Grève des audiences : les avocats de La Réunion protestent contre le projet de réforme de la justice criminelle

  • Publié le 3 avril 2026 à 02:58
  • Actualisé le 3 avril 2026 à 05:16
avocats

Les avocats de La Réunion débutent une grève des audiences ce vendredi 3 avril 2026. Au barreau de Saint-Denis, le mouvement de protestation a été décidé au cours d'une assemblée générale tenue ce jeudi. La grève se poursuivra jusqu'au 13 avril inclus. Le Sénat examinera ce jour-là un projet de loi visant notamment à instaurer un "plaider coupable criminel" et l'obligation pour chaque tribunal judiciaire d'organiser, en plus de ses audiences habituelles des audiences de Cour criminelle. Cette grève s'inscrit dans un mouvement national de protestation des robes noires (Photo Richard Bouhet / www.imazpress.com)

Le barreau de Paris, qui compte 35.000 avocats, a voté une "grève du zèle" pour "l'ensemble des procédures pénales urgentes et non urgentes, correctionnelles comme criminelles".

Celui de Bobigny a appelé ses membres à une "grève totale", civile et pénale, "y compris les gardes à vue" à compter de mercredi pour dire son opposition à cette mesure qui permettrait "de juger les crimes les plus graves sur le seul aveu de l'accusé, sans audition de témoins ni d'experts, sans jury populaire, dans le cadre d'une simple audience d'homologation".

Prévue dans ce texte porté par le garde des Sceaux dont l'objectif est d'accélérer les procédures et de désengorger les juridictions, cette "procédure de jugement des crimes reconnus", déjà existante en matière délictuelle, concernera les affaires avec un seul auteur et nécessitera que les faits soient intégralement reconnus, que le parquet soit d'accord et que la victime ne s'y oppose pas dans un délai de dix jours.

- Le "plaider-coupable" conduira à "une justice expéditive" -

Une cinquantaine de barreaux avait voté mardi en fin d'après-midi une grève dont le principe a été adopté par la Conférence des bâtonniers, qui représente les 45.000 avocats non parisiens, a indiqué à l'AFP son président, Christophe Bayle. Chaque barreau décide des modalités de l'action, grève totale ou sur certains secteurs d'activité seulement, a-t-il ajouté précisant que les assemblées générales restaient en cours dans de nombreux endroits.

Le "plaider-coupable" conduira à "une justice expéditive", redoute le barreau de Bobigny dans son communiqué, tandis que dans une tribune à l'hebdomadaire La Tribune Dimanche, le bâtonnier et la vice-bâtonnière de Paris, Louis Degos et Carine Denoit-Benteux, ont dénoncé l'avènement d'une "justice à deux vitesses": "Ceux qui en ont les moyens refuseront et obtiendront un vrai procès. Les autres accepteront."

-"Ma porte est ouverte pour continuer les discussions" déclare Gérald Darmanin -

Ce plaider-coupable, "une notion étrangère à la tradition juridique française", fait courir comme "premier danger" celui "des faux aveux", selon Mes Degos et Denoit-Benteux: "Fonder un système de justice criminelle sur la reconnaissance de culpabilité, c'est prendre le risque de condamner des innocents sans débat."

Mais les victimes sont aussi bafouées, selon les deux avocats: "Leur consentement n'est pas libre lorsqu'il est sollicité sous la contrainte du temps."

"Ce projet de loi est avant tout pensé pour les victimes, il ne retire de droit à personne" et "offre une nouvelle voie pour juger les infractions criminelles et permettra une issue plus rapide sans pour autant juger moins bien", a réagi auprès de l'AFP le porte-parole du ministère de la Justice, Sacha Straub-Kahn.

"Ma porte est ouverte pour continuer les discussions. C'est une procédure qui a lieu dans tous les pays qui nous entourent, soutenue par les magistrats. Faire grève, je le respecte et c'est leur droit, mais c'est dommage pour les victimes et le service public de la justice", a déclaré Gérald Darmanin à l'AFP.

Le barreau de Paris a d'ores et déjà appelé à une journée "justice morte" le 13 avril. D'autres mobilisations sont prévues.

www.imazpress.com avec l'AFP / [email protected]

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