Volkswagen, frappĂ© par les scandales des logiciels truqueurs et des Ă©missions de CO2 falsifiĂ©es, va rĂ©duire d'un milliard d'euros ses investissements en 2016, alors que l'enquĂȘte sur ses moteurs les plus puissants s'Ă©tend aux Etats-Unis.
"Lors d'une rencontre hier (jeudi), des responsables de VW et d'Audi ont déclaré à l'EPA que les problÚmes qui avaient été identifiés le 2 novembre sont étendus à tous les moteurs diesel de 3 litres équipant les voitures modÚles de 2009 à 2016", a annoncé vendredi l'agence de protection de l'environnement américaine (EPA), promettant de prendre des "mesures appropriées".
Au total, environ 75.000 véhicules VW, Audi et Porsche supplémentaires sont concernés, a précisé l'Agence quelques heures seulement avant l'expiration du délai donné au groupe allemand pour présenter une solution de réparation.
Un peu plus tĂŽt, Matthias MĂŒller, le patron du gĂ©ant automobile allemand, avait indiquĂ© que "pour 2016, nous allons rĂ©duire nos investissements Ă 12 milliards d'euros maximum. C'est environ un milliard de moins que la moyenne des annĂ©es passĂ©es".
Un recul symbolique pour un groupe qui avait doublé ses investissements depuis 2008, avec l'ambition de détrÎner Toyota comme champion mondial des ventes. Mais sans grande surprise: sa marque phare Volkswagen avait déjà annoncé en octobre vouloir réduire substantiellement ses investissements.
Le colosse aux douze marques (des citadines Seat et Skoda, aux berlines Audi et sportives Porsche, en passant par les camions MAN et Scania), qui fabrique environ 300 modĂšles, continue de "passer au crible" investissements et dĂ©penses, en repoussant ou en annulant "tout ce qui n'est pas nĂ©cessaire", a ajoutĂ© M. MĂŒller. Il avait dĂ©jĂ annoncĂ© la couleur quelques semaines aprĂšs les aveux sur le trucage des moteurs de 11 millions de voitures dans le monde.
La sortie de la prochaine limousine Phaeton, prévue dans une version entiÚrement électrique, et la construction d'un centre de design à Wolfsburg (nord), siÚge du constructeur, sont par exemple remis à plus tard. Et Volkswagen va aussi repousser de deux ou trois ans l'augmentation de sa participation dans une de ses coentreprises en Chine.
- Motorisations alternatives -
Mais "ce que nous ne ferons en aucun cas, c'est d'Ă©conomiser aux dĂ©pens de notre avenir", a prĂ©venu M. MĂŒller.
Volkswagen allouera ainsi 100 millions d'euros de plus que prévu en 2016 aux motorisations hybrides et électriques, a-t-il précisé.
La coupe d'un milliard dans les investissements 2016 est paradoxalement "une bonne nouvelle", estime pour l'AFP Jose Asumendi, analyste de la banque JP Morgan.
Le groupe, qui a déjà provisionné 6,7 milliards pour faire face aux scandales, est forcé d'économiser et de "prioriser ses investissements", mais "a besoin de continuer dans certaines technologies clés pour assurer sa compétitivité à moyen terme", ajoute-t-il, en saluant l'engagement en faveur de voitures plus vertes.
L'annonce "reflĂšte aussi qu'ils entretiennent un bon dialogue avec les syndicats", trĂšs puissants chez Volkswagen, pointe M. Asumendi.
- Pression aux Etats-Unis -
L'annonce intervient aussi alors que Volkswagen est sous pression aux Etats-Unis, oĂč le scandale a dĂ©marrĂ©.
Il y est attendu sur la solution devant corriger les fausses informations données par ses logiciels truqueurs, qui dissimulaient le fait que ses voitures émettaient sur la route jusqu'à 40 fois plus d'oxydes d'azote qu'autorisé.
Volkswagen a déjà dévoilé une premiÚre solution technique aux autorités allemandes pour un des types de moteurs concernés, selon la presse locale.
La tromperie va forcer Volkswagen Ă rappeler 8,5 millions de voitures. Une opĂ©ration gigantesque, sans compter les consĂ©quences juridiques du scandale, Ă mĂȘme de faire gonfler la facture d'entre 20 et 60 milliards d'euros, selon les estimations.
Le groupe est aussi ébranlé par une deuxiÚme affaire: 800.000 de ses véhicules, dont au moins 98.000 à essence, enregistrent des émissions de dioxyde de carbone (CO2) bien supérieures aux valeurs affichées sur leur fiche technique.
Sur ce volet, Bruxelles vient de relĂącher la pression sur le constructeur. La Commission europĂ©enne avait annoncĂ© la semaine derniĂšre donner 10 jours Ă Volkswagen pour s'expliquer, mais a finalement acceptĂ© d'Ă©tendre l'ultimatum jusqu'Ă fin dĂ©cembre. Le groupe lui a assurĂ© travailler sur la question, mais a requis plus de temps pour mener Ă bien son enquĂȘte interne.
Par Brigitte DUSSEAU - © 2015 AFP
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