Protection de l'environnement

Les dĂ©chets en outre-mer : le tri et le recyclage rament

  • PubliĂ© le 19 janvier 2016 Ă  10:20
Déchets

Si le tri des déchets rentre peu à peu dans les habitudes des français, certains départements sont à la peine. C'est notamment le cas des territoires ultramarins. Dans le cadre de la COP21, Eco-Emballages, éco-organisme en charge du tri et du recyclage des emballages ménagers, propose une série d'actions pour augmenter les performances de ces territoires. Une opération plus compliquée qu'il n'y paraßt (article : www.hautcourant.com)

Trier ses dĂ©chets : ce geste Ă©colo n’est pas tout Ă  fait entrĂ© dans les moeurs des dĂ©partements et collectivitĂ©s d’outre-mer (DOM-COM). Pour (re)motiver les citoyens ultramarins, Eco-Emballages, agréé par l’Etat, lance un plan de relance du recyclage dans ces territoires (hors Nouvelle-CalĂ©donie et PolynĂ©sie Française qui, de part leur statut de Pays d’outre-mer, ne sont pas soumis au mĂȘme Code de l’environnement).

L’enjeu est double : finaliser l’implantation des dispositifs de tri et amĂ©liorer la collecte des emballages mĂ©nagers lĂ  oĂč elle existe dĂ©jĂ . Pour VĂ©ronique HĂ©ritier, responsable de La RĂ©union chez Eco-Emballages, " il convient de s’adapter Ă  des mondes et Ă  des rĂ©alitĂ©s diffĂ©rents ". Et pour cela, elle l’affirme : " Il faut dĂ©velopper une autre Ă©conomie du dĂ©chet pour chacun des territoires ultramarins. " Sous-entendu trier plus pour recycler plus, surtout lorsque les soutiens financiers de l’éco-organisme sont liĂ©s aux performances et restent essentiels pour atteindre l’objectif et lancer la machine.

Des DOM-COM peu trieurs

Car pour l’heure, on ne trie pas beaucoup ses dĂ©chets en outre-mer. En 2014, on parle d’une moyenne de 15,8 kilos d’emballages mĂ©nagers triĂ©s et recyclĂ©s : 9 kg en Guadeloupe / Saint-Martin, 10 kg en Guyane, 13 kg en Martinique, contre 45,9 kg en mĂ©tropole. De bien maigres rĂ©sultats sur des territoires oĂč la prĂ©servation de l’environnement est intimement liĂ©e Ă  l’attrait touristique. VĂ©ronique HĂ©ritier explique ces rĂ©sultats par " la trĂšs lente installation des dispositifs ".

Quand la mĂ©tropole a commencĂ© Ă  trier ces dĂ©chets dans les annĂ©es 2000, c’est beaucoup plus rĂ©cent dans la plupart des DOM-COM : A Mayotte, 100% de l’üle est Ă©quipĂ©e d’un dispositif de tri des dĂ©chets, mais seulement depuis novembre 2013... A Saint-Pierre-et-Miquelon, la mise en place de la collecte sĂ©lective date de novembre 2014 alors qu’en Guyane, le premier centre de tri et la premiĂšre collecte n’ont vu le jour qu’en septembre 2015
 Pourquoi l’accĂ©lĂ©ration du dĂ©ploiement aujourd’hui ? " Le dĂ©veloppement des dispositifs de tri est soumis Ă  la loi europĂ©enne. Pour les territoires non-Ă©quipĂ©s, la France peut avoir des pĂ©nalitĂ©s ", prĂ©cise VĂ©ronique HĂ©ritier. Des enjeux financiers qui incitent fortement l’Etat et les DOM-COM Ă  devenir Ă©colos sous couvert de la loi sur la transition Ă©nergĂ©tique.

Les Réunionnais sortent du lot

Avec 21,9 kg par habitant et par an d’emballages mĂ©nagers recyclables triĂ©s et recyclĂ©s, La RĂ©union est le DOM le plus performant. La raison ? Car " le dĂ©partement a lancĂ© le tri dix Ă  quinze ans avant les autres DOM-COM ". Mais pas que... VĂ©ronique HĂ©ritier pointe Ă©galement " la motivation des Ă©lus et des personnels rĂ©unionnais que l’on ne retrouve pas toujours dans les autres territoires ". A La RĂ©union, il existe " une rĂ©elle volontĂ© politique " qui serait au final incitative d’aprĂšs elle. " Actuellement, si les collectivitĂ©s rĂ©unionnaises ont rĂ©duit les frĂ©quences de collecte dans une logique de baisse des taxes, de maĂźtrise des coĂ»ts et de rĂ©duction de l’emprunte carbone, elles ont aussi acceptĂ© de mener des actions de sensibilisation plus accrues ", termine fiĂšrement la responsable du DOM le plus trieur.

ParallĂšlement, des initiatives se mettent en place : " une collecte sĂ©lective des bouteilles de soda et de biĂšre s’est dĂ©veloppĂ©e sur l’üle ", indique VĂ©ronique HĂ©ritier. " Je crois en l’économie sociale et solidaire (ESS), particuliĂšrement adaptĂ©e Ă  l’outre-mer ", lance-t-elle. L’ESS, une alternative pragmatique : " Les volumes actuels de dĂ©chets Ă  recycler ne sont pas suffisants pour assurer le fonctionnement pĂ©renne d’unitĂ©s de traitement, et ce, mĂȘme si la modernisation du seul centre de tri de l’üle est en cours. "
Un manque de dĂ©chets recyclables Ă  traiter souvent liĂ© Ă  l’implication de la population, au climat et Ă  l’aspect financier. Et ce, dans tous les DOM-COM.

Pourquoi le tri et le recyclage ne décollent pas

" Les territoires ultramarins sont isolĂ©s, denses et moins riches que ceux de la mĂ©tropole. Cela freine considĂ©rablement les performances de tri ", expose VĂ©ronique HĂ©ritier. En outre-mer, il y a une forte pression fonciĂšre, accentuĂ©e par des zones difficiles d’accĂšs et des transports locaux coĂ»teux. " La collecte est parfois une vĂ©ritable gageure ", soupire-t-elle.
À cela s’ajoute la convention de BĂąle relative au transfert transfrontalier des dĂ©chets. De fait, les DOM-COM non-Ă©quipĂ©s d’unitĂ©s de traitement in situ doivent, Ă  prix fort, expĂ©dier les dĂ©chets recyclables vers la mĂ©tropole : " Cela rĂ©duit les coopĂ©rations inter-DOM et avec les autres États de la mĂȘme zone gĂ©ographique ", tĂ©moigne VĂ©ronique HĂ©ritier qui pense nĂ©anmoins que la sortie du statut de dĂ©chet de certaines matiĂšres va faire Ă©voluer la rĂšglementation.

Autre trouble-fĂȘte : le climat. En raison de l’hygromĂ©trie, le papier et le carton sont par exemple difficilement valorisables si on les stocke trop longtemps. Les engins techniques trop innovants sont Ă©galement sensibles. A Saint-Martin, Patrick Villemin, prĂ©sident de la sociĂ©tĂ© Verde SMX qui gĂšre le site de recyclage-valorisation, avoue qu’il s’agit lĂ  de la plus grande difficultĂ© : " Les coĂ»ts et les dĂ©lais de livraison pour du matĂ©riel neuf nous freinent Ă©normĂ©ment. On essaie de gĂ©rer au mieux avec du matĂ©riel d’occasion : le systĂšme de dĂ©brouille est trĂšs important Ă  Saint-Martin ! "

Puis il y a les coĂ»ts de gestion. En outre-mer, le taux de recouvrement des impĂŽts ou redevances permettant de financer la collecte et le traitement des dĂ©chets est significativement plus faible qu’en mĂ©tropole. RĂ©sultat : peu de projets d’investissement nĂ©cessitant des fonds publics et peu d’engagement des collectivitĂ©s. " Il faut privilĂ©gier le recyclage uniquement lorsque les bĂ©nĂ©fices sont supĂ©rieurs aux coĂ»ts ", annonce VĂ©ronique HĂ©ritier.
Une dĂ©marche liĂ©e Ă  l’implication de la population ultramarine qui doit inexorablement remplir ses poubelles de matiĂšres recyclables. A Saint-Martin, Patrick Villemin l’admet : " Il faudrait que le tri Ă  la source soit de plus grande qualitĂ©. " VĂ©ronique HĂ©ritier renchĂ©rit en souhaitant dĂ©velopper une communication engageante :" nous devons insister sur les dommages locaux induits par les comportements inciviques. " Changer les habitudes : voilĂ  peut ĂȘtre ce qui s’avĂšrera le plus ardu.

La COP21 : accélérateur de changement en outre-mer ?

Aujourd’hui, les dĂ©chets gĂ©nĂšrent des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre lorsqu’ils sont traitĂ©s (enfouis ou brĂ»lĂ©s). Sachant que les DOM-COM sont plus sensibles aux changements climatiques, il y a urgence.

PrĂ©sentĂ© lors de la COP21, le plan de relance pour amĂ©liorer les performances de tri et de recyclage dans les DOM-COM sera peut-ĂȘtre l’élĂ©ment accĂ©lĂ©rateur d’une prise de conscience Ă©cologique et d’une nouvelle Ă©conomie en outre-mer.
Naviguer vers plus de tri et de recyclage, c’est aussi s’embarquer dans la crĂ©ation d’emplois dans des territoires oĂč le chĂŽmage reste trĂšs Ă©levĂ©. Les dĂ©chets : une ressource Ă  ne pas nĂ©gliger.

www.hautcourant.com

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3 Commentaires
jean-pierre espéret
jean-pierre espéret
10 ans

Qu'Eco-emballage se préoccupe du tri des déchets rien de plus légitime, mais ce qu'il garde pour lui de la manne récoltée et ce qu'il redistribue aux communautés d'agglomérations est fortement contesté par l'ensemble de celles-ci!

10 ans

Trois mandats pour Michel Fontaine, en tant que maire et prĂ©sident de la CIVIS et toujours rien comme solution pour les dĂ©chets alors que c'est une urgence depuis longtemps, le centre d'enfouissement Saint-Etienne arrive Ă  saturation! Peut-ĂȘtre qu'il envisage de faire une fĂȘte aux dĂ©chets tous les weekend sur le front de mer pour les Ă©liminer!! Allez, ce soir concours du plus gros mangeur de bouffe avariĂ©e, en musique bien entendu! La semaine prochaine concours de celui qui ramĂšnera le plus d'encombrants sur son dos Ă  sa case, Ă  gagner, une sculpture en moc fer blanc recyclĂ©!

Lokiel
Lokiel
10 ans

L'article oublie de dire qu'eco-emballages n'est pas totalement neutre dans l'affaire: Ă©tant un Ă©co-organisme, il a un intĂ©rĂȘt financier direct Ă  ce que le recyclage se dĂ©veloppe, idĂ©alement en passant par ses services...