La commission d'enquête du Sénat sur les marges a dénoncé ce jeudi 21 mai 2026 des "pratiques abusives" des distributeurs face à leurs fournisseurs, appelant à rééquilibrer le "rapport de force" pour préserver selon elle l'agriculture et l'industrie françaises. La commission juge que les Outre-mer "méritent toute notre attention et demande un renforcement des contrôles de la DGCCRF et des moyens des observatoires des prix, des marges et des revenus (OPMR)" (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
"La vie chère est une réalité des territoires ultramarins. Elle s’explique par l’insularité et l’éloignement de l’Hexagone, source de la majeure partie des importations, avec une production locale qui couvre moins de 10 % de la consommation, ce qui entraîne des coûts d’approvisionnement très élevés et une multiplication des acteurs (transporteurs, transitaires, importateurs, distributeurs, etc.), majorant chacun de leurs marges le prix payé par le consommateur final. Elle est aggravée par une taxe dite d’octroi de mer et par une taille limitée des marchés qui sont marqués par une concurrence insuffisante", est-il écrit.
- La sénatrice Audrey Bélim recommande la création d'une section Outre-mer de l'Autorité de la concurrence -
"Si la faiblesse des marges est souvent vue comme un élément favorable au consommateur, en ce qu’elle traduirait un effort de modération des prix, elle est au contraire l’une des causes des déséquilibres constatés tout au long de la chaîne de valeur : dans un contexte de marges durablement faibles et de concurrence accrue entre distributeurs, la capacité de chaque acteur de la distribution à préserver sa rentabilité repose sur son pouvoir de négociation avec les fournisseurs : la contrainte économique est alors "reportée" vers l’amont de la chaîne : les industriels et les producteurs agricoles", poursuit le rapport.
Concernant les Outre-mer, la commission juge que ces économies ultramarines "méritent toute notre attention et demande un renforcement des contrôles de la DGCCRF et des moyens des observatoires des prix, des marges et des revenus (OPMR) pour leur permettre un travail de suivi rigoureux des prix et des marges".
Membre de la commission, la sénatrice Audrey Bélim recommande de poursuivre la réflexion sur le développement des filières de production locales, sur le contrôle accru de la concentration outre-mer, sur la compensation de l’éloignement par le principe de continuité territoriale et sur la réforme de l’Autorité de la concurrence en la dotant d’une section outre-mer".
- La commission d'enquête dénonce "l'intimidation et la contrainte" de la grande distribution -
Le rapport pointe des marges jugées abusives, en particulier sur les produits frais plus qualitatifs. Exemple avec les œufs. Sur ceux pondus en cage, d'entrée de gamme, la marge des supermarchés s'élèverait à 47,9 %, contre 20 % pour les éleveurs. Mais sur les œufs bio, elle atteindrait 85 %, alors que les éleveurs, eux, ne toucheraient pas de marge dessus.
Les distributeurs recourent "volontiers" à "l'intimidation et la contrainte", juge le rapport, pointant en particulier "les menaces de diminution de commandes, voire de déréférencement" (retrait des rayons) pour obtenir des baisses. Autre grief: le recours à des centrales européennes d'achats et de services "pour contourner la loi française".
La commission dénonce également le "droit de péage" imposé aux fournisseurs contraints d'acquérir certains services commerciaux "inutiles" voire "choquants", parfois qualifiés de "marges arrières". Ces pratiques entraînent une "casse sociale" en fragilisant les entreprises agro-alimentaires, déplore Antoinette Guhl.
- Des accusations réfutées par la grande distribution -
Des accusations réfutées par l'ensemble des patrons de la grande distribution, comme Thierry Cotillard, pour Intermarché : "Dans la réalité, je suis assez serein parce que je sais que les marges pratiquées par tous mes collègues qui sont propriétaires d'Intermarché ou de Netto, il y a une stabilité et on n'a pas eu d'abus."
Pour plus de transparence, le Sénat appelle désormais les supermarchés à afficher leurs marges en rayon sur les fruits et légumes.
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