Polémique

Vague d'indignations aprĂšs de nouvelles convocations de journalistes par la DGSI

  • PubliĂ© le 22 mai 2019 Ă  18:29
  • ActualisĂ© le 22 mai 2019 Ă  18:46
Ariane Chemin en février 2013

De nombreuses voix ont dĂ©noncĂ© mercredi de nouvelles convocations de journalistes par les services secrets français : celle d'une grand reporter du Monde sur l'affaire Benalla, et celle d'un autre collaborateur du site Disclose pour une enquĂȘte sur l'exportation d'armes françaises utilisĂ©es au YĂ©men, quatriĂšme convocation dans ce dossier.

Ariane Chemin, grand reporter au quotidien Le Monde qui a révélé et suivi l'affaire Benalla, est convoquée le 29 mai par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), a indiqué son journal.

"Cette enquĂȘte vise nos articles sur les affaires d'Alexandre Benalla, notamment nos informations sur le profil d'un sous-officier de l'armĂ©e de l'air, Chokri Wakrim, compagnon de l'ex-cheffe de la sĂ©curitĂ© de Matignon, Marie-Élodie Poitout", explique le directeur de la rĂ©daction Luc Bronner dans un Ă©ditorial. Chokri Wakrim Ă©tait liĂ© par un contrat de protection rapprochĂ©e avec un homme d'affaires russe, qui a conduit Ă  l'ouverture d'une enquĂȘte pour "corruption", rappelle-t-il.

De source judiciaire, Ariane Chemin est convoquĂ©e dans le cadre d'une enquĂȘte ouverte pour "rĂ©vĂ©lation de l'identitĂ© d'un membre des unitĂ©s des forces spĂ©ciales". Selon des sources concordantes, cette enquĂȘte fait suite Ă  une plainte dĂ©posĂ©e mi-avril par Chokri Wakrim. "Nous maintenons Ă©videmment nos informations et exprimons notre inquiĂ©tude sur cette convocation : l'intĂ©rĂȘt public suppose de pouvoir enquĂȘter sur les entourages et les liens entretenus par des collaborateurs de l?ÉlysĂ©e ou de Matignon, quels que soient leurs parcours antĂ©rieurs", Ă©crit Luc Bronner.

Il estime que cette convocation "sous le statut d'une audition libre, est d'autant plus préoccupante qu'elle suit une procédure similaire, utilisée trÚs récemment à l'encontre d'autres journalistes".

En effet, mi-mai, trois journalistes ayant enquĂȘtĂ© sur l'exportation d'armes françaises utilisĂ©es au YĂ©men -les deux fondateurs du nouveau mĂ©dia en ligne Disclose et un journaliste de Radio France- ont Ă©tĂ© convoquĂ©s par les services secrets français, tous trois dĂ©nonçant une "tentative d'intimidation".
Des convocations auxquelles s'ajoute une quatriÚme annoncée ce mercredi par Disclose, prévue le 28 mai. Le site dénonce "une nouvelle tentative du parquet de Paris de contourner la loi de 1881 sur la liberté de la presse et la protection des sources".

"En tant que tĂ©moin notre journaliste ne pourra pas ĂȘtre assistĂ© d'un avocat. Il ne pourra pas non plus faire valoir le +droit au silence+. Mais en tant que journaliste, il pourra invoquer le secret des sources", prĂ©cise le site.

- "Nouveau coup de canif"-

Ces annonces ont entraĂźnĂ© une avalanche de rĂ©actions de journalistes et de personnalitĂ©s politiques, le sujet se plaçant en tĂȘte des plus discutĂ©s sur Twitter en France. Le SNJ-CGT a dĂ©noncĂ© un "nouveau coup de canif insupportable contre le journalisme et la libertĂ© d'informer" et la CFDT-Journalistes "une procĂ©dure dont le but inavouĂ© est de faire taire les journalistes dans l'exercice de leur mission d'informer".

"L'affaire Benalla aura donc suscitĂ© en quelques semaines une tentative de perquisition d'un journal (Mediapart) et, dĂ©sormais, l'audition par les services de renseignement d'une journaliste" a commentĂ© Fabrice Arfi, co-responsable des enquĂȘtes chez Mediapart.

Boris Vallaud, porte-parole du PS, s'est dit "trĂšs prĂ©occupĂ© de la multiplication de ce type de convocations pour la libertĂ© de la presse et le secret des sources, essentiels Ă  la rĂ©vĂ©lation d'affaires et scandales. DĂ©rive inquiĂ©tante des pratiques du pouvoir". "Nous assistons Ă  une dĂ©rive de notre dĂ©mocratie extrĂȘmement inquiĂ©tante", a abondĂ© Ian Brossat, candidat PCF aux europĂ©ennes.

"ProfondĂ©ment attachĂ© au droit des journalistes et au secret de leurs sources, qui sont les conditions d'exercice de leur mĂ©tier, je tiens Ă  exprimer mon inquiĂ©tude suite Ă  la convocation d'Ariane Chemin", a rĂ©agi de son cĂŽtĂ© Jean-Pierre Sueur, corapporteur PS de la commission d'enquĂȘte sĂ©natoriale sur l'affaire Benalla. Jugeant la convocation d'Ariane Chemin "scandaleuse", l'Ă©conomiste des mĂ©dias Julia CagĂ© a fustigĂ© "une atteinte caractĂ©risĂ©e du pouvoir macroniste Ă  la libertĂ© de la presse".

La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a défendu pour sa part "l'attachement de ce gouvernement à la liberté de la presse" ajoutant que "nul justiciable en France n'est en dehors de la loi", sans vouloir commenter spécifiquement le cas de Mme Chemin se prévalant "d'une instruction judiciaire en cours".

- © 2019 AFP

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2 Commentaires
Fleur
Fleur
7 ans

Qu'attendez vous, journalistes, pour monter au créneau et révéler toutes ces affaires de corruption concernant l'exécutif et son usurpateur de président ? Car beaucoup d'affaires doivent éclater !!!

sanchopensatou
sanchopensatou
7 ans

Dérive autoritaire d'un régime à bout de souffle..Dénoncer Erdogan et les dictateurs persistants ne font pas oublier que ce régime Français est autoritaire et se croit tout permis...Les Français électeurs sont là , Messieurs , et vous ne reviendrez pas à la Monarco-Démocrature !!! Ces temps sont révolus ...Vous n'avez rien appris ...Dommage pour vous !!