Actualités du monde

Verdict contre un ex-gardien d'Auschwitz, 71 ans aprĂšs la guerre

  • PubliĂ© le 17 juin 2016 Ă  06:38
Reinhold Hanning lors de son procĂšs Ă  Detmold en Allemagne le 29 avril 2016

Soixante-et-onze ans aprĂšs la fin de la DeuxiĂšme guerre mondiale, la justice allemande rend vendredi son verdict contre Reinhold Hanning, un ex-gardien d'Auschwitz, qui pourrait ĂȘtre le dernier condamnĂ© pour les crimes nazis.


"J'ai honte d'avoir laissĂ© cette injustice se produire et de ne rien avoir fait pour l'empĂȘcher", avait dĂ©clarĂ© l'ancien SS de 94 ans dans une confession lue Ă  l'audience par ses avocats, rompant avec des dĂ©cennies de silence.
Le tribunal de Detmold (ouest) annoncera sa décision à 12H00 GMT dans la salle des pas perdus du bùtiment, exceptionnellement reconvertie en salle d'audience en raison de l'affluence médiatique et de la présence de parties civiles venues des Etats-Unis, du Canada ou d'Israël.
Pour les survivants de la Shoah et les descendants des victimes, ce procĂšs marque "un grand pas, mĂȘme tardif" dans "l'examen complet des meurtres de masse Ă  Auschwitz", soulignent leurs avocats dans un communiquĂ©.
Il s'agit pour la justice de sanctionner pour la premiÚre fois le rÎle d'un SS dans "les différentes formes" de l'extermination, allant des chambres à gaz aux exécutions sommaires et au meurtre "par les conditions de vie", notamment la sous-alimentation, rappellent-ils.
- 'Rouage' de l'extermination -
L'accusation a réclamé six ans de prison contre Reinhold Hanning, qui encourt trois à quinze ans d'emprisonnement pour "complicité" dans la mort d'au moins 100.000 Juifs.
M. Hanning est le troisiÚme accusé d'une vague de procédures entamées avec la condamnation en 2011 de John Demjanjuk, ex-gardien de Sobibor, puis celle l'an dernier d'Oskar Gröning, ex-comptable d'Auschwitz, aprÚs des décennies de relative indulgence judiciaire.
Deux autres gardiens du camp emblĂ©matique de la Shoah devaient comparaĂźtre cette annĂ©e. Mais le procĂšs du premier est suspendu aux experts mĂ©dicaux, et le second est mort une semaine avant d'ĂȘtre jugĂ©.
Comme pour Demjanjuk et Gröning, l'accusation ne reproche à Reinhold Hanning aucun acte criminel précis mais le dépeint en "rouage" de l'extermination, si massive qu'elle engageait tout le personnel du camp.
La défense a de son cÎté réclamé l'acquittement, relevant l'absence de preuve d'une "participation directe" de son client aux meurtres, un argument clé sur lequel la jurisprudence allemande a beaucoup varié. Saisie par Oskar Gröning, la Cour fédérale doit trancher ce point avant la fin de l'année.
- 'Cauchemar' -
Jeune ouvrier dans une usine de vĂ©lo, engagĂ© Ă  18 ans dans les Waffen SS, Hanning avait combattu aux Pays-Bas, dans les Balkans et sur le front russe. BlessĂ©, il avait Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© dĂ©but 1942 Ă  Auschwitz dans l'unitĂ© Totenkopf (tĂȘte de mort).
Sans prendre la parole, l'accusé a écouté avec attention les récits poignants des anciens déportés, puis a confié à ses avocats 25 pages de confession.
"Je n'ai jamais pu parler de mon expérience à Auschwitz avec d'autres personnes. Ni à ma femme, ni à mes enfants, ni à mes petits enfants", explique l'ex-soldat, devenu laitier-fromager aprÚs guerre.
Il "savait", a-t-il reconnu, "qu'une grande partie des gens qui arrivaient en train" étaient "abattus, gazés et brûlés". "Je pouvais voir comment les cadavres étaient transportés (...) Je percevais les odeurs d'incinération", raconte Reinhold Hanning.
Dépeignant un "cauchemar" qu'il a "essayé toute (sa) vie de refouler", il a assuré avoir demandé par deux fois à retourner au front, en vain.
"Ce n'est pas une déclaration de culpabilité mais une explication du point de vue du spectateur", a déploré Christoph Heubner, vice-président exécutif du Comité international d'Auschwitz.
Quelque 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs, ont péri entre 1940 et 1945 à Auschwitz-Birkenau, alors situé en Pologne occupée, un camp libéré par les troupes soviétiques fin janvier 1945. Au total, six millions de Juifs ont été exterminés par les nazis.

Par Céline CORNU - © 2016 AFP
guest
0 Commentaires