Afrique du Sud

Zuma démissionne sous la pression de l'ANC

  • PubliĂ© le 15 fĂ©vrier 2018 Ă  03:21
  • ActualisĂ© le 15 fĂ©vrier 2018 Ă  05:47
Le président sud-africain Jacob Zuma, annonçant sa démission au cours d'une conférence de presse le 14 février 2018 à Pretoria.

Le président sud-africain Jacob Zuma a annoncé mercredi sa démission aprÚs des semaines d'un féroce combat avec son parti le CongrÚs national africain (ANC), pressé de tourner la page de son rÚgne de neuf ans terni par les scandales de corruption.


AprĂšs une ultime bravade tĂ©lĂ©visĂ©e dans l'aprĂšs-midi, le chef de l'Etat a mis fin en soirĂ©e Ă  la crise qui paralysait le pays et obtempĂ©rĂ© aux ordres de son parti, qui le menaçait d'un vote de dĂ©fiance au Parlement. "J'ai dĂ©cidĂ© de dĂ©missionner du poste de prĂ©sident de la RĂ©publique avec effet immĂ©diat, mĂȘme si je suis en dĂ©saccord avec la direction de mon organisation", a dĂ©clarĂ© M. Zuma lors d'une allocution retransmise en direct Ă  la tĂ©lĂ©vision.

"J'ai servi le peuple d'Afrique du Sud de mon mieux", a-t-il ajoutĂ©, concĂ©dant toutefois ne pas avoir Ă©tĂ© "un parangon de vertu". Depuis son arrivĂ©e Ă  la tĂȘte de l'ANC en dĂ©cembre, le vice-prĂ©sident du pays, Cyril Ramaphosa, tentait d'obtenir un dĂ©part en douceur du chef de l'Etat, Ă©claboussĂ© par les scandales, afin d'Ă©viter une catastrophe Ă©lectorale en 2019. Mais il s'est heurtĂ© de front au refus de l'obstinĂ© prĂ©sident, dont le mandat n'expire que l'an prochain.

Au bout de plusieurs jours de vaines tractations, la direction du parti s'est résolue mardi à prendre le taureau Zuma par les cornes en le "rappelant", ainsi qu'elle peut le faire pour tous ses membres "délégués" à un mandat gouvernemental. Mais M. Zuma, qui n'a aucune obligation juridique de se soumettre aux ordres de son parti, a continué à jouer la montre, bien décidé à vendre chÚrement sa peau.

- Ultimatum -

Faute de réponse immédiate de sa part, l'ANC a pris les devants en annonçant à la mi-journée mercredi qu'il voterait dÚs le lendemain au Parlement une motion de défiance contre le chef de l'Etat. "La direction de l'ANC ne peut pas attendre au-delà d'aujourd'hui", a plaidé le trésorier du parti, Paul Mashatile, à l'issue d'une réunion à huis clos de son groupe parlementaire au Cap.

Déterminé à en finir au plus vite, l'ANC a aussi annoncé que Cyril Ramaphosa serait élu d'ici vendredi par le Parlement pour succéder à Jacob Zuma. SitÎt investi, il doit prononcer le discours sur l'état de la nation dont son prédécesseur a été privé la semaine derniÚre pour cause de crise. L'opposition, qui a vainement tenté depuis des années de pousser vers la sortie celui qu'elle appelle le "délinquant" Zuma, a applaudi des deux mains l'annonce de sa démission.

"M. Zuma a fait beaucoup de mal à notre pays (...). Sous son rÚgne, la corruption a fleuri au point de presque détruire notre pays", a déclaré Mmusi Maimane, le chef de l'Alliance démocratique (DA). Quelques heures avant son allocution d'adieu au pouvoir, M. Zuma s'est invité sur la chaßne de télévision publique SABC pour dire toute sa rancoeur à l'endroit de la direction de l'ANC.

"J'ai trouvĂ© trĂšs injuste que la question (de ma dĂ©mission) soit posĂ©e", s'est-il plaint lors d'un long entretien Ă  bĂątons rompus. "Je ne suis pas d'accord car il n'y a aucune preuve que j'aie fait quoi que ce soit de mal." Avec force dĂ©tails, il a expliquĂ© ĂȘtre convenu avec M. Ramaphosa de partir en douceur "aprĂšs le mois de juin". Mais, a-t-il affirmĂ©, la nouvelle direction de l'ANC lui a ensuite assurĂ© qu'une frange du parti refusait cet accord et qu'il devait partir plus tĂŽt.

- 'Pas d'accord' -

AprĂšs des semaines de vives tensions qui ont soulignĂ© les fractures qui traversent ses rangs, l'ANC a accueilli la dĂ©mission du chef de l'Etat par un "ouf" de soulagement. "Nous n'allons pas faire la fĂȘte", a confiĂ© une de ses responsables, Jessie Duarte. "Nous avons dĂ» +rappeler+ un dirigeant du mouvement qui a servi notre mouvement pendant plus de soixante ans, ce n'est pas une mince affaire."

A un peu plus d'un an des élections générales, la tùche du futur président Cyril Ramaphosa s'annonce rude. Ancien homme d'affaires devenu millionnaire, il a promis de relancer l'économie du pays, désespérément atone, et d'éradiquer la corruption qui gangrÚne son parti et le sommet de l'Etat.

CoĂŻncidence ou non, la police a menĂ© mercredi sa premiĂšre opĂ©ration contre la sulfureuse et jusque-lĂ  intouchable famille Gupta, au coeur des scandales qui impliquent le prĂ©sident. Cinq personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es et le luxueux domicile de la fratrie Ă  Johannesburg perquisitionnĂ© dans le cadre d'une enquĂȘte sur les dĂ©tournements de fonds publics, a indiquĂ© l'unitĂ© d'Ă©lite de la police sud-africaine (Hawks).
Dans la ligne de mire de la justice, l'ex-président Zuma a laissé entendre qu'il vendrait chÚrement sa peau.

"C'est un personnage encore trÚs influent au sein de l'ANC", a rappelé à l'AFP l'analyste politique Ralph Mathekga. "S'il veut garder le calme dans ses rangs, l'ANC va devoir le ménager".

AFP

guest
0 Commentaires