Créole réunionnais : un "charabia" que certains ne sauraient voir et surtout pas à l'école, pourtant c'est bel et bien une langue

  • Publié le 29 mai 2026 à 16:14
langue créole à l'école

(Actualisé) Le ministre de l’Éducation nationale a annoncé récemment que les lycéens ayant suivi une spécialité dans une langue régionale pourraient passer l’épreuve correspondante dans cette langue lors du baccalauréat 2028. Pour La Réunion, il est question d’une seule et unique épreuve du baccalauréat 2028 qui se déroulerait en créole. Sans surprise, cette annonce a relancé le débat sur la place du créole dans notre société et particulièrement à l’école. Dans les commentaires sous les publications relatant l'information, les avis sont tranchés. Pour certains, le créole est une langue à part entière et à ce titre, a tout à fait sa place au bac. Pour d'autres, souvent très agressifs, le créole ne serait pas une langue, un dialecte tout au plus, presque un charabia. Il ne mériterait donc pas de franchir les portes d’une salle de classe (Photo d'illustration : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Le créole réunionnais a-t-il sa place dans les écoles de La Réunion ? Si le rectorat semble dire tout doucement oui, les Réunionnais restent mitigés. Visiblement, en 2026, nous en sommes encore là : dénigrer notre langue maternelle, pilier fondamental de la construction des enfants créolophones, au profit du français. Alors que les deux pourraient tout simplement coexister. 

Il y a une époque, pas si lointaine, nos parents avaient tellement peur que le racisme de certains nous ralentisse, il fallait absolument se fondre dans la masse et par-dessus tout : bien parler français. Pour réussir, disait-on.

Augusta, qui a aujourd’hui 80 ans, se rappelle de cette interdiction violente de parler sa langue maternelle à l’école.  Elle raconte : "La maîtresse mettait les enfants comme moi sous le bureau. On y restait pendant tout le temps de la classe", les autres apprenaient des choses, elle, ne saura jamais lire ni écrire.

Sur notre île, la question se pose encore régulièrement : doit-on parler créole à l’école ? Bien avant même de se demander s’il faut, s’il est utile de l’enseigner, il est encore question de cacher sa langue maternelle dans les établissements scolaires.

Le sujet divise. Un grand oui d’un côté, une opposition forte de l’autre. Il suffit de lire les commentaires sous les publications qui abordent le sujet : "le créole n’est pas une langue. C’est un dialecte."

-  4.000 langues menacées d'extinction dans le monde - 

Ce qui est reproché au créole : on ne parle cette langue qu’à La Réunion. En Australie, certaines langues aborigènes ne sont parlées que par 1.300 personnes. À la mort des anciens, la langue disparait. Cet immense territoire compte plus de 200 langues parlées par les communautés Aborigènes, qui étaient présentes bien avant l’arrivée de l’anglais. Évidemment. Faut-il empêcher les enfants aborigènes de parler leur langue maternelle ?

Faut-il leur dire qu’il faut cesser de "baragouiner "dans leur dialecte leur "charabia", car l'anglais est la langue qui doit primer ?

À La Réunion, c’est un argument qui revient également : il vaudrait mieux enseigner l’anglais aux enfants, afin, dit-on, de leur permettre d’apprendre une "vraie" langue.

Les deux sont possibles. Les enfants bilingues créole-français ont des facilités pour apprendre une troisième langue, la plasticité du cerveau des enfants permet cela. Le créole doit nous servir de passerelle pour accéder à toutes les autres langues, le français, mais aussi l’anglais, l’espagnol, le portugais. 

C’est donc un tremplin, pas un frein.

Selon le Centre national de la recherche scientifique, CNRS, 58 % des langues du monde, soit environ 4.000 langues, sont menacées d'extinction : "Lorsque l'on décompose ce chiffre, on se rend compte qu'environ 10 % des langues comptent moins de dix locuteurs. Et si une langue cesse d'être utilisée tous les trois mois, cela signifie que dans les 100 prochaines années, si nous ne faisons rien, 400 langues supplémentaires deviendront inactives". 

Est-ce cela que nous souhaitons pour le créole réunionnais ?

À lire aussi : Baccalauréat : une épreuve en créole réunionnais pour 2028, "impossible" pour le syndicat, "atteignable" pour le Rectorat

- La diglossie : une hiérarchie des langues qui pénalise le créole réunionnais -

La diglossie, c’est lorsque deux langues cohabitent sur un territoire mais n’ont pas le même statut. L’une est vue comme noble, propre, langue du savoir et de l’enseignement et des échanges dans les administrations. L'autre est jugée inférieure.

Prenez l'occitan. La langue n'est plus considérée comme une langue, ni même comme un dialecte, l'occitan est devenu aux yeux de certains, au fil des décennies, un "patois." En à peine deux générations, l'occitan a disparu de plusieurs villes et villages du sud-ouest de la France. 

Alors, si cette réforme du baccalauréat 2028 apporte au moins une prise de conscience sur l'importance de la sauvegarde et de l'usage de nos langues maternelles, nous faisons un premier pas vers sa transmission.

Parmi les commentaires sous l'article d'Imaz Press paru ce ce mercredi 27 mai 2026, un internaute nous informe qu'on ne parle pas le même créole au nord, au sud de La Réunion. Très bien, c'est la même chose pour le français.

Faites le tour de la France, entendez les accents des anciens qui roulent dans le sud, les mots anciens que nous ne comprenons pas, et des tournures de phrases inédites. En Angleterre, c'est la même chose, en Australie pareil.

Malheureusement, dans les anciennes colonies, l’oppresseur a tout réussi quand le peuple qui a été opprimé s'auto-censure et s'impose seul une langue dominante mais aussi le silence.

C'est un débat qui s’en va et revient : faut-il enseigner le créole à l’école, faut-il le parler, faut-il autoriser nos enfants à le parler ? 

- Nous parlons français, anglais, japonais..., mais nous ignorons notre propre langue maternelle -

Il y a encore des élèves uniquement créolophones pour qui l'utilisation de leur première langue maternelle permet de briser la glace et d'apporter une compréhension plus fine de certains sujets et certaines consignes.

Vincent enseigne les mathématiques dans un collège du sud de l'île, il raconte : "Quand j'ai traduit la consigne en créole, plusieurs élèves m'ont dit que là ils comprenaient mieux", ils ont même réussi l'exercice demandé, s'exclame leur professeur.

Que nous le voulions ou non, la traduction, le passage d'une langue à une autre fait parfois perdre du sens. Là où la langue maternelle permet de garder la profondeur et l'émotion de ce qui est demandé, de ce qui est exprimé. 

Nous l'avons fait, nous parlons français, anglais, japonais et d'autres langues du monde, mais nous ignorons notre propre langue maternelle, nous manquons de vocabulaire, de mots, d'expressions idiomatiques. Nous perdons notre langue, pire nous la tuons nous-mêmes en interdisant à nos enfants de l'utiliser. 

Regardez bien autour de vous. Vos oncles, pères, vos grands-pères, le gramoune qui parle de ses tisanes dans son champ, vos mamans, vos grands-mères, ces femmes réunionnaises puissantes qui portent nos sociétés, à leur départ de ce monde, elles prendront avec elles tout un pan de notre culture créole.

Promié dovan, nora nout langkozé, in takon lo mo i sa krévé. Nout kréol, si nou fann pa li an poundiak, an bouké, si nou mark pa li kom la rivé : pa zordi, pa domin, li osi li va alé.

À lire aussi : Éducation : de nouveaux outils pédagogiques pour apprendre le kozé et l'écriture kréol

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17 Commentaires
Fontaine
Fontaine
3 heures

Le créole réunionnais est une langue. On peut aujourd'hui choisir l option au bac. On peut lire dans cette langue pas encore fixée à l écrit dans de nombreux livres ( qui souvent ne font honneur à notre langue) . Mais le marmaille créole doit pouvoir être excellent en français pour pouvoir prendre une place dans le monde: dans notre Nation dans l Europe dans le monde ( Inde Afrique Asie) Ce n' est pas en passant des diplômes en créole réunionnais qu il y aura une diaspora réunionnaise! Ça C est pour favoriser l enfermement du kréol: ou lé kréol koz kréol manj kréol ékout Maloya rod pa plus ékout 2 manitous dit à ou que out nasion sé l océan indien.( L ile Maurice accueille les réunionnais sans visas parce qu ils sont français et Madagascar nous envoie sa diaspora bien cultivée et francophone experte) Nous sommes créoles ( fiers de l être) français ( on essaye de nous faire croire que c est une honte) européens citoyens du monde. Ouvrez les ondes à toutes ces langues ouvrez les musiques à tous les genres ouvrez nos esprits à toutes ces cultures et là le vrai sens du mot créole prendra forme!

Paul Mac Watson
Paul Mac Watson
8 heures

J'adore cette langue, qui jusqu'à peu, était orale.
A l'écrit, il faut l'inventer, et on se retrouve assez facilement dans la phonétique.
Mais la démarche est louable.
J'aimerais bien savoir où s'adresser pour pouvoir y accéder.

Brice C.
Brice C.
9 heures

Langue, créole, patois, une demi-heure pour y voir plus clair : https://www.youtube.com/watch?v=_fnefjXDUS0

judéobolchévique
judéobolchévique
9 heures

La question est davantage la baisse générale du niveau culturel, intellectuel scolaire et bien sur linguistique.
Pour qu'une langue soit vivante il en faut une pratique qui dépasse le rudimentaire ; quand les figures historiques de la musique réunionnaise auront disparu, il n'y aura plus personne pour défendre un créole digne de ce nom, et il disparaitra.
Nous avons déjà des ados des adultes qui ne parlent ni créole, ni français, un charabia oui.

Will
Will
10 heures

Le créole à l'école c'est uniquement un dogme. Il ne faut pas laisser croire aux enfants qu'ils pourront se passer de parler, lire et écrire un bon français pour se construire une vie professionnelle.

Emilie La
Emilie La
6 heures

il faut arrêter d'opposer les 2. le créole à l'école n'a pas vocation à remplacer le français, c'est une ouverture sur notre culture, nous en tant que réunionnais...

Templier974
Templier974
10 heures

Le créole est un patois et pas une langue. Ici à la Réunion, il ne se prononce pas de la même façon, que ce soit à Cilaos, St Louis, ST Paul, St Philippe etc de plus ce n'est pas le même qu'à Maurice, Rodrigue et plus loin encore le créole des Antilles ne se ressemblent pas du tout et l'écriture n'est pas la même. Une langue se parle et s'écrit or le créole ne l'est pas et c'est une manipulation électorale, pour laisser les malheureux dans leur coin.Le breton, le corse le provincial sont des langues.

Ded
Ded
11 heures

Eh oui, il y a encore des cons qui se croient supérieurs et qui aiment dénigrer , surtout sans connaître ( et autrefois , certains auteurs réunionnais célèbres parlaient du créole comme d'un" patois pittoresque"!)
La langue , quelle qu'elle soit fait partie de l'être humain, vouloir la réduire à rien ( comme tenta de faire le gouvernement , il y a bien longtemps avec le breton ou l'alsacien , ou le catalan)c'est nier l'homme, c'est vouloir le couler dans un moule unique de citoyen obéissant , voire servile!
Eternelle querelle stérile qui ne grandit sûrement pas ceux qui la font naître!

MARIMAR
MARIMAR
11 heures

Oui mais alors revoyons la graphie et mettons nous d'accord sur un langage que tout le monde puisse comprendre.
Le brassage des cultures aurait
du provoquer un brassage des mots et une consultation du peuple reunionnais.
Je peux vous assurer que je parle très bien créole, cependant je ne me reconnais pas lorsque qu'on parle de "kiltir" ou quand j'entends dire "merci bon peu ", mi aime à you" et plein d'expressions encore mi hallucine!
Moin na 2 livres en créole là et mi peu assure à zot que mi comprend pas in merde.
Mi sava vérifié un dictionnaire créole et mi revient vers zot.
Moin le sûre que nana des mots que mi utilise que le pas dedans et après nou cause.
Le problème le là certains la decide innover un peu peu fait l'intéressant.
Mes enfants et moi pratiquons indifféremment les 2 langues et à l'école il n'y a eu aucun problème car la plupart de nos enseignants même métropolitains aimaient notre langage fleuri.

Mi rejet pas rien mais mi prend pas tou non plus !
Une dernière question : combien d'enseignants Réunionnais actuellement pour cette matière ???
Mi aime à you mi dit pas zot dans quelle bouche la sorti !

Michel
Michel
11 heures

Que le créole soit une langue, un patois, un dialecte ou pour certains du charabia, c'est secondaire.
La question plus importante est: dans le cadre privé et dans le cadre professionnel, quelle(s) langue(s) dois-je parler pour pouvoir communiquer? Sans langue commune, impossible de discuter.
Selon le contexte, cette langue est le créole, le français, l'anglais etc.
De plus, la langue maternelle, que ce soit le créole ou le français reste sacro-sainte.
Et je trouve que c'est très bien qu'un enseignant parle créole pour que ses élèves comprennent mieux ce qu'il leur dit.

Zozumé
Zozumé
11 heures

Lé vrais que c un bon language mais mi comprend pas le créole utilisé koméla. Avant quand moin té l’école nout tout y parle nout créole, nou comprené a ou. C pas le cas koméla.

Doudou
Doudou
11 heures

Mwin mi di a zot largu zot kreol pas besoin la per . Li même nous kaloubadia ! Mi mange kreol , mi bwa kreol , mi kose kreol ! ............... j espère que je me suis bien fait comprendre (!).......

Hoarau
Hoarau
12 heures

Nous n’ignorons pas notre créole réunnionnais et nous en sommes fiers : ce n’est pas une langue mais un patois
Parlons-le entre nous mais gardons le français comme langue officielle
Apprendre l’anglais, l’espagnol serviraient bien mieux à nos enfants et ce dès la maternelle

Jako
Jako
10 heures

Ben NON!!! Le créole n'est pas un patois! C'est bien une langue!!

achtung
achtung
9 heures

un patois est une langue

Achtung
Achtung
12 heures

Pas un charabia mais du patois comme on dit d ailleurs dans lesniles anglaises aux antilles.

Lili
Lili
12 heures

Vous racontez un peu n’importe quoi… le créole n’est plus du tout interdit à l’école!
Il y a même des professeurs des écoles qui sont certifiés en créole et qui l’enseignent, permettant pour ceux qui le souhaitent de valider un parcours créole depuis le primaire jusqu’au lycée.

Il y a une journée de dédiée à la valorisation de la langue maternelle et une semaine des langues qui permet également de mener des activités et des ateliers en créole. Je ne parle même pas de tous les livres qui sont aujourd’hui édités en créole et qui peuvent être des supports utilisés en classe, ni de toutes les pièces, de spectacles vivant, des chansons, des contes en créole qui sont aujourd’hui des médias d’apprentissage.

Oui le français reste la langue officielle ( c’est pareil en Bretagne ou en Corse) et il est important aussi que les élèves le maîtrisent car c’est en effet la langue d’évaluation. Mais vous ne pouvez pas écrire que le créole est banni des enseignements.