Cent trente femmes sont mortes l'an dernier en France sous les coups de leur compagnon, ex-conjoint ou petit ami, contre 123 en 2016, un fléau que le gouvernement a promis de combattre lundi, à la veille du lancement d'un portail internet dévolu au recueil des signalements.
En comptabilisant uniquement les femmes tuées au sein de "couples officiels", le chiffre des féminicides est stable, à 109 victimes, mais il est en hausse si l'on y ajoute les 21 femmes tuées par un petit ami, un amant ou une relation épisodique, selon des données communiquées par le ministÚre de l'Intérieur.
"Une femme meurt tous les 3 jours du fait de la violence de son conjoint ou ex-conjoint", ont commentĂ© dans un communiquĂ© la secrĂ©taire d'Etat Ă l'EgalitĂ© femmes/hommes MarlĂšne Schiappa et le ministre de l'IntĂ©rieur Christophe Castaner. Ces chiffres restent "Ă©levĂ©s et prĂ©occupants", a encore observĂ© Mme Schiappa, dĂ©plorant "une forme de rĂ©gularitĂ© glaçante depuis des annĂ©es". Le gouvernement, a-t-elle soulignĂ©, met "tout en oeuvre pour qu'enfin ces chiffres baissent" mais il "ne pourra pas tout tout seul". "Quand on est tĂ©moin d'un cambriolage, on appelle la police. Il faut que le rĂ©flexe soit le mĂȘme lorsqu'on est tĂ©moin de violences envers une femme", a encore observĂ© la secrĂ©taire d'Etat.
Pour Françoise Brié, présidente de la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF) qui gÚre la ligne téléphonique 3919, dédiée aux femmes victimes de violences, "il faut aller plus loin dans le repérage des violences, par un travail commun entre les associations et la police". "Plus les femmes sortent tÎt des violences, moins les conséquences sont graves", a-t-elle ajouté.
Aux 130 femmes victimes de l'an dernier, il faut ajouter 25 enfants tués dans le cadre de violences conjugales, et 151 tentatives d'homicides au sein du couple.
- Portail de signalement en ligne -
En outre, 21 hommes ont Ă©tĂ© tuĂ©s par leur compagne ou ex-petite amie, mais 11 d'entre eux avaient eux-mĂȘmes exercĂ© des violences sur leur meurtriĂšre. En incluant les auteurs qui se sont suicidĂ©s aprĂšs le meurtre, et les victimes collatĂ©rales, les violences conjugales ont fait au total 247 morts l'an dernier. Les morts violentes au sein du couple ont reprĂ©sentĂ© 15,8% des homicides non crapuleux et violences volontaires ayant entraĂźnĂ© la mort sans intention de la donner, prĂ©cise l'Ă©tude du ministĂšre de l'IntĂ©rieur.
La publication de ces données intervient au lendemain de la journée internationale pour l'élimination des violences à l'égard des femmes, et deux jours aprÚs que 50.000 personnes - selon les organisatrices - ont défilé contre ces violences dans une cinquantaine de villes en France, dont 30.000 à Paris (12.000 selon la préfecture de police).
Christophe Castaner, MarlÚne Schiappa et la garde des Sceaux Nicole Belloubet doivent présenter mardi matin à Guyancourt (Yvelines) un "portail de signalement en ligne des violences sexuelles et sexistes, disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7", qui permettra aux victimes d'entrer en contact par tchat avec des policiers ou des gendarmes spécifiquement formés. Ce dispositif "est le premier des jalons, technique et politique, pour éradiquer" ces violences, a fait valoir dimanche le Premier ministre Edouard Philippe dans une tribune publiée sur Facebook.
Mme Schiappa a récemment annoncé le fléchage de 400.000 euros non dépensés et initialement inscrits à son "budget communication" vers cinq associations qui luttent contre les violences sexistes et sexuelles.
Chaque année, prÚs de 220.000 femmes subissent des violences de la part de leur conjoint ou ex-compagnon. En outre, plus de 250 femmes sont violées chaque jour, et une sur trois a déjà été harcelée ou agressée sexuellement au travail. L'an dernier, Emmanuel Macron avait déclaré l'égalité entre les femmes et les hommes "grande cause du quinquennat" et fait observer une minute de silence en hommage aux victimes.
- © 2018 AFP
