Amérique du sud

Venezuela : marches anti et pro-rĂ©gime sous haute tension

  • PubliĂ© le 19 avril 2017 Ă  21:35
Marche de l'opposition vénézuélienne contre le président Nicolas Maduro à Caracas, le 19 avril 2017

Les opposants et partisans au président vénézuélien Nicolas Maduro mesurent leurs forces mercredi dans les rues de Caracas, des défilés sous haute tension aprÚs la mort de cinq manifestants ces derniers jours.

Pour les antichavistes (du nom de Hugo Chavez, président de 1999 à son décÚs en 2013), qui ont promis "la mÚre de toutes les manifestations" mercredi, il s'agit de la sixiÚme mobilisation depuis début avril, en faveur d'élections anticipées et en défense du Parlement, la seule institution qu'ils contrÎlent.

VĂȘtus de blanc, des groupes d'opposants commençaient Ă  se rĂ©unir en diffĂ©rents points de la capitale. Un important dĂ©ploiement policier contrĂŽlait les principaux accĂšs Ă  Caracas et une vingtaine de stations de mĂ©tro avaient Ă©tĂ© fermĂ©s, ont constatĂ© des journalistes de l'AFP.

La tension est montée encore d'un cran mardi soir. Nicolas Maduro a annoncé qu'il activait un "plan Zamora" pour "défaire le coup d'Etat (et) l'escalade de violences (...) sous la structure militaire, policiÚre et civile de l'Etat". "Le Plan Zamora, explique à l'AFP le général à la retraite Cliver Alcala, est un plan stratégique et opérationnel activant la défense de la Nation en cas de menaces à l'ordre interne. (...) Mais sa mise en oeuvre me paraßt destinée à intimider. Ils veulent dissuader l'opposition de manifester".

M. Maduro avait accusĂ© auparavant Ă  la radio et la tĂ©lĂ©vision les "Etats-Unis" d'avoir donnĂ© leur "feu vert (...) Ă  un processus putschiste effrontĂ© en vue d'une intervention au Venezuela". Nicolas Maduro a Ă©galement annoncĂ© mardi soir que l'un des instigateurs d'un "complot militaire" fomentĂ©, selon lui, par l'opposition, avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et incarcĂ©rĂ©. "Nous avons en outre arrĂȘtĂ© un groupe (...) de l'opposition dotĂ© d'armes et qui entendait se joindre Ă  la mobilisation convoquĂ©e par la droite", a-t-il poursuivi.

Dans un communiquĂ©, la Table pour l'unitĂ© dĂ©mocratique" (MUD), la coalition de l'opposition, a rejetĂ© ces accusations, fustigeant "les guerres imaginaires et les conspirations inexistantes de Maduro". Elle a rĂ©itĂ©rĂ© son appel Ă  manifester mercredi. Dans le mĂȘme registre, Nicolas Maduro avait estimĂ© mardi que Julio Borges, le chef du Parlement dominĂ© depuis 2015 par l'opposition, devrait ĂȘtre poursuivi pour "appel au coup d'Etat".

- Préoccupation en Amérique latine -

En l'occurrence, le prĂ©sident du Parlement vĂ©nĂ©zuĂ©lien avait appelĂ© les forces armĂ©es mardi Ă  ĂȘtre "loyales" Ă  la Constitution en laissant les opposants dĂ©filer pacifiquement. Une rĂ©fĂ©rence Ă  la "loyautĂ© inconditionnelle" Ă  Nicolas Maduro proclamĂ©e lundi par le chef des armĂ©es et ministre de la DĂ©fense, Vladimir Padrino Lopez.

La manifestation de l'opposition devait tenter de parvenir jusqu'aux bureaux du Défenseur du peuple dans le centre de Caracas, considérés comme un bastion chaviste.

Les autoritĂ©s ont dĂ©jĂ  prĂ©venu qu'elles ne laisseraient pas les antichavistes aller jusqu'Ă  cette zone oĂč aura lieu l'autre dĂ©filĂ©, celui des partisans de M. Maduro.

Lors des précédentes protestations, les tentatives des forces de l'ordre pour bloquer le passage des manifestants qui avaient dégénéré en violences.
En trois semaines, l'actuelle vague de manifestations a fait cinq morts et des dizaines de blessĂ©s et l'opposition dĂ©nonce la rĂ©pression des forces de l'ordre, qui ont arrĂȘtĂ© plus de 200 personnes.

Inquiets, onze pays latino-américains ont demandé lundi à Caracas de "garantir" le droit de protester pacifiquement, un appel qualifié par le gouvernement vénézuélien d'"ingérence grossiÚre".

- 'Tollé diplomatique' -

Nicolas Maduro ne semble pas prĂȘt Ă  calmer le jeu : aprĂšs avoir annoncĂ© le dĂ©ploiement de militaires mercredi, il a dĂ©crĂ©tĂ© le renforcement des milices civiles, qui compteront 500.000 membres, avec "un fusil pour chacun" en vue d'une Ă©ventuelle "intervention Ă©trangĂšre". Cette vague de protestations a dĂ©marrĂ© le 1er avril aprĂšs la dĂ©cision de la Cour suprĂȘme, rĂ©putĂ©e proche de Maduro, de s'arroger les pouvoirs du Parlement, dĂ©clenchant un tollĂ© diplomatique qui l'a poussĂ©e Ă  faire machine arriĂšre 48 heures plus tard.

L'opposition a dénoncé une tentative de coup d'Etat mais paradoxalement cet épisode lui a aussi donné un nouveau souffle, l'amenant à dépasser ses divisions intestines, et a relancé la mobilisation populaire à ses cÎtés, assoupie ces derniers mois.

"L'opposition est plus unie que jamais. Il est probable que la manifestation (de mercredi) sera la plus grande contre le chavisme. Mais nous ne pouvons pas prédire l'impact que cela aura" ensuite, a déclaré l'analyste Luis Vicente Leon.

AFP

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