À La Réunion : faute d’hébergement d’urgence, des mères et leurs enfants sont sans toit

  • Publié le 15 janvier 2026 à 05:32
hebergement d'urgence

À La Réunion, de plus en plus de mères isolées avec des enfants ont besoin d’une place d’hébergement d’urgence. En 2024 à La Réunion, près de 2.500 ménages n'ont pas été pris en charge par le 115, le numéro d'urgence sociale. Parmi eux, plus de 1.000 enfants, dont 300 de moins de 3 ans. Dans l'île, seulement 670 places sont disponibles dans les hébergements d'urgence. La Fondation pour le Logement dénonce une forme de "maltraitance institutionnelle" et appelle au sursaut des autorités pour répondre à l’urgence de la mise à l’abri de toute personne en difficulté (Photo : rb/www.imazpress.com)

"Des personnes appellent le 115 et restent sans réponse. D'autres sont ballottées à droite et à gauche ou parfois mises à la porte de la structure d'hébergement sans une solution alternative", se désole Matthieu Hoarau, directeur de la Fondation pour le Logement à La Réunion.

- Des mères sans logement et des enfants menacés de placements -

Au moment de recevoir une proposition d’hébergement de trois nuitées, "certaines femmes sont même confrontées au risque de voir leur enfant placé si elles ne trouvent pas de solution stable à l’issue de la prise en charge. Imaginez-vous l’angoisse et la détresse pour ces mamans ?", dit-il.

"C'est aberrant alors qu'il faudrait d'abord les mettre à l'abri et, dans la contuinuité ensuite, les accompagner vers une réponse plus pérenne", s'indigne Matthieu Hoarau. Écoutez.

D’un côté, l’État est garant du droit à l’hébergement, selon le code de l’action sociale et des familles qui prévoit dans son article L 345-2-2 : "Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence (…)".

De l'autre, le Département est compétent dans la prise en charge – au titre de l'action sociale et des familles et de la protection de l'enfance, des femmes enceintes et mères isolées avec des enfants de moins de trois ans". Interrogé sur le sujet, le Département répond : "Elle (la mère – ndlr) n'a pas à choisir". "La prise en charge est proposée de manière systématique. Elle peut être immédiate et renouvelable en fonction des situations," dit-il.

Cependant, "l'intervention du Département s'inscrivant dans le cadre de sa compétence légale, à savoir la protection de l'enfance, dès lors qu'elle est prise en charge, la personne est informée qu'en l'absence de solutions d'hébergement plus durables que la mise à l'abri, le risque du placement ne peut être exclu, si l'évaluation sociale de la situation le justifie".

Le Département "dispose de conventionnements avec 4 Pensions Gîtes et Hôtels (PGH) répartis essentiellement sur le nord, l'ouest et le sud. Ce qui est suffisant pour prendre en charge les situations sur lesquelles nous sommes sollicités, soit environ une centaine de situations par an".

Le 17 décembre 2025, lors de la commission permanente, le Département a voté le versement d'une subvention de 300.000 euros en faveur du GCSMS LAMP-OI, gestionnaire du SIAO, qui pilote notamment la plateforme téléphonique 115, le numéro d’urgence sociale pour être hébergé.

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- Pas suffisamment d'hébergements d'urgence à La Réunion, "une maltraitance institutionnelle" -

"Aujourd'hui il y a une vraie urgence sociale sur l'hébergement d'urgence. Nous n'avons jamais eu autant de personnes qui appellent le 115 - parfois plus de 300 fois par jour - sans avoir de réponse concrète, faute de places suffisantes", dénonce Matthieu Hoarau, directeur de la Fondation pour le Logement à La Réunion.

"Nous n'avons jamais eu autant de personnes dans nos accueils de jours, Et nous constatons que parmi ces personnes, il y a de plus en plus familles, souvent avec des enfants en bas âge, mais aussi des jeunes, y compris des mineurs, ainsi que des personnes âgées avec des problématiques de santé", lance-t-il.

Si bien que "la Fondation se retrouve seule à financer en urgence des nuits d'hôtel, en particulier pour les familles avec bébés, en attendant que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités".

En 2024, 2.500 ménages n'ont pas été pris en charge par le 115, dont 1.000 enfants, parmi lesquels, 300 avaient moins de 3 ans. À La Réunion, seulement 670 places sont disponibles dans les hébergements d'urgence. "Cette offre d’hébergement est largement insuffisante, d’autant qu’il y a clairement un déficit important, avec un taux seulement de 0,7 places d’hébergement pour 1.000 habitants à La Réunion, contre 2,6 dans l’Hexagone", déplore Matthieu Hoarau.

"Les logiques de gestion, de restrictions budgétaires, de renvois de responsabilité entre les pouvoirs publics, nourrissent une forme de maltraitance institutionnelle ne respectant pas la dignité des personnes qui se retrouvent à la rue. Un changement de braquet s’impose pour une réponse politique efficace de mise à l'abri immédiate de toutes les personnes qui ont besoin d'un toit", interpelle Matthieu Hoarau.

- L'État privilégie l'accès au logement que les places d'hébergement -

La "Fondation pour le Logement défend depuis de nombreuses années tous les leviers du Logement d’Abord et a contribué fortement à son déploiement à La Réunion. "Pour autant, il est crucial de rappeler que la mise à l’abri fait partie intégrante des principes clés du Logement d’Abord afin d’héberger les personnes et de se servir de l’hébergement comme tremplin le plus rapidement possible vers le logement."

Alors que les places en hébergement d'urgence ne suffisent plus à accueillir les personnes sans domicile et qu’elles ne sont pas suffisamment bien réparties sur l’ensemble de l’île, "l’action de l’État s’inscrit dans le plan national "Logement d’Abord 2", qui privilégie l’accès au logement plutôt que la création de nouvelles places d’hébergement", répond la préfecture.

"L’objectif est de réduire les durées de séjour en hébergement, aujourd’hui prolongées faute de logements disponibles."

La préfecture explique : "plusieurs leviers sont mobilisés avec notamment le Fonds national d'accompagnement vers et dans le logement (FNAVDL)".

De nouveaux logements (230 places de Maisons relais et 230 de Résidences sociales/FJT"), financés par l'État, devraient en principe voir le jour d’ici 2027, sous réserve que des porteurs de projets répondent à l'appel.

À La Réunion, l'État "finance un dispositif global de lutte contre le sans-abrisme à hauteur de 20 millions d'euros annuels comprenant plusieurs dispositifs relevant de l’accueil, l’hébergement et l’insertion". "Force est de constater que malgré cet engagement de l’État, dans une île fortement marquée par la précarité, cela ne permet pas pleinement de répondre aux besoins des personnes dépourvues de logement personnel", note Matthieu Hoarau.

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- La Fondation pour le logement appelle à la mobilisation des autorités -

À La Réunion où 4 Réunionnais.es sur 10 sont impacté.es par la crise du logement, la Fondation a publié en 2024 un rapport consacré notamment à l’application du Logement d’Abord à La Réunion, en déplorant "un essoufflement de la dynamique du logement d’abord alors qu’il a démontré son efficacité au cours des dix années précédentes".

Parmi les propositions concrètes formulées, la Fondation rappelle la nécessité "d'augmenter les solutions immédiates d'hébergement ou de logements temporaires, notamment en mobilisant les bâtiments publics vacants et en produisant plus de logements à loyers abordables", explique le directeur de la Fondation pour le Logement.

Il est primordial de "mutualiser les moyens pour faire face à l'urgence socialeà la fois les les moyens humains et financiers (fonds européens non consommés, budget de l’Etat et des collectivités, financements privés) pour faciliter l’accès à un hébergement ou à un logement des personnes à la rue", lance Matthieu Hoarau, à destination des autorités.

Le territoire dispose actuellement d’une équipe de maraudes, 670 places d’hébergement, auxquels s’ajoutent 136 places de logement temporaire, 204 places de maison relais, 116 places en foyer de jeunes travailleurs, plus de 1.600 places d’intermédiation locative, 600 mesures d’accompagnement vers et dans le logement.

À La Réunion, le 115 est accessible de 6h00 à 21h00 tous les jours de la semaine, pour le public et, de 21h00 à 6h00, pour les forces de l’ordre dans le cadre de la mise à l’abri des personnes victimes de violences intrafamiliales.

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

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