Avec plus de 100.000 nouveaux cas chaque année en France et des centaines de cas à La Réunion, les cancers de la peau restent encore trop fréquents. Dans 80% des cas, ils sont liés à des expositions excessives au soleil. Sauf qu'obtenir un rendez-vous chez un dermatologue pour se faire dépister peut parfois être long. Pour pallier l'attente, des solutions existent et pas seulement médicales (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
À La Réunion, le délai moyen pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue est de six mois. Les spécialistes sont plus rares et les patients à l'inverse, en demande croissante.
Afin de sensibiliser la population et à l’occasion de Mai Violet, le mois dédié à la prévention et au dépistage des cancers de la peau, le CHOR (Centre hospitalier Ouest Réunion) organise une journée de sensibilisation.
- Première personne à "alerter", votre médecin traitant -
Comme pour chaque problème de santé, le premier réflexe est de joindre son médecin traitant. Et c’est une bonne chose.
"En pratique si c'est urgent, il faut aller voir son médecin traitant. Ce dernier va rassurer sur le caractère bénin ou suspect de la lésion", explique le Docteur Camille Scalbert Sadones, présidente de Mission Soleil Réunion (MiSolRé) et onco-dermatologue au CHOR.
Les médecins traitants sont formés et savent reconnaitre", ajoute-t-elle. De plus en plus de généralistes s’équipent de dermoscopes, des "loupes" médicales qui permettent de voir la peau en profondeur.
D'ici 2027, les pharmaciens de La Réunion pourraient eux aussi dépister et photographier les grains de beauté en officine. "Il s'agit d'un projet de l'Union régionale des professionnels de santé (URPS)", explique Boubker El-Beghdadi, président de l'URPS.
"Cela permettrait d'être en relation avec un dermatologue pour valider les résultats et si c’est grave on pourrait obtenir un rendez-vous plus rapidement", dit-il.
- Le dépistage du cancer de la peau, pas forcément obligatoire -
Les médecins généralistes ont accès en premier à la peau du patient. "Ils nous envoient ensuite des photos de bonne qualité et en fonction de ce que l'on voit, on peut débloquer des créneaux d'urgence plus rapides que les délais actuels chez un dermatologue", indique le Docteur Camille Scalbert Sadones.
Le généraliste devient ainsi le filtre indispensable pour les cas urgents.
Outre des lésions suspectes, le médecin traitant sait qui sont les personnes à risques : ceux qui ont la peau claire, ceux qui ont des antécédents de cancers de la peau, des traitements qui font diminuer l'immunité, les personnes travaillant en extérieur ou ayant de nombreux loisirs extérieurs.
Dès lors qu'il n'y a pas d'urgence, le délai est de six mois pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste.
- Les signes avant-coureurs d'un cancer de la peau -
Dès lors que l'on présente un grain de beauté "différent", qui se modifie ou évolue bizarrement, les professionnels de santé recommandent de le montrer à un médecin.
Il est possible de procéder de temps à autre à une vérification sans forcément consulter à tout bout de champ. Une méthode pratique a donc été mise en place pour procéder à un auto-dépistage : la technique dite de l’ABCDE. Elle permet de vérifier le grain de beauté sur cinq points.
A pour asymétrie. Il faut vérifier que le grain de beauté soit bien symétrique, c’est-à-dire que les deux moitiés puissent se superposer.
B pour bords. Il faut vérifier que les bords soient lisses et bien délimités. Si le contour est dentelé, irrégulier il faut consulter.
C pour couleur. Il faut vérifier que la couleur du grain de beauté soit uniforme. Il est important qu’il ne présente pas plusieurs nuances différentes.
D pour diamètre. Il faut vérifier la taille du grain de beauté. S’il est en augmentation, il est nécessaire de le vérifier médicalement. Surtout si le diamètre est supérieur à 6 mm.
E pour évolution. Il faut se concentrer sur l’évolution d’un grain de beauté, sa taille évidemment mais aussi son aspect, son épaisseur, surtout s’il présente un changement ou s’il déclenche des symptômes comme des saignements ou des démangeaisons.
La présence d'un ou plusieurs de ces signes ne signifie pas forcément que vous avez un mélanome mais justifie de demander un avis médical sans attendre.
Attention il ne faut pas perdre de vue qu’un mélanome peut se trouver sur n’importe quelle surface du corps.
- Carcinome ou mélanome... deux types de cancers de la peau -
Pour les personnes à risque ou celles présentant des lésions suspectes, un dépistage est nécessaire. Chez ses personnes, deux types de lésions peuvent se présenter, le carcinome ou le mélanome.
Le mélanome "est un cancer de la peau issue d'une dégénérescence des mélanocytes qui sont des cellules de pigmentation de la peau", explique la dermatologue.
Dans "70% des cas de mélanomes, il s'agit de nouveaux grains de beauté qui apparaissent", explique le Docteur Camille Scalbert Sadones. À l'inverse, "30% des mélanomes sont des grains de beauté qui se modifient".
Il s'agit de "cancers plus rares que le carcinome mais plus graves car ils atteignent les gênes". Ce sont les premiers cancers qui touchent les jeunes entre 25 et 50 ans, "très agressifs", dit-elle. "Une personne peut en décéder rapidement si le diagnostic n'a pas été fait dans les temps."
Le carcinome lui, peut-être de deux types. Il peut être épidermoïde et donner lieu à des métastases. "Il est fréquent de le voir chez les personnes exposées tout au long de leur vie au soleil", indique la présidente de MiSolRé.
Il existe également le carcinome basocellulaire. "Un patient sur huit va en présenter dans sa vie", dit-elle. Cela peut être par exemple "un bouton qui ne guérit pas au bout d'un mois. Il faut s'en méfier", poursuit le Docteur Camille Scalbert Sadones.
Des cancers qui, pris à temps, peuvent être traités par la chirurgie. Si les cellules ont déjà envahi en profondeur, les professionnels mettent alors en place de l'immunothérapie ou de la chimiothérapie.
- 80% des cancers de la peau sont liés au UV -
80% des cancers de la peau sont liés aux ultra-violets (UV). À La Réunion - alors que l'échelle des UV va de 0 à 11 - "nous sommes en moyenne à l'extrême et cela peut monter jusqu'à 20 en plein été", souligne la dermatologue.
20% des cancers de la peau se présentent sur la paume des pieds et des mains ou les ongles, dus "en général à la génétique", explique le Docteur Camille Scalbert Sadones.
Le meilleur moyen de s'en prémunir reste de se protéger. "Mettre de la crème solaire 50+, c'est le maximum que l'on puisse trouver, même si cela ne protège pas à 100%", dit-elle. "Le sigle SPF 50 indique qu'une peau protégée mettra 50 fois plus de temps à attraper un coup de soleil qu'une peau nue."
"Pour que ce bouclier reste efficace, la règle d'or reste la même, peu importe l'indice : on en réapplique toutes les deux heures surtout si baignade ou transpiration", précise la professionnelle de santé. D'autant que désormais, une diminution des taxes a été votée par la Région Réunion sur les crèmes solaires de l'ordre de 20 à 5 %, devant faire diminuer leurs tarifs.
La surveillance est la clé, mais la prévention reste la meilleure des protections : éviter de s'exposer entre 10h et 15h, rechercher l'ombre, se couvrir (manchette, t-shirt, lunette, chapeau ou casquette…)
À La Réunion, en 2025, 100 nouveaux mélanomes, plus de 500 carcinomes épidermoïdes et des milliers de carcinomes basocellulaire ont été décelés.
Selon l'Observatoire régional de la santé (ORS), rn 2023, environ 300 personnes ont une affection de longue durée pour un cancer de la peau à La Réunion.
Une personne par mois décède d’un cancer de la peau dans le département.
Crème ou pas… l'important est d'éviter à tout prix les coups de soleil, responsables des cancers de la peau.
Lire aussi - Saint-Paul : une journée pour sensibiliser à l'exposition excessive au soleil
Retrouvez ici tout ce qu'il faut savoir sur les risques des expositions au soleil et les indices UV de La Réunion en temps réel.
ma.m/www.imazpress.com/[email protected]
