĂ©flectographie Ă  l'infrarouge a rĂ©vĂ©lĂ© un dessin sous-jacent et un Ă©tat de conservation excellent, malgrĂ© quelques minimes retouches. La couche picturale est dans un excellent Ă©tat bien que trĂšs encrassĂ©e au fil des siĂšcles. "Nous avons eu de l'intĂ©rĂȘt de la part de tous les grands musĂ©es du monde. Par ailleurs, des collectionneurs d?art contemporain que nous ne connaissions pas se sont Ă©galement montrĂ©s vivement intĂ©ressĂ©s, ce qui est un phĂ©nomĂšne tout Ă  fait nouveau pour nous experts en peinture ancienne", a rapportĂ© Eric Turquin. "MĂȘme si le tableau est austĂšre, il y a une Ă©motion dans les visages, les gestes", a-t-il estimĂ©.

Cenni di Pepo, dit Cimabue, (1272-1302) est l'une des plus grandes figures de la pré-Renaissance. Peintre florentin, il a assuré le renouvellement de la peinture byzantine en rompant avec son formalisme et ses images codifiées par le dogme.

Influencé par l'esprit franciscain, il a ouvert les portes au naturalisme de l'art de la pré-Renaissance, donnant une ùme à ses personnages et réalisant les premiÚres perspectives. Cette oeuvre est donc un des premiers témoignages de l'art occidental, qui ouvre la voie aux plus grands peintres tels Giotto, disciple de Cimabue.
AFP

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