Il l'accuse d'"enrichir" la Russie

Virulente charge de Trump contre l'Allemagne au sommet de l'Otan

  • PubliĂ© le 11 juillet 2018 Ă  14:48
  • ActualisĂ© le 11 juillet 2018 Ă  15:00
Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg et le président américain Donald Trump, le 11 juillet 20108 à Bruxelles aprÚs avoir fait une déclaration à la presse.

Donald Trump a lancé mercredi, au premier jour du sommet de l'Otan, une attaque frontale contre l'Allemagne, accusée d'"enrichir" la Russie et de ne pas contribuer suffisament aux efforts militaires de l'Alliance.

TrÚs remonté, le président américain est resté sourd aux tentatives d'explications du secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg qu'il a rencontré avant l'ouverture officielle du sommet à Bruxelles. "L'Allemagne est complÚtement contrÎlée par la Russie (...) elle est prisonniÚre de la Russie", a-t-il tonné dans une longue diatribe contre la premiÚre puissance économique de l'UE.

"Elle paie des milliards de dollars à la Russie pour ses approvisionnements en énergie et nous devons payer pour la protéger contre la Russie. Comment expliquer cela ? Ce n'est pas juste", a-t-il encore asséné.

La Maison Blanche a ensuite annoncĂ© que M. Trump, qui doit rencontrer lundi Ă  Helsinki son homologue russe Vladimir Poutine, aurait un tĂȘte-Ă -tĂȘte mercredi avec la chanceliĂšre allemande Angela Merkel. Le prĂ©sident amĂ©ricain a dĂ©noncĂ© Ă  plusieurs reprises le projet de doublement du gazoduc Nord Stream reliant directement la Russie Ă  l'Allemagne et exige son abandon.

L'attaque lui permet d'enfoncer un coin dans l'unité des Européens, car le projet les divise. La Pologne estime ainsi que l'Europe n'a pas besoin de ce projet.
Nord Stream 2 "est un exemple de pays europĂ©ens qui fournissent des fonds Ă  la Russie, lui donnent des moyens qui peuvent ĂȘtre utilisĂ©s contre la sĂ©curitĂ© de la Pologne", a soutenu le chef de la diplomatie polonaise Jacek Czaputowicz Ă  son arrivĂ©e au siĂšge de l'Otan.

Les pays de l'UE importent deux tiers de leurs besoins de consommation. En 2017, ceci a reprĂ©sentĂ© une facture totale de 75 milliards d'euros, selon les statistiques europĂ©ennes. A ce jour, la moitiĂ© du gaz achetĂ© est russe, mais les EuropĂ©ens cherchent Ă  briser cette dĂ©pendance. Les Etats-Unis sont engagĂ©s dans une stratĂ©gie de conquĂȘte de marchĂ©s pour leur gaz naturel. Ils ont exportĂ© 17,2 milliards de m3 en 2017, dont 2,2% par mĂ©thaniers vers les terminaux de l'Union europĂ©enne.

- "Langage trĂšs direct" -

M. Trump s'en est aussi pris plus généralement aux membres de l'Otan qui "ne payent pas ce qu'ils devraient" pour leurs dépenses militaires. Le chef de l'Otan a reconnu que le président américain avait utilisé un "langage trÚs direct" mais a assuré que les Alliés étaient d'accord sur les dossier cruciaux: la nécessité de renforcer la résilience de l'Organisation, la lutte antiterroriste et le partage plus équitable du fardeau financier.

De fait, les EuropĂ©ens apprĂ©hendaient un sommet de l'Otan acrimonieux et difficile. Le prĂ©sident des Etats-Unis avait quittĂ© Washington d'humeur belliqueuse, dĂ©clarant, avec le goĂ»t de la provocation qui est le sien, que sa rencontre avec le prĂ©sident Russe Vladimir Poutine prĂ©vue lundi Ă  Helsinki pourrait ĂȘtre "plus facile" que le sommet de l'Otan.

Ce comportement exaspÚre sur le Vieux continent. Rompant avec le ton policé de ses prédécesseurs, le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, l'a interpelé mardi pour lui dire combien ses critiques presque quotidiennes étaient déplaisantes et l'a invité à "mieux considérer" ses alliés "car l'Amérique n'en a pas tant que ça". Il lui a également rappelé que l'Europe avait été "la premiÚre à réagir" aprÚs les attentats du 11 septembre 2001 sur le sol américain.

- L'Allemagne doit payer -

Les Alliés se sont engagés en 2014 à consacrer 2% de leur PIB à leur défense en 2024, mais une quinzaine d'Etats membres, dont l'Allemagne, le Canada, l'Italie, la Belgique et l'Espagne sont sous la barre de 1,4% en 2018 et seront incapables de respecter leur parole, ce qui ulcÚre Donald Trump.
Sa tirade contre Berlin mercredi matin s'est inscrite dans cette logique.

"L'Allemagne est un pays riche. Elle peut augmenter sa contribution dÚs demain sans problÚme", a-t-il affirmé. Les Alliés souhaitent avoir des éclaircissements sur les intentions du président américain avant sa rencontre avec son homologue russe. "Nous serons en mesure de discuter avec lui pendant le sommet de la relation entre l'Otan et la Russie. Il est important que l'Otan reste unie", a plaidé M. Stoltenberg.

Toutes les dĂ©cisions qui seront souscrites durant le sommet visent Ă  renforcer la capacitĂ© de dissuasion de l'Alliance, selon le chef de l'Otan. "Les AlliĂ©s ne doivent pas augmenter leurs dĂ©penses pour plaire aux Etats-Unis, mais parce que c'est dans leur intĂ©rĂȘt", a-t-il estimĂ©.

Dans le cadre de l'initiative amĂ©ricaine "4x30", les membres de l'Otan vont s'engager Ă  ĂȘtre en mesure en 2030 de dĂ©ployer sous 30 jours 30 bataillons mĂ©canisĂ©s, 30 escadrilles et 30 navires de combat pour pouvoir faire face Ă  une opĂ©ration militaire de la Russie, identifiĂ©e comme un potentiel agresseur.

AFP

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