Mobilité : les jeunes ne veulent pas quitter La Réunion, par peur de ne pas pouvoir y revenir

  • Publié le 24 juin 2026 à 04:54
Gillot

À La Réunion, la mobilité est un enjeu à la fois sociétal, d'apprentissage et professionnel pour les jeunes. Pourtant, 3 sur 10 n'ont jamais l'avion et 70% des Réunionnais de 13 à 30 interrogés ont peur de partir. Peur d'avoir le mal de la famille, peur de ne pas s'adapter, peur l'inconnu et surtout peur des difficultés liées au retour au péi, comme l'ont connu 60% des Réunionnais (Photo www.imazpress.com)

Constance, étudiante en Master 2 confie : "je pense que partir c’est plus facile que revenir". Elle ajoute "c'est l'une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais vraiment envisagée de partir pour mes études". 

Les difficultés rencontrées au retour sont d’abord liées à l’emploi (24%), aux conditions de vie à La Réunion (20%), à des difficultés financières (14%) et à la difficulté de se réadapter (13%), selon le mémoire d’Audrey Douanier en 2024.

Peur de ne pas pouvoir communiquer, de ne plus être près de la famille, du mal du pays, de ne pas s’adapter, de l’inconnu, de ne pas réussir… et des peurs scénario catastrophe. Voilà certains aspects qui freinent 73% des jeunes Réunionnais à sauter la mer.

- Le volet financier, un frein financier pour sauter la mer et revenir -

Le volet financier reste un frein à la mobilité pour 67% des répondants à l'enquête du Comité régional de la mobilité européenne et internationale des jeunes de La Réunion (Corebom). 

Les étudiants ne le savent que trop bien. Lorsqu'ils partent étudier dans l'Hexagone ou ailleurs, il n'est pas aisé - surtout avec les prix actuels des billets d'avion - de pouvoir rentrer à la maison autant que l'on souhaiterait auprès de ses proches. "Évidemment c’est une question de financement. Il faudrait attendre longtemps pour avoir les économies nécessaires pour revenir et en attendant tu as le mal du pays et la nostalgie de revoir ta famille", témoigne Constance, étudiante.

Constance explique : "J’ai une cousine qui à 19 ans est partie s’installer pendant trois ans dans l’Hexagone pour ses études. Je sais qu’elle a bénéficié d’une aide pour y aller avec logement. Mais elle a souligné qu’après peu de temps tu dois être en capacité de payer ce loyer. Elle a pu gérer parce que son copain était avec elle, ils étaient donc deux à travailler".

D'autant que les dispositifs sur les 200 dispositifs proposés à La Réunion, la thématique "Enseignement, études supérieures et recherche" concentre à elle seule 110 dispositifs, soit 55% du total des dispositifs. Cette surreprésentation des dispositifs pour ceux qui réussissent leur parcours scolaire renforce les inégalités pour les jeunes réunionnais moins favorisés qui ne poursuivent pas d’études supérieures - 30% des jeunes de 18 à 20 ans selon l'Insee - ou n’ont pas de diplôme pour 25 % des jeunes 25 à 34 ans.

- 60% des Réunionnais rencontrent des difficultés au retour au péi -

Une étude réalisée par l’Association Réunionnais de Retour au Péi (ARRP) en 2023 montre que plus de 60% des Réunionnais rencontrent des difficultés au retour au péi alors que 77% des Réunionnais interrogés souhaitent revenir sur l’île.

Certains craignent qu'une fois partis, ils ne trouvent plus de travail, de logement pour pouvoir revenir, à l'exemple des professeurs des écoles qui, une fois partis, doivent attendre un certain cumul de point pour espérer revenir.

Selon le mémoire de 2024, les difficultés rencontrées au retour sont d’abord liées à l’emploi (24%), aux conditions de vie à La Réunion (20%), à des difficultés financières (14%) et à la difficulté de se réadapter (13%). Dans ce contexte, la première aide souhaitée est une aide logistique (35%) – trouver un logement, un transport-, avant une aide financière (31%) ou un accompagnement professionnel (21%) - trouver un emploi ou monter son entreprise.

L'absence suffisante de communication pour rassurer ceux qui seraient candidat au départ à la possibilité de revenir est un frein pour les Réunionnais. Pour 4 jeunes sur 10 mentionnent, le retour au péi devrait être intégré en amont pour les formations professionnelles hors de l’île.

Pour les inciter à partir sans craindre de ne pas revenir, les jeunes aimeraient plus d'aide à la réinsertion au retour, en matière de recherche d’emploi et de réalisation du projet personnel, mais aussi de réseau, de démarches administratives et donc globalement de réinvestissement du territoire pour 11% des jeunes interrogés.

Les Réunionnais de retour ont avant tout besoin d’un interlocuteur à La Réunion.

Selon le Corebom, "cette mission pourrait être hébergée dans une structure existante ou attachée à chaque dispositif, imposant aux opérateurs de la mobilité cet accompagnement au retour.

- 93% des jeunes Réunionnais satisfaits de leur expérience de mobilité -

D'autant que sur le plan professionnel, les études montrent que les jeunes réunionnais partis en mobilité ont plus de chances d’obtenir du travail, et sont généralement mieux rémunérés.

93% des jeunes Réunionnais sont satisfaits de leur expérience de mobilité (dont 80% très satisfaits).

La mobilité représente aussi pour les jeunes l’autonomie (39% des jeunes), mais également le manque des parents (23% des jeunes) et la peur de ne pas pouvoir s’adapter (22%).

Globalement à La Réunion, 4 jeunes sur 10 voient d’abord le potentiel de la mobilité, alors que 5 jeunes sur 10 sont freinés par les risques et leurs peurs.

Lire aussi - Saint-Paul : un Salon pour le retour au péi

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

guest
0 Commentaires