Face à une crise du logement, le conseil municipal de Saint-Paul a adopté ce jeudi 28 mai 2026 plusieurs mesures pour tenter de remettre des logements sur le marché locatif. Taxe sur les logements vacants, encadrement des meublés touristiques et future expérimentation de l’encadrement des loyers : la municipalité veut utiliser "tous les leviers" à sa disposition. (Photo photo RB/www.imazpress.com)
À Saint-Paul, la crise du logement pousse la municipalité à prendre des mesures. Réuni ce jeudi, le conseil municipal a adopté à l’unanimité plusieurs délibérations visant à favoriser le retour de logements sur le marché locatif classique, dans une commune où plus de 5.200 demandeurs de logements sociaux sont recensés. Écoutez.
Parmi les mesures votées : la fixation des taux de la taxe sur les logements vacants, l’abaissement de 120 à 90 jours de la durée maximale de location des résidences principales en meublés touristiques, mais aussi la poursuite du travail engagé autour de l’encadrement des loyers.
En ouverture du conseil municipal, le maire Emmanuel Séraphin a dénoncé "le désengagement progressif de l’État envers La Réunion et les Outre-mer", pointant notamment la baisse de la ligne budgétaire unique (LBU), principal outil de financement du logement social. "Les deux premières préoccupations des Saint-Paulois sont le logement et l’emploi", a insisté l’édile. "Deux postes budgétaires complètement sabrés par l’État avec la disparition progressive des PEC et de la LBU".
En 2 ans, la LBU a chuté de 68%, passant de 85 millions d'euros en 2024 à 78 millions en 2025. Pour 2026, l'enveloppe est prévue de s'élever à seulement 27 millions.
- Une pression immobilière de plus en plus forte -
La municipalité décrit une situation particulièrement tendue sur le territoire communal. Saint-Paul concentre à elle seule près de 10 % des demandes de logements sociaux de l’île, avec plus de 4.000 logements considérés comme sur-occupés.
Dans le même temps, la commune estime que les locations saisonnières contribuent fortement à la raréfaction des logements disponibles pour les habitants. "Saint-Paul représente près de 68 % de l’offre de locations saisonnières sur le territoire de l’Ouest", a rappelé Emmanuel Séraphin. Selon les chiffres présentés lors du conseil, près de 1.950 logements étaient proposés à la location touristique en 2024, dont environ 600 loués plus de 200 jours par an. Une grande partie concerne des T2 et T3, particulièrement recherchés par les familles, les jeunes actifs ou encore les familles monoparentales. "Autant de logements qui sortent progressivement du marché locatif", a déploré le maire.
Pour tenter d’enrayer ce phénomène, la commune devient la première de La Réunion à abaisser de 120 à 90 jours par an la durée maximale de location des résidences principales en meublés de tourisme, un levier rendu possible par la loi du 19 novembre 2024 renforçant les pouvoirs des maires en matière de régulation des locations saisonnières.
"L’objectif est de concilier développement touristique et besoin des habitants", a expliqué Emmanuel Séraphin. "Saint-Paul est une terre touristique qui rayonne, mais elle doit aussi rester une ville où les habitants peuvent continuer à vivre, travailler et se loger dignement".
- Une taxe contre les logements vacants -
Autre mesure votée : la mise en place d’une taxe sur les logements durablement vacants à compter du 1er janvier 2027. Le conseil municipal a validé un taux de 30 % de la valeur locative cadastrale la première année, puis 40 % à partir de la deuxième année. "Aujourd’hui, nous ne pouvons accepter que des logements restent vides pendant que des familles attendent des années une solution", a lancé le maire de Saint-Paul.
La commune poursuit également son travail autour de l’encadrement des loyers. Saint-Paul avait déjà été la première commune réunionnaise à candidater à cette expérimentation nationale. Le dossier doit prochainement être transmis à l’État pour une éventuelle validation ministérielle d’ici la fin de l’année 2026.
- "Utiliser tous les leviers" -
Ces différentes mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large portée par la ville de Saint-Paul depuis plusieurs années autour de la question du logement. "Derrière ces décisions, il y a une même volonté : permettre aux Réunionnaises, aux Réunionnais et aux Saint-Paulois de continuer à se loger sur le territoire", a résumé Emmanuel Séraphin.
Le maire a également salué le travail de la députée Karine Lebon sur le futur "permis de louer", un dispositif déjà existant dans l’Hexagone mais pas encore applicable dans les Outre-mer.
Alors que la baisse annoncée de la LBU inquiète fortement les collectivités et les bailleurs sociaux, la municipalité affirme vouloir désormais "se saisir de tous les leviers disponibles" pour tenter de répondre à une crise du logement qui touche de plus en plus de familles réunionnaises.
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