L'année dernière, la Caisse d'allocations familiales (Caf) a traité plus de 22.000 pensions alimentaires et a permis le recouvrement de 10,54 millions d'euros au bénéfice des familles. À La Réunion, des parents isolés continuent pourtant à faire face aux impayés. C'est le cas d'Angélique*, qui se bat depuis plusieurs années pour obtenir la pension due à son fils. (Photo Richard Bouhet / www.imazpress.com)
En 2025, 22.055 pensions alimentaires ont été traitées à La Réunion, soit une hausse de 19 % par rapport à l'année précédente. À travers l'Agence de recouvrement et d'intermédiation des pensions alimentaires (Aripa), la Caf a sécurisé le versement de plus de 10,54 millions d'euros au bénéfice des familles, dont 6,23 millions d'euros récupérés au titre des pensions impayées.
- "Il paye un mois sur cinq" -
Derrière ces chiffres se cachent pourtant des situations humaines parfois éprouvantes. Celle d'Angélique*, 47 ans, en est un exemple. Après treize années de violences conjugales, cette mère de famille pensait pouvoir reconstruire sa vie avec son fils. Mais depuis son divorce, elle fait face à un autre combat : celui du non-paiement de la pension alimentaire.
"La séparation a été très difficile pour moi comme pour mon enfant. Le père est parti vivre à l'étranger juste après la séparation sans prendre de nouvelles de son enfant", raconte-t-elle. Étrangère installée à La Réunion, elle découvre alors un système juridique qu'elle ne connaît pas. "Je ne suis pas française, donc je n'y connaissais rien aux lois. J'ai dû faire mes propres recherches."
Orientée vers une association puis vers un avocat commis d'office, elle obtient un jugement cinq mois plus tard. Le divorce est prononcé, la garde de son fils lui est confiée et une pension alimentaire est fixée à 100 euros par mois. Une somme qu'elle juge dérisoire.
"Je trouve cela injuste. Il gagne entre 7.000 et 8.000 euros par mois. Mais comme tous ses revenus sont à l'étranger et qu'il ne paie pas d'impôts en France, la justice n'a rien trouvé sur ses revenus."
- 12 plaintes déposées pour non-paiement de pension alimentaire -
Pendant quelques semaines, Angélique* espère que la décision de justice sera respectée. Trois mois plus tard, le père reprend contact avec son enfant. "Il paie selon ses envies. Un mois sur deux." Puis les versements cessent à nouveau. La mère de famille dépose une première plainte. Sans résultat.
"Au total, j'ai porté plainte douze fois pour non-paiement de pension alimentaire", elle déplore. Elle sollicite également le juge aux affaires familiales mais se fait dire que "sans le principal intéressé, difficile d'aller plus loin pour la justice". Aujourd'hui encore, la pension n'est versée qu'épisodiquement, "un mois sur cinq", nous confie Angélique*.
Pour cette habitante de l'est de l'île, les difficultés financières s'accumulent rapidement. Pendant plusieurs mois, Angélique* attend que sa demande d'Allocation de soutien familial (ASF) soit instruite par la Caf. "Le traitement a pris neuf mois. Entre-temps, mon contrat de travail n'a pas été renouvelé. Je me suis retrouvée sans ressources, avec seulement 27 euros d'allocation familiale versés par la Caf. Mon enfant et moi avons survécu grâce à la Croix-Rouge."
Lorsque l'ASF est finalement accordée, la situation d'Angélique* se stabilise un peu, mais les impayés, eux, continuent. "Il y a certainement plusieurs milliers d'euros de pension alimentaire dans la nature que je ne récupérerai jamais", se désole la maman, obligée de calculer chaque dépense. "Cent euros de pension alimentaire, ce n'est rien quand il faut payer les activités extrascolaires, les sorties, les vêtements et tout ce dont un enfant a besoin... Pour que mon enfant ne manque de rien, je saute des repas. Je récupère des vêtements et des chaussures pour moi. Aujourd'hui, je me prive au maximum." Malgré la séparation, elle rappelle une évidence : "le divorce ne libère pas des obligations parentales."
- La Caf accompagne les parents séparés -
À La Réunion, la Caf, via l'Aripa a pour mission d'accompagner les parents séparés afin de s'assurer du bon versement des pensions alimentaires. La Caisse est aussi chargée de prévenir les impayés et préserver "l'intérêt supérieur de l'enfant". Depuis le 1er janvier 2023, lorsque la pension alimentaire est fixée par une décision de justice, l'Aripa devient automatiquement intermédiaire financier, sauf opposition des deux parents ou décision contraire du juge.
Concrètement, le parent débiteur verse la pension à l'Aripa, qui la reverse ensuite au parent créancier. Selon la Caf, ce système permet notamment de "garantir un versement régulier des pensions alimentaires, prévenir et traiter les impayés ou encore limiter les tensions entre les parents.
En cas de violences conjugales, cette intermédiation est obligatoire, afin de mieux protéger le parent victime.
- L'Allocation de soutien familial en cas d'impayé -
Lorsque la pension alimentaire n'est pas versée, ou seulement de manière partielle, le parent qui élève seul son enfant peut bénéficier, sous certaines conditions, de l'ASF. Cette aide est versée sans condition de ressources. Lorsqu'elle est attribuée en raison d'un impayé, la Caf engage ensuite les démarches de recouvrement auprès du parent débiteur par l'intermédiaire de l'Aripa.
Au 31 décembre 2025, la Caf a engagé, toujours à travers l'Aripa, 2.656 procédures de recouvrement, soit un taux de recouvrement de 80%.
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* prénom d'emprunt
