Seul jour férié obligatoirement chômé en France, le 1er mai reste pourtant une exception parfois contournée dans certains secteurs. À La Réunion, fleuristes et boulangers composent avec la loi… et les réalités économiques, tandis que les syndicats rappellent la portée historique de cette journée. (Photo Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
En théorie, la règle est claire : le 1er mai est "obligatoirement chômé et payé" pour tous les salariés. Seules certaines activités essentielles, ne pouvant pas être interrompues, peuvent y déroger. Pourtant, dans les faits, la situation apparaît plus nuancée, notamment dans les commerces de proximité.
Chez les artisans, comme les fleuristes ou les boulangers, le Code du travail tolère une ouverture… à condition que le chef d’entreprise travaille seul ou avec des membres de sa famille non salariés. Une contrainte qui mène de nombreux professionnels à s’adapter... et d'autres à enfreindre la loi.
- Pour les fleuristes, une journée entre tradition et frustration -
À Saint-Denis, Ulrich Esparon, fleuriste et gérant de "Anéa et ses fleurs", s’apprête à vivre son premier 1er mai dans sa propre boutique. "Je vais ouvrir, mais seul. Puisque je n’ai pas le droit de faire travailler ma salariée", explique-t-il. Pour ce professionnel, la logique commerciale est pourtant évidente : "Par rapport à mon métier, je sais qu’il y a le muguet ce jour-là, donc pour moi c’est logique d’ouvrir".
Mais derrière cette tradition, le constat est plus amer. "Le 1er mai ne représente finalement pas une grosse journée pour nous, fleuristes, à cause des vendeurs à la sauvette. Ça dévalorise notre métier, alors qu’on a un vrai savoir-faire". Il déplore les inégalités : "eux sont autorisés à vendre sur le bord de la route, tandis qu'on nous empêche de travailler correctement ce jour-là".
Une réalité que confirme Samantha*, salariée dans une boutique de Saint-Paul, qui évoque une concurrence accrue : "Le 1er mai est un jour important mais les ventes sont impactées par la vente ambulante et les supermarchés".
Sur la question du travail des salariés, les avis s’ouvrent à plus de flexibilité. Ulrich Esparon estime ainsi qu'il faudrait laisser le choix aux salariés, certains pouvant être intéressés par une rémunération doublée, quand d’autres privilégient le repos.
- Des boulangeries ouvertes en matinée -
Du côté des boulangeries-pâtisseries, le travail le 1er mai semble déjà bien ancré dans les habitudes, malgré le cadre légal. À Saint-Denis, Elodie*, vendeuse depuis neuf ans dans une boulangerie, explique : "J’ai toujours travaillé le 1er mai. L’année dernière, notre employeur nous a fait signer une décharge indiquant que nous étions volontaires".
Dans ce secteur, la demande reste forte, ce qui pousse les commerces à ouvrir. "La demande des clients est importante, donc on a continué à ouvrir chaque année", précise-t-elle. Au point que, pour certains salariés, la spécificité du 1er mai s’efface : "Pour nous, c’est un jour férié comme un autre".
- Un cadre légal strict… mais des réalités économiques -
Le président de la Chambre des métiers et de l’artisanat (CMA), Bernard Picardo, rappelle que "les métiers concernés par une autorisation exceptionnelle d'ouvrir le 1er mai sont les fleuristes, les boulangeries-pâtisseries et certains gérants, comme dans la restauration rapide par exemple".
D'après les derniers chiffres disponibles, La Réunion compte environ 350 boulangeries-pâtisseries et entre 150 et 180 fleuristes. Si certains artisans peuvent s’adapter facilement, la situation est plus complexe pour d’autres : "On a beaucoup d’artisans qui n’ont pas de salarié donc ça ne change pas grand-chose pour eux. La boulangerie, c’est plus compliqué car ça demande plusieurs personnes pour un fonctionnement optimal".
Face aux interrogations, la CMA se veut surtout pédagogique : "On reste disponibles pour donner des éléments aux artisans qui ont des questions sur la réglementation. Mais en général, les gens savent comment ça se passe".
- Un symbole de lutte toujours revendiqué par les syndicats -
Au-delà des réalités économiques, le 1er mai reste une date symbolique pour les organisations syndicales. Pour Jean-Paul Paquiry, secrétaire général du syndicat Force ouvrière (FO), il ne s’agit pas d’un simple jour férié : "Le 1er mai, ce n’est pas une fête. C’est la journée de lutte des travailleurs". Il rappelle ses origines historiques : "cette journée vient des luttes ouvrières, notamment à Chicago, où certains ont donné leur vie pour les droits des travailleurs".
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Aujourd’hui encore, cette date conserve, selon lui, toute sa portée militante : "C’est le seul jour où les travailleurs peuvent faire grève sans pression du patron. Le devoir de tout militant, c’est de manifester". Dans un contexte où de nombreux salariés travaillent déjà les dimanches et jours fériés, la mobilisation peut toutefois s’essouffler : "Les gens préfèrent parfois passer du temps en famille. Mais il faut être dans la rue, montrer que les syndicats sont toujours présents".
Les projets de loi visant à élargir le travail ce jour-là suscitent d’ailleurs l’inquiétude du secrétaire général de FO : "Autoriser davantage de secteurs à travailler le 1er mai, c’est une remise en cause de son symbole". À La Réunion, l’intersyndicale donne rendez-vous ce 1er mai au Port, avec un départ prévu à 9h30 du parking du Kabardock jusqu’au front de mer.
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