Violences en Irlande du Nord : des habitants Ă©trangers contraints de se cacher, raconte la police

  • PubliĂ© le 12 juin 2025 Ă  23:37
  • ActualisĂ© le 13 juin 2025 Ă  05:08
Des feux d'artifice lancés sur la police anti-émeute lors d'une troisiÚme nuit de manifestations visant les immigrés à Ballymena, en Irlande du Nord, le 11 juin 2025

Des ressortissants étrangers ont été contraints de se cacher dans des greniers ou des penderies pour échapper à une vague de violences visant des immigrés qui secoue l'Irlande du Nord depuis lundi, a indiqué jeudi la police, lançant un nouvel appel au calme.

"Stop Ă  cette violence !", a dĂ©clarĂ© le chef de la police nord-irlandaise Jon Boutcher lors d'une confĂ©rence de presse. "Nous allons vous arrĂȘter, nous allons vous poursuivre en justice", a-t-il menacĂ© Ă  l'intention des Ă©meutiers.

Quinze personnes ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es. Parmi elles, trois jeunes hommes -dont deux mineurs- ont Ă©tĂ© inculpĂ©s jeudi (aprĂšs une autre personne mercredi), pour leur rĂŽle dans ces violences qui ont fait depuis lundi une quarantaine de blessĂ©s parmi les forces de l'ordre.

Ces émeutes se concentrent en particulier dans la ville de Ballymena. Elles ont éclaté à la suite de l'inculpation de deux adolescents pour la tentative de viol d'une jeune fille dans cette ville située à une cinquantaine de kilomÚtres au nord de Belfast.

La police, qui a qualifié ces violences de "racistes", n'a pas communiqué sur l'origine des deux jeunes. Mais selon les médias britanniques, ils se sont exprimés par l'intermédiaire d'un interprÚte roumain lors de leur comparution lundi au tribunal.

Un troisiĂšme suspect a Ă©tĂ© "identifiĂ©", a annoncĂ© jeudi Jon Boutcher. Il se trouve hors d'Irlande du Nord et la police Ɠuvre Ă  son retour, a-t-il prĂ©cisĂ©.

- "Pas des criminels" -

Les Ă©meutes ont visĂ© un quartier de Ballymena oĂč vit une importante population immigrĂ©e, notamment d'Europe de l'Est. Des habitations et des commerces notamment ont Ă©tĂ© incendiĂ©s.

La police a expliqué avoir évacué des ressortissants étrangers qui se cachaient dans des greniers ou des penderies chez eux alors "qu'ils n'avaient rien fait de mal", a dit Jon Boutcher. "Ce ne sont pas des criminels. Ils apportent une contribution positive à la société et sont bien intégrés", a ajouté le chef de la police.

Mercredi soir, des individus s'en sont Ă  nouveau pris aux forces de l'ordre, en jetant vers elles cocktails Molotov, feux d'artifice et autres projectiles, ainsi qu'une hachette, selon la police, qui a eu recours Ă  un canon Ă  eau pour disperser la foule.

Un centre de loisirs, oĂč des familles dĂ©placĂ©es par les Ă©meutes Ă  Ballymena avaient Ă©tĂ© logĂ©es temporairement, a Ă©tĂ© incendiĂ© Ă  Larne, Ă  une trentaine de kilomĂštres de lĂ , sans qu'aucun blessĂ© ne soit Ă  dĂ©plorer.

Un porte-parole du Premier ministre Keir Starmer a condamné cette nouvelle flambée de violences, dénonçant des scÚnes "scandaleuses". La veille, il avait condamné des violences "insensées".

Le ministre britannique chargé de l'Irlande du Nord Hilary Benn s'est dit "choqué" par les dégùts engendrés, à l'issue d'une visite à Ballymena jeudi matin.

Sur Clonavon road, oĂč la plupart des Ă©meutes ont eu lieu, peu de gens Ă©taient disposĂ©s Ă  parler. Dans les rues voisines, portes et fenĂȘtres de plusieurs habitations portent les stigmates des violences. Et sur presque toutes les fenĂȘtres, des drapeaux du Royaume-Uni, d'Angleterre ou d'Irlande du Nord.

- "Des locaux vivent ici" -

À Harryville, un quartier Ă  proximitĂ©, des panneaux "Locals live here" ("Des gens du coin vivent ici") ont fait leur apparition sur des habitations.

Une quatriÚme nuit d'émeutes était redoutée. Une organisation gérant des logements sociaux à Portadown, à 76 km de Ballymena, a conseillé aux résidents de quitter les lieux, en raison d'une manifestation prévue dans cette ville et "dirigée contre les migrants (et) les ressortissants étrangers", selon la BBC.

Au-delĂ  de Ballymena, des incidents ont eu lieu mercredi soir Ă  Carrickfergus et Newtownabbey, non loin de Belfast, ainsi qu'Ă  Coleraine, dans le nord de la province britannique, oĂč le trafic des trains et des bus a dĂ» ĂȘtre interrompu. Des rassemblements ont eu lieu Ă  Belfast mais se sont dĂ©roulĂ©s "majoritairement dans le calme", selon la police.

Le commissaire Jon Boutcher a appelé à des "peines de prison ferme importantes" pour les personnes qui seront condamnées pour avoir participé à ces émeutes. "Nous devons envoyer un message trÚs clair", a-t-il insisté.

AFP

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