Birmanie

Un python dans votre maison? Appelez la "princesse des serpents"

  • PubliĂ© le 30 avril 2023 Ă  12:59
  • ActualisĂ© le 30 avril 2023 Ă  16:18
La chasseuse de serpents Shwe Lei tient un serpent au monastĂšre bouddhiste du canton de Mingalardon Ă  Yangon, en Birmanie, le 12 janvier 2023

Au petit matin dans un monastÚre de Rangoun, en Birmanie, une équipe de chasseurs de serpents range un par un dans des grands sacs de toile une trentaine de pythons capturés ces derniers mois chez des particuliers.

Par camionnette, les volontaires qui constituent l'unique unité de ce genre dans ce pays d'Asie du Sud-Est en proie à une guerre civile, vont relùcher les reptiles en dehors de la ville, dans leur habitat naturel.

Shwe Lei et son équipe sont en général appelés par des habitants apeurés qui leur signalent la présence de pythons, parfois de cobras ou de vipÚres, dans leur maison ou appartement.

"J'aime les serpents car ils sont sans prétention", explique Shwe Lei à l'AFP dans l'un des refuges pour serpents qu'elle gÚre. "Si vous acceptez leur nature, ils sont adorables", ajoute-t-elle, deux pythons enlacés autour d'elle.

Mais Ko Toe Aung, un costaud quadragénaire qui capture des serpents depuis 2016, dit avoir été hospitalisé sept fois pour des morsures.

Leur équipe compte une douzaine de membres et a sauvé environ 200 serpents l'année derniÚre dans les environs de Rangoun, la plus grande ville de Birmanie.

Les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrant le couple en train de sortir des serpents des trous d'évier, des canalisations ou des gouttiÚres leur ont valu le surnom de "prince et princesse des serpents".

- Pythons, vipĂšres, cobras -

Ces bénévoles comptent sur les dons pour fonctionner, de l'équipement de protection à l'essence pour leur "ambulance", une camionnette violette.

Ils attrapent principalement des pythons de Birmanie, des serpents non venimeux qui atteignent généralement cinq mÚtres de long et qui étouffent leurs proies, des rats et d'autres petits mammifÚres, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Des cobras et des bongares, trÚs venimeux, ont également élu domicile dans les rues de Rangoun.

En 2014, selon les derniers chiffres disponibles de l'OMS, sur 15.000 personnes mordues par un serpent en Birmanie, 1.250 en sont mortes.

C'est l'un des taux les plus élevés au monde, en grande partie à cause de la faiblesse du systÚme de santé et de l'accÚs inégal aux antivenins.

En plus d'ĂȘtre "rapides et agiles", les chasseurs doivent ĂȘtre capables de deviner oĂč un serpent peut se cacher dans une maison, explique Ko Toe Aung, 40 ans.

Ils doivent également faire preuve de sang-froid face aux serpents venimeux. "Il y a 90% de chances que le serpent me morde", dit-il.
Parfois, les serpents ne se montrent mĂȘme pas.

En mars, l'équipe a passé deux jours à l'extérieur d'une maison de la banlieue de Rangoun pour tenter en vain de déloger une famille de cobras qui s'était installée dans le soubassement.

Perçant le béton sous le regard des voisins, ils ont été fréquemment interrompus par les serpents à l'intérieur qui crachaient du venin dans leur direction.

- Plus de mille décÚs par an -

"Ça pue", a dĂ©clarĂ© Ko Ye Min, 31 ans, un membre tatouĂ© de l'Ă©quipe, obligĂ© de faire une pause. Les chasseurs doivent reconnaĂźtre le musc libĂ©rĂ© par un serpent stressĂ© car cela dĂ©termine s'il est venimeux ou non, explique Ko Toe Aung Ă  l'AFP.

Les cobras sentent un peu "le pourri", mais les pythons ont une odeur beaucoup plus marquée. "Parfois ça nous fait vomir", dit-il. Une fois capturés, les serpents sont gardés en observation dans un monastÚre jusqu'à ce qu'ils soient aptes à regagner leur habitat.

Fin mars, l'équipe a ainsi emballé ses 30 pythons et a parcouru 150 kilomÚtres jusqu'aux collines de Bago Yoma, au nord de Rangoun.
En file indienne, ils ont fini en marchant dans la brousse, chacun portant un ou deux serpents sur son dos.

"Personne n'aime se sentir enfermé", a déclaré Shwe Lei à l'AFP aprÚs que les derniers serpents ont été libérés, certains un peu étourdis.
"Je suis heureuse... du point de vue de la compassion les uns envers les autres, c'est gratifiant".

AFP

guest
0 Commentaires