Violences sexuelles dans les établissements scolaires : des cas dénoncés à La Réunion et dans l'Hexagone

  • Publié le 8 avril 2026 à 02:59
  • Actualisé le 8 avril 2026 à 06:18
Collège

Il y a quelques semaines, un professeur de collège de 47 ans a été suspendu au collège Quartier Français de Sainte-Suzanne, suspecté d'entretenir une relation intime avec une élève de 14 ans. Alors qu'une enquête est en cours, et que la victime présumée a été mise à l'abri, cette affaire vient s'ajouter aux nombreuses enquêtes en cours dans des établissements scolaires à travers la France. Une enquête menée par les ministères de l’Éducation nationale et de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations a par ailleurs montré que les violences sexistes et sexuelles apparaissent dès l’école élémentaire (Photo : Stephan Laï Yu/www.imazpress.com)

"Un enseignant a effectivement été suspendu à titre conservatoire pour suspicion de relation avec une élève mineure" a confirmé le rectorat dès ce mardi 7 avril 2026 à notre média.

Selon nos informations, les faits présumés auraient commencé à se produire au début de cette année scolaire. L'élève était alors âgée de 14 ans, tandis que l'enseignant mis en cause est âgé de 47 ans. 

Ce dernier se serait régulièrement rendu devant le logement de l'adolescente, où il attendait cette dernière dans sa voiture.

L'alerte est venue des camarades de classe de l'adolescente. Ces dernières n'ont pas hésité à intervenir à plusieurs reprises auprès de membres de l’équipe éducative pour évoquer les faits présumés. C'est grâce à elles qu'une enquête a été menée en interne et que le rectorat a été informé. 

La direction de l'établissement a ensuite effectué un signalement auprès de la procureure de la République sur la base de l'article 40 du code de procédure pénale.

Une enquête a été ouverte, et plusieurs camarades de classe de l'adolescente ainsi que des membres de sa famille ont été entendus par les gendarmes. D'après nos informations, le mis en cause n'aurait pas encore été placé en garde à vue pour être entendu. 

- La protection des mineurs renforcée depuis 2021 -

À ce stade, l'enseignant reste présumé innocent.

Mais, si les faits devaient être avérés, les poursuites tomberaient sous le coup de la loi du 21 avril 2021, qui considère toute relation sexuelle entre un majeur et un mineur de moins de 15 ans comme un viol.

Cette loi a supprimé la présomption de consentement dans de nombreux cas. Elle permet notamment de mettre en cause la responsabilité pénale d'un adulte qui atteint à l'intégrité d'un mineur de 15 ans (ou de 18 ans s'il y a un lien d'autorité) sans qu'il soit nécessaire de prouver qu'il y a eu recours à l'une des quatre circonstances suivantes : violence, contrainte, menace ou surprise.

C'est un procès particulier qui a mené au renforcement de la loi autour des crimes sexuelles : dans l'Hexagone, un homme de 28 ans avait été poursuivi en 2017 pour "atteinte sexuelle", et non pour viol, après une relation avec une enfant de 11 ans.

Alors que sa famille avait porté plainte pour viol, décrivant une enfant tétanisée, incapable de se défendre, les enquêteurs avaient considéré que cette relation était consentie, car aucune contrainte physique n’avait été exercée sur la mineure.

Un débat sur l’âge de consentement des mineurs s’était alors ouvert, aboutissant en avril 2021 à la promulgation d’une nouvelle loi.

L'homme en question a cependant été jugé selon l'ancienne loi, écopant d'une condamnation à six années d’emprisonnement. 

- Un agent dans le viseur de la justice -

Ce n'est pas la première fois qu'une enquête du genre doit être menée à La Réunion. Déjà en novembre 2025, un agent (non-éducatif) de l'école primaire Sainte-Marguerite, à Saint-Benoît, a été visé par 11 plaintes pour agressions sexuelles sur mineurs.

Des parents et des élèves ont signalé des comportements jugés inappropriés d'un salarié de l'Organisme de gestion de l'enseignement catholique (OGEC). Le mis en cause a été mis à pied et a été entendu par les services de la gendarmerie. 11 familles ont porté plainte pour des faits d'agressions sexuelles présumées sur mineurs.

Selon nos informations, le salarié concerné conteste formellement les faits qui lui sont reprochés.

L'affaire s'est enlisée après la réintégration de l'agent en février dernier. La direction a expliqué avoir "mis en place des mesures pour la sécurité des enfants suite à des signalements émanant de parents et de certains élèves au sujet de comportements jugés inappropriés d’un membre du personnel". Les parents, eux, ont demandé une suspension immédiate à titre conservatoire. 

L'affaire ne s'arrête pas là. Le 2 mars 2026, trois familles ont reçu un courrier recommandé de la direction, leur annonçant la radiation de leur enfant au motif d'une "rupture de confiance durable".

Un courrier reçu le 2 mars, premier jour des vacances scolaires alors que le certificat de radiation a été émis le 23 février et le courrier le 26, date à laquelle les parents avaient rendez-vous avec la directrice et n'ont jamais eu vent oralement de la radiation de leur enfant.

Il a finalement été décidé que le salarié concerné ne sera pas présent sur le site de l'établissement pendant la durée de l'enquête en cours. 

Lire aussi - Un agent accusé d'agressions sexuelles maintenu à son poste à l'école Sainte-Marguerite : le grand silence du diocèse

- Un ancien professeur réunionnais condamné -

Plus tôt, en 2018, un ancien professeur d'anglais au collège Jules Reydellet à Saint-Denis et ex-candidat du FN aux élections législatives était passé devant le tribunal correctionnel pour des faits d'atteinte sexuelle sur une de ses élèves de 14 ans. 

Le trentenaire avait entretenu une relation avec la collégienne durant plusieurs mois. L'enseignant parlait d'une "relation amoureuse consentie". 

La justice n'avait pas été du même avis, l'ancien professeur étant condamné à six mois de prison avec sursis et une interdiction d'exercer une activité en lien avec des mineurs.

- Des cas à travers la France -

Le secteur du périscolaire est par ailleurs éclaboussé depuis plusieurs mois par une série de signalements de violences et d’agressions sexuelles, notamment à Paris. 

Trois hommes, dont deux animateurs, ont été interpellés pour des faits d’agressions sexuelles commis sur 12 enfants âgés de 3 à 9 ans, dans trois écoles parisiennes, a appris l'AFP le 20 mars dernier.

Ces hommes ont été interpellés et présentés à la justice. Les faits concernent une école du 15e arrondissement de Paris, Vigée-Lebrun, pour neuf victimes de 6 à 9 ans agressées par un animateur ; une école maternelle du 20e arrondissement, Grands-Champs, pour deux enfants de 3 ans et 4 ans agressés par le mari d’une institutrice ; et une école du 10e arrondissement, où une petite fille de 5 ans a été agressée par un animateur.

Ces affaires interviennent alors qu'en janvier, le ministère de l’Éducation nationale et le ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations ont publié pour la première fois les données concernant les violences sexistes et sexuelles en milieu scolaire.

Les résultats montrent que les violences sexistes et sexuelles apparaissent dès l’école élémentaire, s’intensifient à l’adolescence et touchent davantage les filles à mesure que l’âge et le niveau scolaire augmentent.

"En CM1-CM2, filles et garçons, sont exposés aux violences sexuelles dans des proportions comparables : 15 % des élèves déclarent avoir été victimes de voyeurisme dans les toilettes et 8 % avoir été embrassés de force au moins une fois au cours de l’année scolaire", note les ministères.

"Au collège, 15 % des filles et 12 % des garçons déclarent avoir été exposés à au moins une forme de violence sexuelle", ajoutent-ils. 

Ces faits "ne sont donc en rien des faits isolés, ils touchent tous les élèves, filles comme garçons, à tous les âges et dans tous les établissements qu’ils soient publics ou privés sous contrat".

www.imazpress.com avec AFP/[email protected]

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4 Commentaires
Ded
Ded
59 minutes

Et quid de Mayotte ?

Spl estival
Spl estival
2 heures

Du côté spl estival a ... bras

Triste
Triste
3 heures

Présomption d'innocence.
Si c'est vrai : triste.
En politique aussi ça existe dans l'Est, malheureusement affaire plus facile à étouffer.

Atchoupaboom
Atchoupaboom
3 heures

Mineure et politique dans l'Est.