Hommage

Voyage dans le temps vers la "Jérusalem du Nord" pour le pape en Lituanie

  • PubliĂ© le 23 septembre 2018 Ă  06:15
  • ActualisĂ© le 23 septembre 2018 Ă  07:02
Le pape François à son arrivée à Vilnius, le 22 septembre 2018.

Soixante-quinze ans précisément aprÚs la liquidation du ghetto de Vilnius, le pape François va rendre dimanche un hommage silencieux aux Juifs de l'ex-Jérusalem du Nord, exterminés par les nazis. Ainsi, aprÚs la rencontre de nombreux fidÚles le matin, lors d'une messe célébrée pour eux dans un parc de Kaunas (deuxiÚme ville du pays), le chef de l'Eglise fera un voyage dans le temps vers les époques sombres de la récente histoire lituanienne.

Appelés Litvaks, les juifs lituaniens formaient, jusque dans les années 40 du XXe siÚcle, une communauté dynamique de plus de 200.000 membres, qui ont fait fleurir la littérature yiddish et la vie religieuse. De nombreux hommes politiques, tel l'ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, hommes de la culture comme l'écrivain Amos Oz, artistes et entrepreneurs ont des racines lituaniennes.

L'extermination conduite par les nazis --avec un certain nombre de collaborateurs lituaniens-- a anéanti quasiment tous ceux qui ont valu à Vilnius le surnom de Jérusalem du Nord.
Les rares survivants ont été souvent aidés par des amis lituaniens, dont plus de 800 ont mérité le titre de Justes parmi les nations du monde décerné par l'Institut Yad Vashem de Jérusalem.

Aujourd'hui, les Juifs ne sont qu'environ 3.000 dans ce pays de 2,9 millions d'habitants, membre de l'Union européenne et de l'Otan. Le voyage du pape coincidant avec l'anniversaire de la liquidation du ghetto, la communauté juive a souhaité une rencontre avec lui. Elle a essuyé dans un premier temps un refus et la tension avec les organisateurs a été perceptible, selon des sources proches du dossier, puis des contacts ont permis de ménager pour le pape un moment de recueillement auprÚs du monument du ghetto.

- Deux occupations -

Quand ils Ă©voquent la Seconde Guerre mondiale, les Lituaniens utilisent le pluriel pour parler de deux occupations: allemande et soviĂ©tique. Cette derniĂšre a durĂ© plusieurs dĂ©cennies, et ses premiĂšres annĂ©es ont Ă©tĂ© marquĂ©es par une sanglante rĂ©pression de la rĂ©sistance lituanienne. La police politique de Moscou, le KGB, avait pris possession de la prison de la Gestapo et l'a utilisĂ©e entre autres jusque dans les annĂ©es 80 pour dĂ©tenir et interroger des prĂȘtres refusant d'accepter le harcĂšlement contre le clergĂ© et les croyants.

Tel Sigitas Tamkevicius, aujourd'hui archevĂȘque octogĂ©naire. ArrĂȘtĂ© en 1983, il a Ă©tĂ© durement interrogĂ© par les enquĂȘteurs du KGB qui voulaient interrompre Ă  tout prix la rĂ©daction et la diffusion d'un journal clandestin sur les persĂ©cutions des catholiques. La "Chronique", passĂ©e en fraude en Occident, Ă©tait alors lue par des stations radios Ă©mettant depuis l'Ă©tranger.

CondamnĂ© Ă  dix ans de camp, il a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© en 1989, lorsque le rĂ©gime totalitaire a commencĂ© Ă  se dĂ©sintĂ©grer Ă  la faveur de la perestroĂŻka menĂ©e par MikhaĂŻl Gorbatchev. AccompagnĂ© seulement de deux personnes, le nonce et le directeur de la prison, le pape doit visiter son ancienne cellule. Et aussi la salle d'exĂ©cution, oĂč les condamnĂ©s Ă  mort vivaient leurs derniers instants.

Selon Vilnius, plus de 50.000 Lituaniens sont morts dans les camps et les prisons soviétiques ainsi que lors des déportations massives dans les années 1944-1953, tandis que 20.000 autres ont été tués dans des combats livrés par la résistance antisoviétique.

- © 2018 AFP

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