Les Etats-Unis, soutien de l'opposant Juan Guaido, vont demander cette semaine un vote du Conseil de sécurité sur une résolution portant sur le Venezuela, auquel la Russie, qui défend le président Nicolas Maduro, devrait vraisemblablement opposer son veto.
"Nous aurons (un vote sur) une résolution cette semaine qui appellera à permettre l'entrée d'une aide humanitaire au Venezuela", a déclaré mardi à des journalistes l'émissaire américain pour le Venezuela, Elliott Abrams, avant une réunion du Conseil de sécurité demandée par Washington.
La Russie dénonce depuis le début de la crise l'ingérence occidentale et singuliÚrement des Etats-Unis dans des affaires "internes" au Venezuela qui connait une grave crise économique. Elle juge que la volonté américaine d'y acheminer de l'aide humanitaire cache une volonté de renverser par la force Nicolas Maduro.
Evoquant "une moquerie du droit constitutionnel", l'ambassadeur russe à l'ONU, Vassily Nebenzia, a plaidé pour le respect de la "souveraineté" du Venezuela, accusant Washington de vouloir "alimenter de force" le peuple vénézuélien, "une torture pratiquée à Guantanamo".
Le chef de la diplomatie du Venezuela, Jorge Arreaza, photos de présumés insurgés à la main, a dénoncé "une violation" de l'intégrité territoriale de son pays le week-end dernier. Il a assuré que les camions censés apporter de l'aide contenaient en réalité du matériel (clous, barbelés...) pour construire des barricades. "Le coup d'Etat a échoué", a-t-il martelé.
Juan Guaido, qui s'est autoproclamé président par intérim le 23 janvier, avait rejoint vendredi Cucuta, en Colombie, pour diriger le lendemain l'entrée dans son pays de tonnes d'aliments et de médicaments, envoyés essentiellement des Etats-Unis à sa demande.
Les camions chargĂ©s de ces produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ©, destinĂ©s Ă pallier de graves pĂ©nuries, avaient dĂ» rebrousser chemin samedi, face au blocage frontalier ordonnĂ© par le gouvernement et qui a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©. Au moins quatre personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et plusieurs centaines blessĂ©es, lors de heurts aux frontiĂšres de la Colombie et du BrĂ©sil, oĂč une autre partie de l'aide est stockĂ©e.
"Ingérences"
Depuis début février, deux projets de résolution rivaux sur le Venezuela, l'un porté par les Etats-Unis, l'autre par la Russie, sont en concurrence au Conseil de sécurité.
Le texte de Washington appelle Ă faciliter une aide humanitaire internationale et Ă organiser un scrutin prĂ©sidentiel. Il est menacĂ© d'un veto de la Russie et mĂȘme Ă©ventuellement de la Chine, qui a rĂ©affirmĂ© mardi son opposition aux "ingĂ©rences dans les affaires intĂ©rieures" du Venezuela.
De son cÎté, le projet de résolution russe dénonce les menaces de recourir à la force contre Caracas, agitées réguliÚrement par les Etats-Unis.
Dans une déclaration diffusée au début de la réunion du Conseil de sécurité - la deuxiÚme en deux mois demandée par Washington -, les membres européens de cette instance ont réclamé "le retour à la démocratie via des élections présidentielles libres, transparentes et crédibles".
Il faut "permettre à l'aide humanitaire d'entrer dans le pays", ont ajouté ces pays (Royaume-Uni, Allemagne, France, Belgique, Pologne).
Juan Guaido est soutenu par une cinquantaine de pays dont les Etats-Unis, le Brésil, la Colombie et une majorité des membres de l'Union européenne dont la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Dans le monde, Nicolas Maduro est appuyé par un nombre équivalent de pays, dont la Russie, la Chine, l'Iran, la Corée du Nord, la Syrie ou Cuba.
Président exilé ?
Bien qu'il risque d'ĂȘtre arrĂȘtĂ© pour avoir violĂ© une interdiction judiciaire de sortir du territoire, l'opposant a affirmĂ© mardi Ă Bogota qu'il rentrerait dans son pays.
"Un prisonnier ne sert Ă personne, un prĂ©sident exilĂ© non plus. Nous sommes dans une situation inĂ©dite (...) Ma fonction et mon devoir, c'est d'ĂȘtre Ă Caracas en dĂ©pit des risques, en dĂ©pit de ce que cela implique", a-t-il dĂ©clarĂ© dans une interview diffusĂ©e mardi par la chaĂźne NTN24.
Le chef du parlement vénézuélien, dominé par l'opposition au président Maduro, a participé lundi à Bogota à une réunion du Groupe de Lima, composé de 13 pays latino-américaines et du Canada, qui s'est engagé à accentuer la pression pour contraindre le dirigeant chaviste à quitter le pouvoir, mais a écarté l'usage de la force.
Le Groupe de Lima et les adversaires de Nicolas Maduro, qui a succédé en 2013 au défunt président Hugo Chavez, jugent sa réélection frauduleuse et n'ont pas reconnu son mandat entamé le 10 janvier.
Le Venezuela possÚde les plus grandes réserves de pétrole du monde, mais est asphyxié par une profonde crise économique et se trouve sous le coup de sanctions financiÚres des Etats-Unis. Plus de 2,3 millions de Vénézuéliens (7% de la population) ont fui le pays depuis 2015, selon l'ONU.
AFP




