Un manifestant a été tué par balles mercredi à Caracas tandis que des affrontements ont éclaté entre la police vénézuélienne et des milliers d'opposants qui protestaient contre le président socialiste Nicolas Maduro.
C'est le sixiĂšme manifestant tuĂ© en trois semaines au Venezuela, oĂč l'opposition, majoritaire au parlement depuis fin 2015, a engagĂ© un bras de fer avec le chef de l'Etat dont elle demande le dĂ©part, dans un pays Ă©tranglĂ© par une crise Ă©conomique.
Le jeune homme de 17 ans est dĂ©cĂ©dĂ© de ses blessures aprĂšs avoir Ă©tĂ© touchĂ© par des tirs d'un groupe d'inconnus Ă moto ayant aussi lancĂ© des grenades de gaz lacrymogĂšne sur des opposants qui manifestaient Ă San Bernardino, dans le nord-ouest de Caracas, a dĂ©clarĂ© Ă l'AFP Amadeo Leiva, directeur de la clinique oĂč il avait Ă©tĂ© transportĂ©.
Dans un climat extrĂȘmement tendu, les accĂšs de la capitale Ă©taient bloquĂ©s en dĂ©but d'aprĂšs-midi par un important dĂ©ploiement policier et militaire, qui repoussaient, Ă l'aide de gaz lacrymogĂšnes et de balles en caoutchouc, les manifestants, lesquels rĂ©pliquaient avec des pierres et des cocktails molotov.
"Il faut sortir de cette dictature. Nous sommes fatigués, nous voulons des élections pour que Maduro s'en aille du pouvoir, car il a détruit le pays. Je n'ai pas peur !", confiait à l'AFP une manifestante, Ingrid Chacon, une secrétaire de 54 ans brandissant le drapeau jaune, bleu et rouge du Venezuela. L'opposition, dont c'est le sixiÚme rassemblement depuis début avril, a promis qu'il s'agirait de "la mÚre de toutes les manifestations", pour exiger des élections anticipées et le respect du Parlement, la seule institution qu'elle contrÎle.
- Drapeaux américains brûlés -
Dans la capitale et parfois à quelques mÚtres seulement de leurs adversaires, les chavistes (du nom du défunt président Hugo Chavez, 1999-2013) manifestaient en faveur du chef de l'Etat, certains brûlant des drapeaux américains en signe de colÚre. "Nous sommes fermement aux cÎtés de Maduro par loyauté à l'égard de notre commandant éternel", Hugo Chavez, a assuré à l'AFP Nancy Guzman, une enseignante de 50 ans.
Une vingtaine de stations de métro et de nombreux commerces de Caracas étaient fermés. Mardi soir, Nicolas Maduro a par ailleurs activé un plan de défense, avec force déploiement de policiers et militaires, pour "déjouer le coup d'Etat" fomenté selon lui par les Etats-Unis. L'opposition a immédiatement dénoncé une tentative d'"intimider" les manifestants.
Il réagissait à la pression internationale qui s'est accrue ces derniers jours : 11 pays latino-américains ont demandé à Caracas de "garantir" le droit de protester pacifiquement, tandis que Washington a mis en garde les fonctionnaires publics contre toute mesure de répression. "Le Venezuela livrera la bataille contre ce groupe minoritaire de gouvernements qui pensent promouvoir une intervention honteuse" sur son territoire, s'est exclamé mercredi la ministre des Affaires étrangÚres, Delcy Rodriguez.
- L'opposition 'unie' -
Le prĂ©sident du Parlement Julio Borges a appelĂ© les forces armĂ©es Ă ĂȘtre "loyales" Ă la Constitution en laissant les opposants dĂ©filer pacifiquement. Une allusion Ă la "loyautĂ© inconditionnelle" Ă Nicolas Maduro proclamĂ©e lundi par le chef des armĂ©es et ministre de la DĂ©fense, Vladimir Padrino Lopez.
Seule voix discordante au sein du camp présidentiel, la procureure générale de la Nation, Luisa Ortega, a affirmé mercredi que "les responsables des organismes de sécurité de l'Etat doivent garantir l'exercice du droit à manifester de maniÚre pacifique, en respectant strictement les droits de l'homme".
Cette vague d'actions de protestation a commencĂ© le 1er avril aprĂšs la dĂ©cision de la Cour suprĂȘme, considĂ©rĂ©e comme proche de Maduro, de s'arroger les prĂ©rogatives du Parlement, dĂ©clenchant un tollĂ© diplomatique qui l'a poussĂ©e Ă faire machine arriĂšre 48 heures plus tard. L'opposition a dĂ©noncĂ© une tentative de coup d'Etat mais, paradoxalement, cet Ă©pisode lui a aussi donnĂ© un nouveau souffle, l'amenant Ă dĂ©passer ses divisions intestines et a relancĂ© la mobilisation populaire Ă ses cĂŽtĂ©s, qui s'Ă©tait assoupie ces derniers mois.
"L'opposition est plus unie que jamais. Il est probable que la manifestation (de mercredi) sera la plus grande contre le chavisme. Mais nous ne pouvons pas prédire l'impact que cela aura" ensuite, explique l'analyste Luis Vicente Leon. "Cette manifestation mettra en évidence la force de mobilisation de l'opposition et les coûts que cela peut potentiellement générer pour le gouvernement s'il continue d'éviter des élections à court terme", estime aussi le politologue John Magdaleno. Toute échéance électorale est risquée pour Nicolas Maduro, dont sept Vénézuéliens sur dix souhaitent le départ.
AFP



