Amérique du sud

Venezuela: accusé de "coup d'Etat", Maduro sous une pluie de critiques

  • PubliĂ© le 31 mars 2017 Ă  06:38
Manifestation anti-Nicolas Maduro, le 30 mars 2017, Ă  Caracas

Une pluie de critiques internationales s'est abattue sur le prĂ©sident Nicolas Maduro, accusĂ© de "coup d'Etat" au Venezuela aprĂšs la dĂ©cision de la Cour suprĂȘme, rĂ©putĂ©e proche du pouvoir, de faire main basse sur la prĂ©rogative du Parlement d'Ă©dicter des lois.

Cette décision traduit une escalade supplémentaire dans la crise politique qui agite ce pays pétrolier depuis la large victoire de l'opposition antichaviste (du nom de l'ancien président Hugo Chavez, 1999-2013) aux élections législatives fin 2015, pour la premiÚre fois en 17 ans.

Depuis janvier 2016, le Tribunal suprĂȘme de justice (TSJ) ou Cour suprĂȘme a dĂ©clarĂ© nuls tous les votes de l'AssemblĂ©e nationale, en rĂ©action Ă  l'investiture de trois dĂ©putĂ©s antichavistes dont l'Ă©lection Ă©tait entachĂ©e de soupçons. Elle n'a cessĂ© depuis de rogner le pouvoir des lĂ©gislateurs.

"Tant que l'AssemblĂ©e nationale sera hors-la-loi, les compĂ©tences parlementaires seront exercĂ©es directement par" la Cour suprĂȘme, selon la dĂ©cision publiĂ©e par la plus haute juridiction du pays dans la nuit de mercredi Ă  jeudi.
Exécutif, armée, justice et législatif: le régime présidentiel vénézuélien concentre à présent tous les pouvoirs.

- 'Crier Ă  l'aide' -

De l'Union européenne au secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), Luis Almagro, en passant par les Etats-Unis, le Brésil, la Colombie, le Chili ou le Mexique, tous ont condamné la "rupture de l'ordre constitutionnel" ou le "coup d'Etat" au Venezuela. Le Pérou a rappelé son ambassadeur à Caracas.

Un porte-parole du département d'Etat américain a dénoncé un "grave recul" pour la démocratie au Venezuela. "Nicolas Maduro vient de commettre un coup d'Etat", il a "retiré le pouvoir au peuple", a lancé le président du Parlement vénézuélien, Julio Borges, en appelant l'armée à sortir du "silence" face à la rupture de l'ordre constitutionnel.

"Une dictature rÚgne" au Venezuela. "Le moment est venu de crier à l'aide de la communauté internationale", a lancé depuis la Colombie Henrique Capriles, l'un des principaux opposants vénézuéliens. "Au Venezuela il y a une dictature avec tous les symptÎmes de crise humanitaire, de violation systématique des droits de l'Homme", a lancé Lilian Tintori, épouse de l'opposant Leopoldo López, condamné à 14 années de prison.

De son cÎté, le député d'opposition Henry Ramos Allup, également ancien président du Parlement unicaméral de ce pays, a appelé les parlementaires à "continuer à exercer (leurs) fonctions, quels que soient les risques, car nous n'avons pas été désignés députés mais nous avons été élus".

Avant cette dĂ©cision du TSJ, la mĂȘme instance avait dĂ©jĂ  privĂ© mardi les dĂ©putĂ©s de leur immunitĂ©, les exposant Ă  de possibles procĂšs pour haute trahison devant des instances militaires.

- Fuite en avant -

Le 21 mars, les dĂ©putĂ©s vĂ©nĂ©zuĂ©liens avait adoptĂ© une motion appelant l'Organisation des Etats amĂ©ricains (OEA) Ă  convoquer son conseil permanent pour examiner d'Ă©ventuelles sanctions contre ce pays. Cette rĂ©union qui se tenait mardi Ă  Washington a dĂ©bouchĂ© sur une dĂ©claration commune oĂč la majoritĂ© des pays de l'institution ont exprimĂ© leur "inquiĂ©tude devant la difficile situation politique, Ă©conomique, sociale et humanitaire" du Venezuela.

L'opposition veut pousser le chef de l'Etat vers la sortie et exige une élection présidentielle anticipée avant celle prévue en décembre 2018. A l'inverse, le président Nicolas Maduro accuse l'OEA d'encourager une "intervention internationale". "Nous nous préparons à défendre le pays", a dit le député Diosdado Cabello, un des principaux leaders du chavisme. "Qu'ils viennent, qu'ils voient un peuple défendre sa patrie. S'ils tentent quelque chose, ils nous trouveront dans la rue. S'ils croient que nous allons nous rendre, ils se trompent".

"Cette décision est majeure car elle illustre la fuite en avant du gouvernement de Maduro qui se repose du plus en plus sur l'armée pour survivre, malgré la débùcle économique du pays", a déclaré à l'AFP Gaspard Estrada, directeur exécutif de l'Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes (Opalc).

Outre le choc des pouvoirs au Venezuela, ce pays parmi les plus violents au monde est frappé par une pénurie qui concerne 68% des produits de base et l'inflation y est devenue incontrÎlable (1.660% fin 2017, prédit le FMI).

AFP

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