Manque de formation

Violences conjugales: l'accueil des forces de l'ordre sous le feu des critiques

  • PubliĂ© le 24 novembre 2019 Ă  16:31
  • ActualisĂ© le 24 novembre 2019 Ă  16:49
Une pancarte lors de la marche contre les violences faites aux femmes le 23 novembre 2019 Ă  Paris

"Ils n'ont rien fait", "ils n'ont pas voulu prendre ma plainte", "on a été mal reçu"... : souvent critiquées dans les affaires de violences conjugales, les forces de l'ordre pÚchent par manque de moyens, de formation et d'information.

CĂ©cile venait d'ĂȘtre frappĂ©e par son compagnon, elle est allĂ©e au commissariat pour porter plainte sous la pression du pĂšre de son compagnon. Au commissariat, on lui a demandĂ© un certificat mĂ©dical: elle est repartie. Il a fallu toute la persuasion de son beau-pĂšre pour qu'elle revienne dĂ©poser plainte.
"On a conscience qu'on a des difficultés à avoir un accueil parfait, on met en place des formations continues sur la prise de la plainte et on sensibilise de plus en plus les policiers à l'accueil et l'orientation", explique-t-on au sein de la police nationale.

Pour l'avocate Sabine Lamirand, présidente d'une commission d'aide aux victimes dans les Yvelines, "ce qui revient le plus, c'est +'ls n'ont pas voulu prendre notre plainte' ou 'on a mal été reçu'". "Il y a aussi le manque de confidentialité dans les commissariats", ajoute celle qui s'exprime ce jour-là devant des policiers lors d'une journée de formation à l'accueil de victimes de violences conjugales, à laquelle a assisté l'AFP.

"On va porter plainte en cachette, on arrive au commissariat, c'est 4 heures d'attente. Mais quelle femme peut aller en cachette attendre 4 heures dans un commissariat ?", confirme dans un entretien à l'AFP Morgane Seliman, auteure de "Il m'a volé ma vie" (XO Editions, 2015).

Un policier, sous le couvert de l'anonymat, reconnaßt en outre que les victimes de violences conjugales ne sont pas traitées différemment des autres plaignants: "Elles sont souvent accueillies avec tout le monde, y compris les gens qui viennent porter plainte parce que la haie du voisin touche leur clÎture". "On ne comprend pas toujours non plus: une victime porte plainte, puis la retire, puis revient", avoue un autre policier, "et parfois elle évoque les violences avec un tel détachement, c'est dur d'y croire".

"Quelqu'un qui va dĂ©poser plainte pour un vol, jamais on ne va mettre sa parole en doute. Pour violence conjugale, on va dire +peut-ĂȘtre que...+", remarque Fabienne Boulard, policiĂšre responsable de formation.

- RÎle primordial de l'écoute -

Une victime de violence conjugale "ne va pas forcĂ©ment rĂ©agir comme on l'attend", confirme Julia Ball, psychologue au commissariat de Mantes-la-Jolie (Yvelines) et intervenante Ă  la formation. "Mais c'est important qu'elle puisse ĂȘtre entendue, prise au sĂ©rieux. Votre Ă©coute a un rĂŽle primordial", explique-t-elle aux policiers.

Morgane Seliman, elle-mĂȘme victime de violences conjugales et qui s'est rendue une quinzaine de fois au commissariat, a un jour Ă©tĂ© reçue par un policier plus comprĂ©hensif que les autres, qui lui a proposĂ© de rencontrer une assistante sociale. "Ça lui a pris cinq minutes mais il ne sait pas qu'il m'a sauvĂ© la vie, parce que j'ai Ă©tĂ© voir cette assistante sociale qui m'a offert autre chose", tĂ©moigne-t-elle.

La police tente depuis quelques annĂ©es d'amĂ©liorer la prise en charge des victimes. En 2019, il y avait au total 82 psychologues pour tous les commissariats en France, rĂ©partis dans 38 dĂ©partements. Une dizaine de nouveaux postes, avec un financement des collectivitĂ©s locales, doivent ĂȘtre créés d'ici fin 2020.

Un portail de signalements des violences sexistes et sexuelles a également été créé en 2018 (www.signalement-violences-sexuelles-sexistes.gouv.fr). Il permet d'entrer discrÚtement en contact avec des policiers formés à l'écoute spécifique de ces victimes. "J'ai eu plusieurs fois des femmes victimes avec leurs enfants qui ont dormi à l'accueil du commissariat", témoigne une policiÚre, soulignant le manque d'information sur les dispositifs existants.

Les formations, comme celle à laquelle a assisté l'AFP, se font sur la base du volontariat. "Il faut que l'on progresse, c'est sûr", reconnaßt un haut gradé. "Il faudrait généraliser la présence d'assistantes sociales, de psychologues dans les commissariats. Il faudrait aussi des locaux dédiés ou un accÚs réservé".

Pour Sandrine Bouchait, prĂ©sidente de l'Union nationale des familles de fĂ©minicides (UNFF), tous les policiers devraient ĂȘtre formĂ©s et ceux qui ne prennent pas les plaintes "devraient ĂȘtre sanctionnĂ©s".

L'association demande qu'on applique une mĂȘme procĂ©dure Ă  toutes les femmes via une grille d'Ă©valuation communes Ă  toutes les forces de l'ordre, sur le modĂšle de ce qui se fait dĂ©jĂ  au Canada - une des mesures recommandĂ©es par les groupes de travail du Grenelle. Lors du Grenelle contre les violences conjugales, un audit de 400 commissariats et gendarmeries a Ă©tĂ© annoncĂ© parmi les mesures.

AFP

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