Destruction de la maison des Futol à la Pointe au Sel : le Conservatoire du littoral insiste sur la situation irrégulière des habitants

  • Publié le 18 juillet 2026 à 10:50
  • Actualisé le 18 juillet 2026 à 10:56
Pointe au sel

(Actualisé) Le mercredi 8 juillet 2026 dernier, la maison des Futol à la Pointe au Sel à Saint-Leu a été détruite par le Conservatoire du littoral. Le maire Karim Juhoor, a annoncé qu’une plainte sera déposée "afin que la justice puisse déterminer si des infractions ont été commises et si les droits des habitants ont été méconnus". Le Conservatoire quant à lui, justifie son acte en affirmant que les habitants n'avaient aucun justificatif de propriété (Photo d'illustration : Richard Bouhet / www.imazpress.com)

"C'est un acte incompréhensible et injustifié" pour le maire de Saint-Leu, Karim Juhoor, qui a engagé une démarche judiciaire visant à permettre un examen indépendant des faits dans le respect des procédures de l'État de droit. "Les habitants de la Pointe au Sel ont le droit de connaître la vérité. Les Réunionnais ont le droit de savoir si les procédures administratives et les décisions prises à leur encontre ont respecté les lois de la République, les principes du contradictoire, les droits de la défense et le principe d’égalité devant la loi", souligne-t-il.

Dans un communiqué, le Conservatoire a de son côté répondu aux allégations en rappelant ses missions. "Il est du rôle du Conservatoire du littoral de faire vivre ce travail collectif et c’est sa volonté de développer une démarche partenariale, notamment avec la commune de Saint-Leu pour le site de la Pointe au Sel et pour les autres sites de la commune. C’est le message que le Directeur du Conservatoire, Philippe Van de Maele, a souhaité transmettre au maire de Saint-Leu, Karim Juhoor, lors d’un échange téléphonique le 15 juillet dernier", affirme le Conservatoire.

- Des habitants en situation irrégulière -

Comme sur de nombreux autres sites en France, existent des "désordres fonciers" liés à des autorisations verbales et/ou des constructions illicites. "Ainsi, à la Pointe au Sel, certaines parcelles supportaient des constructions n’ayant fait l’objet d’aucun titre d’occupation de la part des précédents propriétaires des terrains", affirme le Conservatoire.

Selon lui, la majorité de ces occupations sans titre ont été traitées progressivement au cours des 20 dernières années, par voie amiable ou contentieuse, soit une dizaine d’occupations : les salines ont pu ainsi être remises en service, le Musée du Sel créé et les espaces naturels adjacents renaturés. "En 2025, il restait deux maisons occupées sans titre sur le domaine public du Conservatoire du littoral", précise-t-il.

Une décision précipitée de la part du Conservatoire du littoral a conduit au démarrage, le 8 juillet dernier, des travaux de démolition d’une de ces maisons, préalablement libérée le 30 juin dernier par son occupant.

- Quinze années de dialogue pour rechercher une solution amiable -

Pour Perceval Gaillard, député de La Réunion, cette décision a mis en danger la vie des habitants de la maison : "Non informés et sans solution de relogement pour les personnes concernées, la commune conteste la légalité de la destruction ordonnée par le Conservatoire", disent-ils. "Posé comme un principe fondateur du Conservatoire du Littoral : protéger n'est pas déposséder. La population et ses représentants doivent être associés à la protection".

Cependant, d'après le Conservatoire, "dès 2010, lors des premiers contacts pris par le Conservatoire, la famille occupant cette maison avait pleinement conscience de n’avoir aucun justificatif de propriété en sa possession", dit-il. "Il semble qu’aucune démarche de prescription trentenaire n’ait été entreprise par la famille, ni avant, ni après l’acquisition du terrain en 2004 par le Conservatoire du littoral. Plusieurs occupants d’une même famille se sont par ailleurs succédé dans cette habitation", ajoute le Conservatoire.

Il affirme également avoir constaté "des dérives sur l’occupation du site comme l'installation d’un garage marron loué par les occupants à un garagiste et la présence d’épaves sur le site". Le Conservatoire dit avoir "entrepris des négociations à l’amiable avec les occupants pour résorber ces dérives et organiser leur départ".

En 2011, une autorisation d’occupation temporaire d’un aurait été délivrée par le Conservatoire aux occupants, "dans l’attente de la démolition qui devait intervenir en 2012 et qui a fait l’objet d’un permis de démolir délivré le 16 novembre 2012 par l’État, s’agissant d’un site classé", affirme-t-il.

Cependant, pour des raisons d’accompagnement social des occupants de l’époque, ils n'auraient pas pu se reloger dans le délai imparti. Le Conservatoire du littoral affirme ainsi avoir reporté le projet et avoir pris la décision de ne pas démolir l’habitation en 2012. "Dès lors, il a été convenu avec les occupants d’accorder un délai leur permettant de trouver une solution de relogement, à l’issue duquel ils devaient avertir le Conservatoire de la libération de l’habitation, ce qui n’a pas été fait", confirme-t-il.

En 2022, le Conservatoire dit avoir constaté d’une part "la présence de nouveaux occupants de la même famille et d’autre part la réalisation de travaux sans autorisation". Il serait donc intervenu pour faire cesser ces travaux et, à cette occasion, a relancé les démarches en vue de la libération des lieux avec la déconstruction du bâti.

"En novembre 2025, après de nouveaux échanges, une mise en demeure de libérer les lieux sous six mois a été effectuée. L’occupant ayant sollicité un délai supplémentaire que le Conservatoire lui a accordé, celui-ci a totalement libéré la maison occupée, de son plein gré, le 30 juin 2026", ajoute le Conservatoire.

- La maison de la Pointe au Sel n'était plus habitée -

"Le 18 juin 2026, une nouvelle demande de permis de démolir, afin d’actualiser le permis déjà obtenu en 2012, a été déposée en mairie, un permis instruit par l’État s’agissant d’un site classé. Parallèlement, un diagnostic amiante, révélé négatif, a été réalisé", précise le Conservatoire.

Selon lui, lors de son intervention ce 8 juillet 2026, "et comme cela a été constaté par commissaire de justice une semaine plus tôt, la maison n’était plus habitée ni habitable, le dernier occupant ayant récupéré des matériaux et fournitures susceptibles de réemploi (portes, fenêtres, tôles de toiture, sanitaires, clôtures, etc.)", affirme-t-il.

Ainsi l'intervention rapide aurait été effectuée "compte tenu du risque que pouvaient présenter des bâtiments ouverts et partiellement démantelés et du risque de squattage, le Conservatoire du littoral a souhaité intervenir rapidement", ajoute-t-il.

Les travaux ont été interrompus par arrêté municipal le 9 juillet 2026, le Conservatoire aurait mandaté une entreprise ce 15 juillet 2026 "afin de sécuriser le site, le rendre inaccessible et dégager sa responsabilité en cas d’accident", dit-il.

- Le maire de Saint-Leu appelle à un front républicain des parlementaires -

Dans un communiqué, et "face aux événements d’une gravité exceptionnelle survenus au quartier de la Pointe au Sel", le maire de Saint-Leu lance aujourd’hui un appel solennel à l’ensemble des parlementaires de La Réunion, mais également aux députés et sénateurs des Outre-mer, "afin que toute la lumière soit faite sur les pratiques du Conservatoire du littoral et sur leur conformité avec les principes fondamentaux de notre République".

"Cet appel dépasse les appartenances politiques. Il ne s’agit ni d’un combat partisan, ni d’une polémique locale. Il s’agit d’une exigence de vérité, de justice et de respect de l’État de droit", dit-il.

Le maire demande aux parlementaires réunionnais de se mobiliser afin d’engager toutes les démarches nécessaires : questions au Gouvernement, auditions, missions d’information ou toute autre initiative permettant d’établir les faits avec impartialité.

De leur côtés les députés ont sollicité la ministre de la transition écologique. "Madame la Ministre, la situation socio-économique de La Réunion nécessite une prise en compte de nos spécificités par les services de l'État. Le passage en force n'est pas une option. Dès lors nous vous invitons à regarder de plus près ce dossier particulier", ont-ils demandés dans un communiqué.

Le Conservatoire du littoral affirme sa volonté de travailler avec le maire de Saint-Leu pour veiller à la situation personnelle du dernier occupant de la maison démolie. "Dans l’objectif de conservation de l’histoire de la Pointe au Sel et de ses patrimoines humain, paysager et naturel, il s’agira aussi de poursuivre la restauration et la valorisation du site en concertation avec les riverains et les nombreux visiteurs, sur les voies d’accès, le stationnement notamment", conclu-t-il.

- La Pointe au Sel, un site patrimonial d’intérêt collectif, sur lequel le Conservatoire agit depuis longtemps -

Le Conservatoire du littoral intervient depuis 1980 sur le site de la Pointe au Sel. Son action concertée avec ses partenaires (Département, Commune, SPL EDDEN) a permis d’acquérir progressivement 49 hectares d’espaces naturels. Son objectif depuis plus de 50 ans, "relève de la protection et de la valorisation des littoraux des rivages français, inscrit son action dans la défense de ce bien commun qu’est le littoral naturel des presque 10 000 km de rivages d’outre-mer et hexagonaux. Sa gouvernance est profondément inscrite dans un partenariat avec les collectivités locales, car ces rivages relèvent de la volonté et de l’engagement de tous", précise le Conservatoire.

Une nécessité de conservation qu'entend Karim Juhoor, mais qui devrait se dérouler en respectant certaines limites : "la protection de notre patrimoine naturel est une mission essentielle. Mais elle ne peut jamais s’exercer au détriment du patrimoine humain, de l’histoire des familles, de la mémoire des quartiers et des droits que la République garantit à chacun de ses citoyens", dit le maire.

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2 Commentaires
Frd
Frd
58 minutes

Merci pour l article

Nou Pran Nout Pas

La pétition :

https://www.change.org/p/tribune-privil%C3%A8ge-zor%C3%A8y

HULK
HULK
1 heure

Quinze ans de dialogue pour en arriver là, on se fout du monde? Un petit peu quand même, non?