Entre billets d’avion hors de prix, aides insuffisantes et recherche constante de financements, les sportifs réunionnais doivent souvent mener un double combat : performer dans leur discipline et trouver les moyens financiers pour poursuivre leur parcours. Des difficultés accentuées par l’insularité et qui touchent aussi bien les jeunes espoirs que les sportifs plus expérimentés (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
À plus de 9.000 kilomètres de l’Hexagone, les sportifs réunionnais font face à une réalité que leurs homologues de l'Hexagone connaissent rarement : le coût du déplacement.
Karatékate de haut niveau, pratiquante du kyokushinkai depuis neuf ans, cette Réunionnaise affiche pourtant un palmarès impressionnant : vice-championne d’Europe, championne de France, championne de l’océan Indien et championne de La Réunion. Malgré ces résultats, elle finance l’essentiel de sa carrière elle-même.
"Mes principales sources de financement viennent essentiellement de mes revenus. Mon club prend en charge le billet d’avion grâce à un partenariat, mais pour le reste, c’est à ma charge", explique-t-elle.
Comme beaucoup d’athlètes, elle regrette le manque d’aides adaptées. "À La Réunion, nous possédons des dispositifs d’aide comme LADOM, mais cela ne suffit pas pour couvrir les dépenses", constate-t-elle.
Trouver des sponsors relève également du parcours du combattant. "J’ai essayé le porte-à-porte auprès de nombreuses entreprises, mais aucune ne souhaitait accompagner ce sport."
Résultat : certains déplacements peuvent dépasser les 2.000 euros. Une somme parfois impossible à réunir. "J’ai dû à certains moments refuser de participer à des compétitions internationales faute de moyens", confie la sportive.
- Des cagnottes devenues presque incontournables -
Face à l’insuffisance des financements, de plus en plus de sportifs réunionnais se tournent vers les cagnottes en ligne, les ventes de gâteaux, les tombolas ou encore les opérations d’ensachage dans les grandes surfaces pour financer leurs déplacements.
Une réalité devenue courante dans le paysage sportif local. Sur les réseaux sociaux, les appels aux dons se multiplient. Qu’il s’agisse de jeunes qualifiés pour les championnats de France, d’athlètes sélectionnés en équipe de France ou de sportifs visant une compétition internationale, beaucoup doivent désormais solliciter la solidarité du grand public.
Pour Johan Guillou, président du Comité régional olympique et sportif de La Réunion, cette situation interroge. "Quand un jeune est qualifié pour représenter La Réunion sur un championnat de France, d’Europe ou du monde, il ne devrait pas avoir à vendre des crêpes ou organiser des collectes pour financer son déplacement", dit-il.
Selon lui, ces initiatives peuvent avoir du sens lorsqu’il s’agit de voyages à vocation éducative ou de découverte. En revanche, lorsqu’un sportif est qualifié pour représenter officiellement La Réunion lors d’une compétition fédérale, le financement ne devrait pas reposer principalement sur les familles et les actions de collecte.
- "On a l’impression de mendier" -
Dans les disciplines de glisse, le constat est similaire. Le surfeur réunionnais Olivier Marimoutou raconte devoir multiplier les initiatives pour financer ses compétitions.
"J’ai vendu du matériel, organisé des soirées de projection vidéo avec des repas. Je voulais même mettre en place un tournoi de beach tennis pour compléter mon budget", explique-t-il.
Pour lui, la recherche de financement devient parfois aussi importante que la préparation sportive.
"On trouve toujours un moyen d’aller chercher de l’argent ailleurs, mais c’est pénible. On a l’impression de mendier. On oublie presque la compétition parce qu’il faut gérer la logistique et le financement", raconte le sportif.
Âgé de plus de 35 ans, il souligne également une autre problématique : l’absence de dispositifs adaptés aux sportifs expérimentés.
Champion de France dans sa catégorie, il ne peut pourtant pas bénéficier de certaines primes réservées aux sportifs plus jeunes. "Quand j’ai demandé les primes au résultat, je n’y avais pas accès parce que j’avais dépassé l’âge limite."
Pour financer ses déplacements internationaux, il s’appuie principalement sur ses fonds propres, quelques partenaires ponctuels et la solidarité de son entourage.
"La dernière fois, je suis resté bloqué en métropole parce que je n’avais plus assez d’argent pour voyager. Heureusement, des personnes m’ont aidé", se rappelle-t-il.
- Des clubs obligés d’avancer les fonds -
Du côté des structures sportives, la situation est tout aussi complexe. Johny Damour, trésorier du Lutte Club de Saint-Joseph, explique que les aides publiques arrivent souvent après les compétitions.
"Les déplacements ont lieu entre février et mai, alors que les dossiers d’aide sont encore en cours d’instruction. Il faut donc disposer d’une trésorerie suffisante pour avancer les fonds", pointe-t-il.
Les familles sont souvent sollicitées en première ligne. "Dans les six premiers mois de l’année, la participation des familles est indispensable. Les aides arrivent plus tard et ne couvrent jamais l’ensemble des dépenses", souffle-t-il.
Car au-delà du billet d’avion, il faut également financer l’hébergement, la restauration, les transports sur place ou encore les déplacements des entraîneurs.
"Il manque un véritable dispositif d’aide spécifique aux sportifs réunionnais. Dans l'Hexagone, les familles peuvent se déplacer en train ou en bus. Ici, nous avons obligatoirement un avion à prendre", rappelle Johny Damour.
Pour équilibrer les budgets, les clubs multiplient les actions : tombolas, repas dansants, campagnes de financement participatif et recherche de sponsors.
"On accumule plusieurs petites aides. C’est ce qui nous permet finalement de boucler les budgets."
- Des dispositifs existants mais encore insuffisants -
Johan Guillou rappelle que plusieurs dispositifs existent déjà, notamment ceux de LADOM, de la Région, du Département ou encore du fonds FEBECS. Cependant, ces aides présentent encore de nombreuses limites.
"Quand un jeune est qualifié pour représenter La Réunion, il ne devrait pas avoir à financer seul son déplacement", explique-t-il.
Selon lui, les aides actuelles laissent encore de nombreux sportifs de côté : familles dépassant légèrement les plafonds de ressources, entraîneurs, arbitres ou encore sportifs non inscrits sur certaines listes ministérielles.
Le CROS travaille actuellement à un état des lieux complet des aides existantes afin d’identifier les "trous dans la raquette".
"La mobilité sportive ne se limite pas au billet d’avion. Il faut aussi prendre en compte l’hébergement, les transports terrestres et l’accompagnement des entraîneurs."
Chaque année, les ligues et comités sportifs réunionnais consacrent plusieurs milliers d’euros aux seuls billets d’avion pour les compétitions. Une facture qui ne cesse d’augmenter avec la hausse du coût du transport aérien.
Mais au-delà de l’aspect financier, l’insularité influence également les parcours sportifs. Dans certaines disciplines, les jeunes talents doivent quitter La Réunion dès l’adolescence pour intégrer des structures de haut niveau en métropole.
"Pour une famille réunionnaise, voir partir un enfant à 13 ou 14 ans est un véritable choc", souligne Johan Guillou.
Malgré ces obstacles, les sportifs réunionnais continuent pourtant de briller sur les scènes nationales et internationales. Pour le président du Cros, il reste cependant essentiel de prendre en compte ces difficultés. "On parle souvent du poids des médailles ultra-marines pendant les Jeux olympiques. À ce rythme-là, avec l'insularité et les difficultés de déplacement, on peut craindre qu'on n'arrive pas à continuer à atteindre les 40% actuels de médaillés venant des Outre-mer", conclut-il.
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