Réunis ce jeudi 23 avril 2026 à la préfecture, les syndicats de salariés ont rencontré le préfet, la présidente de Région, le président du Département et le président de l'association des maires. Tous ont échangé sur la flambée des prix des carburants. Si le dialogue a été jugé "utile", les organisations syndicales dénoncent l’absence de mesures concrètes pour les travailleurs et appellent à la mobilisation. La préfecture a aussi confirmé une hausse du prix du gazole en mai, sans pouvoir préciser le montant exact (Photos Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)
Une réunion pour dialoguer, mais pas forcément pour trancher. Ce jeudi après-midi, les organisations syndicales réunionnaises, notamment la CGTR et la CFDT, ont été reçues par le préfet, Patrice Latron, aux côtés de la présidente de Région, Huguette Bello, de Cyrille Melchior, président du Département et du président de l’association des maires, Serge Hoareau. À l’ordre du jour : la hausse des prix des carburants et ses conséquences sur le quotidien des Réunionnais.es.
Pour le préfet Patrice Latron, cette rencontre avait avant tout un objectif d’écoute. "Le débat a été productif", assure-t-il, évoquant la nécessité de faire remonter les attentes exprimées. Il reconnaît également que les syndicats n’avaient pas été associés jusque-là aux discussions avec les transporteurs, une situation qu’il attribue à des contraintes d’organisation. Écoutez.
Le représentant de l’État a rappelé les mesures déjà en place au niveau national, notamment le chèque énergie versé à 128.000 foyers ou encore une nouvelle aide nationale annoncée mercredi : une prise en charge à hauteur de 20 centimes par litre pour certains travailleurs parcourant de longues distances. "Ce n’est pas pour payer de l’essence, mais ça aide quand même des foyers en difficulté", souligne-t-il.
- Le prix du gazole en hausse au 1er mai -
Le préfet a également apporté des précisions sur l’évolution attendue des prix. Au 1er mai, "il faut s’attendre à une stabilité sur le super et à une augmentation sur le gazole", a-t-il indiqué. Une hausse qui, selon lui, devrait toutefois rester contenue : "nous ne devrions pas dépasser la barre des 2 euros le litre", a-t-il assuré, rappelant que dans l'Hexagone, le gazole avoisine actuellement les 2,20 euros.
- Aucune mesure pour les salariés de la classe moyenne -
Mais ces discussions peinent à convaincre les syndicats. À la sortie de la réunion, le ton monte : "Nous sommes ressortis comme nous sommes rentrés, sans rien", déplore Jacky Balmine, secrétaire général de la CGTR. S’il reconnaît les efforts pour les publics les plus précaires, il pointe un angle mort : "Rien pour les salariés. Celui qui travaille tous les jours, qu’a-t-il gagné ? Rien".
Les syndicats dénoncent notamment l’absence de mesures pour les classes moyennes, ces travailleurs "qui payent tout" mais ne bénéficient d’aucune aide. "On parle souvent de ceux qui vivent avec moins de 900 euros, mais celui qui gagne le SMIC est oublié", insiste le syndicaliste, appelant à des dispositifs plus équitables. Écoutez.
Parmi les pistes évoquées par le préfet lors de la réunion, le développement du télétravail ou du covoiturage.
Des solutions jugées utiles, mais insuffisantes pour répondre à l’urgence sociale. "Avant ça, on n’avait entendu aucune proposition pour les salariés", regrette Jacky Balmine.
- Les collectivités mobilisées -
Du côté des collectivités, la mobilisation est réaffirmée. Le président du Département, Cyrille Melchior, rappelle les dispositifs d’aide déjà engagés pour "près de 60.000 familles en grande difficulté", notamment en matière d’accompagnement alimentaire et social.
La présidente de Région, Huguette Bello, insiste quant à elle sur un autre point de crispation : le mutisme des pétroliers. Elle dénonce des entreprises qui "font des millions qui repartent dans l’Hexagone" sans participer à l’effort collectif. "Ceux qui se gavent doivent aussi contribuer", martèle-t-elle. Écoutez.
- Les pétroliers restent muets -
Un constat partagé par l’État, qui reconnaît ne pas avoir de levier direct pour contraindre les compagnies à agir. "L’État est un facilitateur", rappelle le préfet, renvoyant la responsabilité aux compagnies pétrolières.
Dans ce contexte, la tension sociale pourrait rapidement monter. Les syndicats appellent d’ores et déjà à une mobilisation lors de la manifestation du 1er mai, avec un mot d’ordre : élargir le rapport de force. "Les transporteurs se sont mobilisés et ils ont gagné. Si on fait pareil, on gagnera aussi", estime Jacky Balmine.
En attendant, aucune annonce majeure n’est venue conclure cette réunion. Les compagnies pétrolières, elles, gardent le silence. Et sur le terrain, l’impatience grandit.
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