Au fil de ses voyages à Madagascar, Nicolas Villeneuve a été fasciné par les baobabs et il s'est posé une grande question : comment les photographier? Leçon de photo pleine d'humour
La prise de vue commence Ă La RĂ©union. Lors du feuilletage des innombrables revues, des livres, guides et cartes postales malgaches il paraĂźt incontournable de faire une "pause photo" sur la cĂ©lĂšbre avenue de baobabs Ă la sortie de Morondava, direction Belo sur Tsiribihina.Dans un deuxiĂšme temps, cette logistique bien rodĂ©e consiste Ă rĂ©gler le timing pour arriver Ă l'heure "h" oĂč la scĂšne sera la plus proche de la carte postale par excellence, et puis, on ne va pas Ă Madagascar uniquement pour visiter la dite avenue. "En partant Ă 14 heures de Belo sur Tsiribihina, nous devrions arriver avant 17 heures aux baobabs" nous dit le chauffeur d'un vieux pick up qui n'attend qu'une retraite bien mĂ©ritĂ©e puisque affichant plus de 250 000 km au compteur.
Piste sablonneuse
à 14 heures tapante le start up est donné, la chaleur est accablante, l'atmosphÚre est pesante, le chauffeur muet, concentré sur sa route.
Le premier arrĂȘt survient trĂšs rapidement, nous sommes au nord de la Tsiribihina, il nous faut prendre le bac pour la traverser, nous perdrons prĂšs de trois quarts d'heure.
Entre la rive sud de la Tsiribihina et Morondava, il n'y a que de la piste sablonneuse sur laquelle le chauffeur fait glisser son vieux pick up dans toutes les courbes. Les trois autres occupants du véhicule font silence, les rares interventions de mes voisins sont de discrÚtes onomatopées du style "ou la la la la", ou encore de courtes phrases explicites du genre "c'est pas passé loin"...
Les quelques ralentissements sont dus aux 4 X 4 partis avant nous, à ceux qui font le trajet inverse et aux nombreux piÚges de la route qui ne figurent pas sur le road book. Je crois bien qu'il n'y a jamais eu de road book de toute façon. Il s'agit des villages, des passages à gué et autres charrettes à zébu.
Avenue de Baobabs
L'heure tourne, la conduite du chauffeur est constante, notre peur diminue contrĂŽlĂ©e par un fataliste Ă toute Ă©preuve .... "De toutes les façons si on voulait prendre le temps de s'arrĂȘter, on aurait du prendre un jour de plus, alors dans l'urgence, fouette cocher".
L'heure tourne, l'optimisme est de retour dans la cabine de notre fusée : un premier baobab à l'horizon. "C'est le baobab sacré" nous dit notre guide alors que notre chauffeur ne dit toujours pas un mot. C'est l'affaire d'une petite photo et le bolide repart dans un nuage de poussiÚre.
17 heures, arrivée fracassant à l'avenue de Baobab. Bien que nous soyons satisfait de constater que notre timing soit respecté, nous nous décomposons en voyant que nous ne sommes pas seul. C'est ici le lieu touristique par excellence exploité par tous les hÎtels et tous les tours opérators du coin.
On prépare le matériel
De plus, pas de chance, une importante couverture nuageuse est elle aussi au rendez-vous. Ne pas perdre espoir, tel est le leitmotiv de l'instant, avec un peu de chance le soleil passera sous les nuages et cette casquette nuageuse sera embrasée en quelques secondes. De plus le ciel couvert décourage les touristes attendus par des chauffeurs de taxis satisfaits que cette visite soit écourtée.
De mon coté, je prépare mon matériel et mon cadre, je ne sais que trop bien comment ce passent les couchés de soleil sous les tropiques.... à peine le temps de ce mettre en place que la lumiÚre a changée.
Verticale ou horizontale?
C'est maintenant que les problĂšmes se posent rĂ©ellement. L'avenue de baobab est un enfilement d'arbres tous plus grands et gros les uns que les autres. Comment cadrer une telle enfilade. Comme faire entrer dans l'objectif, ne serait ce qu'un de ces gĂ©ants..... La longue focale, je n'ai pas assez de recul, le grand angle, les arbres paraissent trĂšs Ă©loignĂ©s et les dĂ©tails disparaissent. C'est dommage, les enfants sur la route feraient une superbe Ă©chelle. Une focale intermĂ©diaire, c'est le pied de l'arbre qui doit ĂȘtre sacrifiĂ© au profit de ses branches ou inversement, le dilemme est immense. Je me dis que faire des images verticales doit ĂȘtre la solution. Je me rends compte rapidement qu'eb hauteur l'arbre sacrĂ© est bien plus disproportionnĂ©e que sa circonfĂ©rence. Cela signifie en d'autres termes qu'en verticale, j'ai bien tout le baobab dans le cadre mais l'image paraĂźt bien vide.
Comme la girafe de Gotlib
Je pense maintenant comprendre parfaitement le dessinateur Gotlib qui dans les dingodossiers expliquait avoir Ă©normĂ©ment de mal Ă faire entrer une girafe dans une rubrique. ArrĂȘtant de me plaindre sur mon sort, je regarde mĂ©dusĂ© un touriste plus mal loti que moi puisque face Ă ma batterie d'objectifs, le garçon ne possĂšde qu'un modeste jetable pour photographier l'avenue.
Mais tout à coup tous ces soucis disparaissent instantanément alors que le soleil, comme prévu, perse les nuages et enflamme le ciel est les géants sacré de Morondava, le reste est en images.
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