La Réunion, comme tous les territoires ultra-marins, demeure confrontée à des inégalités profondes malgré près de 80 ans de départementalisation. C'est le constat dressé par la commission d'enquête du Sénat sur les inégalités systémiques dans les Outre-mer, dont le rapport a été présenté ce mardi 30 juin 2026. Les sénateurs estiment que les écarts persistants ne relèvent pas seulement de difficultés structurelles mais d'un fonctionnement systémique qui freine le développement des territoires ultramarins. (Photo d'illustration Richard Bouhet/www.imazpress.com)
La commission, présidée par la sénatrice réunionnaise Viviane Malet, et le rapport rédigé par la sénatrice réunionnaise Evelyne Corbière Naminzo, insistent sur le fait que "les Outre-mer demeurent des territoires profondément inégalitaires", estimant que "la multiplication des crises semble repousser sans cesse l'horizon du rattrapage et l'État a perdu le cap".
"Oui, les inégalités outre-mer sont systémiques", affirme le rapport, un constat partagé par la ministre des Outre-mer, Naïma Mouchou, lors de son audition. Selon la commission, cette reconnaissance constitue "une avancée conceptuelle essentielle", car elle permet d'identifier les "causes racines" des difficultés qui "enferment les Outre-mer dans un cercle vicieux de mal développement".
- À La Réunion, des écarts toujours marqués -
Premier constat pour La Réunion : la vie y est toujours plus chère que dans l'Hexagone. Entre 2010 et 2022, l'écart des prix est passé de 6,2 % à 8,9 %, alors même que les revenus restent inférieurs à ceux de l'Hexagone. Le Sénat rappelle également que le PIB par habitant demeure inférieur à 70 % de la moyenne nationale dans la plupart des Outre-mer.

Les inégalités touchent aussi l'école. Le rapport souligne que 14 % des jeunes Réunionnais sont en situation d'illettrisme lors de la Journée défense et citoyenneté, soit plus du double du niveau observé dans l'Hexagone. 30 % des jeunes de 17 ans à La Réunion présentent par ailleurs des difficultés de lecture.
Pour la commission, ces difficultés scolaires alimentent ensuite les inégalités sociales et professionnelles tout au long de la vie.
Santé : des indicateurs qui restent alarmants.
"Dans les territoires ultramarins, la part des jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET) s’établit aussi à des niveaux très supérieurs à ceux observés dans l’Hexagone. Cette situation fragilise durablement les trajectoires individuelles et accroît les risques de reproduction des inégalités à l’âge adulte", note le rapport.
A La Réunion, ce sont 29% des jeunes de 15 à 29 ans qui n'ont ni emploi, ni formation.

- Un accès à la santé inégalitaire -
À La Réunion, 37,7 % des personnes âgées de plus de 65 ans vivent par ailleurs avec des incapacités liées à leur état de santé, contre 35,6 % dans l'Hexagone.
La mortalité infantile reste également nettement supérieure, avec 6,1 décès pour mille naissances en 2023 contre 3,7 dans l'Hexagone.
Le rapport évoque également une forte prévalence des maladies chroniques, notamment du diabète, ainsi que des difficultés importantes en matière de santé mentale.
Face à cette situation, la commission réclame une véritable stratégie nationale de santé pour les outre-mer, un plan spécifique contre le diabète et la garantie que toutes les spécialités médicales, notamment en psychiatrie, soient accessibles dans chaque territoire.

- Une pauvreté qui demeure massive -
Le taux de pauvreté atteint 36 % à La Réunion, contre 14,4 % dans l'Hexagone. Les sénateurs soulignent que les sociétés ultramarines sont plus inégalitaires que l'Hexagone, avec des indices de Gini (indicateur synthétique permettant de rendre compte du niveau d'inégalité ; ndlr) comparables à "la République démocratique du Congo ou le Brésil".
Ils observent dans le même temps une forte progression du patrimoine des ménages les plus aisés, le montant de l'impôt sur la fortune immobilière ayant augmenté de 45 % à La Réunion depuis 2018.

La lutte contre la vie chère constitue donc l'une des principales priorités du rapport. Le Sénat recommande de renforcer durablement le contrôle des prix et des marges, d'associer tous les acteurs de la chaîne logistique aux négociations annuelles du Bouclier qualité-prix, d'étendre celui-ci à davantage de services essentiels et de créer un tarif social pour Internet.
Les sénateurs proposent également une revalorisation de la prime d'activité proportionnelle au surcoût de la vie dans chaque territoire, afin de mieux protéger les travailleurs modestes.
Cependant, la convergence économique "ne progresse plus ou peu depuis 15 ans", notent-ils. "De même, l’indicateur de développement humain (IDH) n’a que peu augmenté dans les outre-mer et ne semble pas permettre de rattraper le niveau de développement de l’ensemble de la France."
De plus, "les inégalités se reproduisent de génération en génération", indiquent les sénateurs. "Collectivement et individuellement, il est très difficile d’échapper au cercle vicieux de l’assignation sociale, encore plus puissante outre-mer. La pauvreté s’hérite, ce qui est d’autant plus alarmant lorsque l’on sait que la proportion d’enfants pauvres dépasse 60 % en Guyane et atteint des niveaux encore plus élevés à Mayotte."
Le rapport met aussi en lumière une problématique particulièrement sensible sur l'île : le foncier. Selon les travaux cités par la commission, près de 20 % de la surface cadastrale réunionnaise serait concernée par des "situations d'indivision", c'est-à-dire une ituation dans laquelle deux ou plusieurs personnes sont propriétaires du même terrain.
Pour les sénateurs, cette situation constitue un frein majeur au développement économique et à la transmission du patrimoine.
Ils proposent l'adoption d'une loi spéciale sur le foncier outre-mer afin de résorber ces situations d'ici 2040. "Le désordre foncier prive de très nombreux ultramarins d'un patrimoine et du droit d'en disposer librement", souligne le rapport.
- Faire de la jeunesse une priorité -
Le rapport estime que l'égalité réelle passera d'abord par les jeunes générations. Les sénateurs souhaitent généraliser les repas scolaires à moins d'un euro, développer les petits-déjeuners à l'école, renforcer les structures d'accueil de la petite enfance, soutenir la parentalité, favoriser l'enseignement bilingue en langues régionales et lutter autrement contre l'illettrisme.
À La Réunion, où le créole est largement parlé au quotidien, la commission propose de développer massivement les dispositifs bilingues. Elle estime que les méthodes actuelles ne sont pas adaptées.
Comme le rappelle Evelyne Corbière Naminzo : "Pour nous, le français n'est ni une langue étrangère ni notre langue maternelle."
Les sénateurs souhaitent également faciliter les études supérieures, limiter les effets de la mobilité forcée vers l'Hexagone, créer des concours à affectation locale et mettre en place un dispositif spécifique d'insertion professionnelle pour les jeunes ultramarins.
- Changer la gouvernance des Outre-mer -
Le rapport critique enfin le fonctionnement même de l'État. Selon les sénateurs, les Outre-mer restent trop souvent traités en marge des politiques nationales. Ils dénoncent un pilotage excessivement centralisé, des contrats de convergence peu évalués et une succession de plans sans véritable suivi.
Ils proposent donc de placer le ministre chargé des Outre-mer directement auprès du Premier ministre, de transformer la Direction générale des outre-mer en un Secrétariat général et d'engager, dès 2027, une grande loi d'orientation et de programmation couvrant la période 2028-2041.
Au total, la commission formule 63 recommandations. "Le rattrapage ne peut pas être le seul horizon", écrivent les sénateurs.
L'enjeu est désormais de construire "une égalité ambitieuse" capable de rompre avec "le cercle vicieux du mal développement" qui touche encore des territoires comme La Réunion.
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Des elus comme Virapoullé resté 40 ans au pouvoir.
Quel bilan ? Zéro calebasse.