Baccalauréat : une épreuve en créole réunionnais pour 2028, "impossible" pour le syndicat, "atteignable" pour le Rectorat

  • Publié le 27 mai 2026 à 03:00
Bac

À partir du bac 2028, les lycéens ayant suivi une spécialité dans une langue régionale pourront passer l’épreuve correspondante dans cette langue, a indiqué le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray. Les syndicats saluent une annonce pouvant contribuer à valoriser l'identité de l'île, mais ils le disent, à l'horizon 2028, cela sera impossible à réaliser. Un avis que ne partage pas le Rectorat, se disant "prêt et en ordre de marche" pour qu'en 2028, les objectifs fixés par le ministre soient atteints (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

"À partir du moment où un élève aura suivi une spécialité sur les deux années de première et de terminale […] dans une langue vivante régionale, il pourra passer l’épreuve correspondante dans cette langue", a affirmé Édouard Geffray, expliquant que le sujet d’examen serait "le même, simplement traduit".

Logiquement, le grand oral du baccalauréat étant adossé aux deux spécialités, "la partie qui porte sur celle suivie en langue régionale pourra, elle aussi, se dérouler dans cette langue", a expliqué le ministre.

Cette disposition vaudra cependant pour une seule spécialité.

Pour Guillaume Lefèvre du Snalc, "qu'il y ait un enseignement de la culture et langue régionale au collège et au lycée, cela permet une connaissance de la culture réunionnaise et son histoire".

"Cela contribue à valoriser l'identité de l'île, c'est une bonne chose", indique de son côté Pierre Fourny du SNES-Fsu.

- Une épreuve en créole réunionnais, "impossible" d'ici 2028 pour les syndicats -

"C’est le genre de mesures qui plaît beaucoup aux syndicats et à la population tout en ne coûtant pas très cher à l’État. Bien sûr qu’on ne peut que se féliciter que le créole soit davantage reconnu, mais qui va garder cette spécialité en terminale avec le tri social qu’opère Parcoursup ? Et quel seuil de candidats sera demandé pour qu’un lycée ait les moyens d’ouvrir cette spécialité ? Comme d’habitude, c’est de la com’ et rien que de la com’", lance Éric Annonier.

"À La Réunion, il n'y a pas pour le moment d'enseignement de spécialité en créole", explique Éric Dijoux de l'Unsa. "C'est une annonce qui ne nous concerne pas", dit-il.

Cette mesure semble donc "impossible avant 2029 car aucun groupe de spécialité ne sera ouvert en première à la rentrée prochaine", précise Éric Annonier de Sud Éduc'Action.

Un objectif pourtant atteignable dans ces délais selon le recteur de La Réunion, Rostane Mehdi. Il se dit "prêt et en ordre de marche pour qu'en 2028, les objectifs fixés par le ministre soient atteints".

L’Académie de La Réunion dispose d’un vivier de 38 professeurs de créole. "Cela permet de répondre aux demandes d’enseignement dans le second degré", précise le Rectorat. "Il n’y aura donc pas besoin de recrutement supplémentaire", pour mettre en oeuvre cet apprentissage, précise l'Académie.

- L'enseignement du créole à La Réunion, ne doit pas être "seulement une option" -

Selon plusieurs syndicats, "c'est un effet d'annonce supplémentaire qui ne résout pas les questions plus profondes comme la mise en valeur de l'enseignement du créole", lance Éric Dijoux.

Rostane Mehdi, le recteur d'Académie répond : "le créole occupe déjà une place importante dans le système éducatif réunionnais. L'Académie est très engagée sur le sujet. Nous avons mis des moyens dans le primaire comme dans le secondaire". 

Certes, "il y a des efforts qui sont faits, il ne faut pas le nier. Mais on voit bien que les instances académiques peinent à se tenir, les collègues qui enseignent le créole doivent aller "chercher" les élèves. Un petit bout de parcours a été fait, il faut maintenant l'installer dans le temps", réplique Éric Dijoux de l'Unsa.

"Le fait de s’inscrire en option créole n'est pas encore naturel comme on le ferait pour les mathématiques. Nous avons encore du chemin à faire pour montrer que l'enseignement du créole est une discipline à part entière et pas juste une option", dit le syndicaliste de l'Unsa.

- Une mesure prévue d'être appliquée à la rentrée prochaine -

En termes de calendrier, Édouard Geffray a assuré que les textes sortiront "au cours de l’été".

Et ce, afin que les élèves entrant en première à la rentrée prochaine puissent accomplir leur cycle terminal dans ce nouveau cadre".

Édouard Geffray a également estimé que ces nouvelles modalités pourraient concerner "certaines langues vivantes étrangères à terme".

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

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