Un sommet de l'Otan pour apaiser Trump et sauver l'unité de l'Alliance

  • PubliĂ© le 24 juin 2025 Ă  06:08
  • ActualisĂ© le 24 juin 2025 Ă  06:30
Le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, le 23 juin 2025 à La Haye

Sous la pression de Donald Trump, l'Otan s'apprĂȘte Ă  s'engager sur une hausse spectaculaire de ses dĂ©penses de sĂ©curitĂ©, lors d'un sommet mardi et mercredi Ă  La Haye visant Ă  rassurer sur le devenir de l'Alliance et calibrĂ© pour Ă©viter un esclandre du prĂ©sident amĂ©ricain.

Les frappes américaines en Iran, et la riposte de Téhéran, seront évidemment dans tous les esprits, mais le secrétaire général de l'Alliance Mark Rutte espÚre que la situation au Moyen-Orient ne chamboulera pas complÚtement la chorégraphie du sommet qu'il a déjà qualifié d'"historique", aprÚs les craintes d'un désengagement américain en Europe.

Attendu mardi ans la soirée, le locataire de la Maison Blanche participera à un dßner de gala, à l'invitation du roi des Pays-Bas, Willem-Alexander.

L'Ukraine, invitée d'honneur du précédent sommet à Washington l'an dernier, sera cette fois contrainte à davantage de discrétion face aux réticences américaines.

Le prĂ©sident ukrainien Volodymyr Zelensky sera bien prĂ©sent Ă  La Haye, mais pas en tant que participant officiel du sommet. Il sera l'invitĂ© du roi mardi soir, oĂč il aura - peut-ĂȘtre - l'occasion de s'adresser au prĂ©sident amĂ©ricain, qu'il n'avait pas pu rencontrer la semaine derniĂšre lors du sommet du G7 au Canada.

- "Bond en avant" -

Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump n'a eu de cesse de réclamer des pays européens de l'Alliance, et du Canada, qu'ils allouent au moins 5% de leur produit intérieur brut (PIB) à leur défense.

Avec cette exigence en tĂȘte, les 32 pays membres se sont mis d'accord sur un compromis: un engagement Ă  consacrer, d'ici 2035, 3,5% aux dĂ©penses militaires stricto sensu, et 1,5% Ă  des dĂ©penses de sĂ©curitĂ© au sens large, comme la cybersĂ©curitĂ© ou la mobilitĂ© militaire.

Ces derniĂšres sont nettement plus faciles Ă  atteindre dans la mesure oĂč elles sont pour la plupart dĂ©jĂ  envisagĂ©es ou planifiĂ©es par les Etats.

MĂȘme limitĂ© Ă  3,5% l'effort budgĂ©taire est considĂ©rable, plusieurs centaines de milliards d'euros, pour nombre de pays qui peinent dĂ©jĂ  Ă  atteindre l'objectif de 2% de dĂ©penses militaires, fixĂ© en 2014 lors d'un prĂ©cĂ©dent sommet.

Lundi, Mark Rutte s'est réjoui de ce "bond en avant".

Les Etats-Unis auraient d'ailleurs souhaitĂ© que le communiquĂ© final du sommet se limite Ă  cet objectif de 5%. Mais pour les AlliĂ©s europĂ©ens, la menace russe devait ĂȘtre mentionnĂ©e.

- "Questions non tranchées" -

Lundi soir, le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé que le Royaume-Uni s'engageait à atteindre l'objectif de 5%.

"Nous devons naviguer dans une Ăšre d'extrĂȘme incertitude avec agilitĂ©, rapiditĂ© et avec une vision claire de l'intĂ©rĂȘt national, pour garantir la sĂ©curitĂ©" de la population, a-t-il expliquĂ©.

Dans une tribune commune publiée lundi soir par le Financial Times, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont de leur cÎté souligné que l'Europe devait se réarmer "non pas parce que quelqu'un nous le demande, mais parce que nous sommes clairvoyants et le devons à nos citoyens".

Le chef de l'Etat français et le chancelier allemand envoient aussi un message au président américain pour tenter de garder le conflit en Ukraine haut dans l'ordre du jour: "la principale source d'instabilité pour l'Europe vient de Russie", martÚlent-ils, et il faut donc "accroßtre la pression" sur Moscou, "y compris par des sanctions", pour aboutir à un cessez-le-feu avec Kiev.

La déclaration finale du sommet devrait réserver quelques mots pour l'Ukraine. Les Alliés réaffirmeront leur soutien à Kiev, qui a déjà atteint cette année quelque 35 milliards d'euros, a assuré lundi Mark Rutte.

Ce dernier, de retour dans sa ville natale, n'est toutefois pas à l'abri d'un coup de théùtre de la part du président américain, comme son départ précipité du G7 la semaine derniÚre.

"Si le sommet se passe à peu prÚs normalement, ce sera une victoire", résume à l'AFP Camille Grand, du Conseil européen pour les affaires étrangÚres (ECFR).

"Mais les inconnues restent nombreuses. Les questions non tranchĂ©es aussi", souligne-t-il. "Le nƓud gordien Russie-Ukraine ne sera pas tranchĂ© Ă  La Haye. Pourtant c’est ce qui motive les EuropĂ©ens Ă  dĂ©penser plus...", note-t-il.

AFP

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