Trois mois après le passage de Garance sur La Réunion, les cicatrices sont toujours bien présent sur le corail réunionnais. Près de 100 hectares de récifs coralliens ont été détériorés et 40 hectares totalement détruits au moment du passage du cyclone, le 28 février 2025, selon la Réserve naturelle marine. André, plongeur amateur récupère régulièrement des déchets qui ont endommagé les récifs coralliens au Cap Lahoussaye (Photo : sly/www.imazpress.com)
"On n’a jamais vu ça", assure Bruce Cauvin, spécialiste des récifs coralliens et responsable du pôle éducation de la réserve marine à l'AFP.
"C’est la pire catastrophe écologique qu’on a connue. Les coraux de La Saline sont totalement détruits, à Saint-Leu, ils sont morts. Même le cyclone Firinga en 1989, qui avait endommagé près de 90% du récif corallien, n’avait pas fait autant de dégâts".
- "Pire catastrophe écologique" -
Au Cap Lahoussaye, André, 28 ans, vient régulièrement admirer les poissons. Il en profite pour récupérer les déchets qu’il trouve au milieu de la roche. Équipé d’une ceinture de plomb, combinaison intégrale et chausson de plongée, le jeune homme descend jusqu’à 35 mètres.
"Depuis le passage du cyclone Garance, on trouve de tout. Du bois, du plastique, des pneus, des tissus, des bidons d’huile. Tout ce qui a été emporté par les ravines. Je les ramasse pour que les poissons aient un meilleur lieu de vie", confie-t-il à l'AFP.
Après les vents violents causés par le passage du cyclone Garance, les coulées de boue ont tout emporté sur leur passage dans l’ouest et le sud de La Réunion. Y compris des morceaux de façade et des voitures.
"Il faut absolument qu’on lance une action de nettoyage pour sortir les encombrants de l’eau", lance Isabeau Jurquet, directrice de la Réserve naturelle marine de La Réunion, qui protège 40 kilomètres de linéaires côtiers à l’ouest de l’île.
D’autant que le milieu pourrait avoir du mal à se régénérer. "Les pressions liées à l’urbanisation, à l’imperméabilisation des sols et à la gestion des bassins versants sont de plus en plus nombreuses", souligne le spécialiste des coraux. "Il a fallu 10 ans après le cyclone Firinga pour que les coraux se régénèrent. Mais depuis 2018 et le passage du cyclone Fakir, rien ne s’améliore", déplore-t-il.
Lire aussi - La faune et la flore marine réunionnaise en péril après le passage du cyclone Garance
Lire aussi - Coraux à La Réunion : agir avant qu’ils ne disparaissent
- Sensibiliser la population -
Dans l'ouest, Bruce Cauvin, le spécialiste des coraux, organise une animation avec des élèves de CM1. Au programme: recherche de branches de corail, "fabrication de sable" par frottement des coraux, jeux de rôle pour comprendre comment ils abritent les plus jeunes espèces et scénario catastrophe pour sensibiliser à la détérioration de cet écosystème.
"L’idée est de sensibiliser les plus jeunes pour qu’ils prennent conscience de l’importance de ce qu’ils ont à leurs pieds", explique-t-il.
Sur place, les douze membres de l’association "Les dalons du lagon" prennent le relais. Sa représentante, Marie-Chantal Renardière, vient "presque chaque jour sur la plage de l’Hermitage". "Je passe mon temps dans l’eau", confie celle qui alerte la Réserve naturelle marine en cas de "présence de pollution, de blanchissement des coraux ou d’activités humaines dans les sanctuaires".
En parallèle, la Réserve naturelle marine multiplie les actions de sensibilisation. "Nos policiers de l’environnement interviennent du Cap Lahoussaye jusqu’à L’Étang-Salé pour faire respecter les règles", indique Isabeau Jurquet.
Lire aussi - Climat : les récifs coralliens touchés par un blanchiment intense
Lire aussi - Les poissons en danger à La Réunion : 36 espèces menacées
www.imazpress avec AFP/[email protected]
