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Uramin: Anne Lauvergeon chez les juges pour une confrontation

  • PubliĂ© le 29 septembre 2016 Ă  15:17
Anne Lauvergeon le 8 janvier 206 Ă  Jarnac

Anne Lauvergeon a-t-elle caché les difficultés d'Areva aprÚs le rachat d'Uramin pour tenter de conserver son siÚge? L'ex-patronne du groupe nucléaire, qui s'en défend, était confrontée jeudi chez les juges d'instruction à son ancien directeur de la division mines.


Celle que l'on surnommait "Atomic Anne", présidente charismatique d'Areva de 2001 à 2011, est arrivée vers 09H30 au pÎle financier du tribunal de grande instance de Paris, peu de temps aprÚs Sébastien de Montessus, ex-patron du département des mines, a constaté une journaliste de l'AFP.
"Cette confrontation devrait permettre aux magistrats de tenter d'y voir plus clair dans ce dossier extrĂȘmement technique", a relevĂ© une source proche de l'enquĂȘte.
Les investigations portent sur le rachat en 2007 d'Uramin, pour 1,8 milliard d'euros. Mais l'exploitation des gisements d'uranium de la société canadienne en Namibie, Afrique du Sud et Centrafrique s'est avérée beaucoup plus difficile que prévu et l'opération s'est transformée en gouffre financier.
Deux informations judiciaires sont ouvertes depuis 2014: l'une porte sur les conditions d'acquisition de l'entreprise canadienne, l'autre sur les provisions inscrites par Areva en 2010 et 2011 pour couvrir les pertes, les années précédentes étant couvertes par la prescription.
Dans le cadre de cette seconde enquĂȘte, Anne Lauvergeon a Ă©tĂ© mise en examen le 13 mai pour "prĂ©sentation et publication de comptes inexacts" ainsi que "diffusion de fausses informations", et Ă©tĂ© placĂ©e sous le statut intermĂ©diaire de tĂ©moin assistĂ© pour "abus de pouvoir".
Les magistrats cherchent à savoir si elle a dissimulé la valeur réelle des mines rachetées à Uramin pour retarder au maximum l'inscription de provisions dans les comptes.
En 2014, la Cour des comptes avait évoqué "des faits de dissimulation (...) vraisemblables". Et plusieurs courriels internes, dont l'AFP a eu connaissance, montrent qu'Anne Lauvergeon a été alertée par la division des mines dÚs 2008 sur les difficultés d'exploitation des sites d'Afrique du Sud et de Namibie.
Ces messages Ă©voquaient "des risques non prouvĂ©s Ă  100% et non Ă©tayĂ©s" d'autant que "l'exploration (de certaines mines, ndlr) Ă©tait loin d'ĂȘtre terminĂ©e", a relevĂ© le 13 mai Anne Lauvergeon devant les magistrats, selon une source proche du dossier. Ils n'Ă©taient donc pas suffisants, selon elle, pour justifier de passer des dĂ©prĂ©ciations supplĂ©mentaires fin 2010.
Fin 2011, six mois aprÚs son départ, Areva avait fini par annoncer de lourdes pertes et une provision de 1,5 milliard d'euros sur la valeur d'Uramin.
Devant les juges, Anne Lauvergeon a rejeté une partie de l'échec de l'opération Uramin sur la division des mines.
- gisement rentable ? -
Pour preuve, le gisement Ryst Kuil en Afrique du Sud, vendu en 2013 à une autre entreprise miniÚre, Peninsula, pour seulement 5 millions d'euros, pourrait devenir à terme trÚs rentable, selon elle. Peninsula "a indiqué y avoir trouvé 25.000 tonnes d'uranium au minimum", a-t-elle souligné, estimant que le département des mines n'avait à l'époque pas bien mené son travail de prospection.
Entendu en juin, Sébastien de Montessus a rétorqué que deux tiers de l'exploration du site avaient été effectués fin 2009 et que "les résultats (étaient) trÚs insuffisants (...) en terme de ressources".
Sur l'ensemble de la situation d'Uramin, "j'ai pris la peine d'aller voir cinq fois Mme Lauvergeon pour lui dire que je recommandais une dépréciation de 700 millions à 1,8 milliard d'euros", a-t-il insisté.
D'aprĂšs l'ancien responsable, placĂ© sous le statut de tĂ©moin assistĂ©, Anne Lauvergeon "souhaitait une prĂ©sentation des comptes qui soit la plus valorisante" possible pour obtenir, en juin 2011, un troisiĂšme mandat Ă  la tĂȘte d'Areva, ce qui n'avait finalement pas Ă©tĂ© le cas.
Entre les pertes liées à Uramin, la catastrophe de Fukushima et les retards dans la construction d'un EPR en Finlande, le spécialiste du nucléaire est en pleine restructuration aprÚs cinq années consécutives de déficit.

Par Sophie DEVILLER - © 2016 AFP
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