À l’occasion de la Semaine nationale de la santé sexuelle, qui a lieu du 1er au 7 juin 2026, nous nous sommes entretenus avec l’Association réunionnaise de prévention des risques liés à la santé et aux harcèlements (ARPSH). Sur le terrain, les acteurs de la prévention observent une banalisation du VIH, notamment chez les jeunes, alors même que les contaminations restent bien réelles (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
"Sur le terrain, j'ai observé une sorte de banalisation du VIH", constate Jason Imache, coordonnateur de projets au sein de l'ARPSH. Une tendance qui inquiète les professionnels de la prévention, à l'heure où la santé sexuelle fait l'objet d'une semaine nationale de sensibilisation. Cette année, l'association réunionnaise a choisi de mettre particulièrement l'accent sur le VIH et les comportements à risque.
Selon lui, cette banalisation touche plusieurs générations. Chez les plus jeunes d'abord, où les comportements à risque semblent de plus en plus fréquents. "Les jeunes ne se protègent pas et prennent des risques", explique-t-il.
En cause notamment : l'arrivée dans l'île du chemsex, une pratique consistant à avoir des rapports sexuels sous l’emprise de drogues ou de substances comme l’alcool ou le zamal. "Là, ils oublient de se protéger. Il y a de la violence, il n’y a plus de consentement, plus rien", alerte Jason Imache. Les jeunes femmes seraient particulièrement exposées dans ces contextes.
- "Les gens pensent que ça n'existe plus" -
Du côté des générations plus âgées, le constat est différent mais tout aussi préoccupant. "Ceux qui ont connu l’arrivée du VIH à La Réunion pensent parfois que ça n’existe plus puisqu’on n’en parle plus", observe Jason Imache. Certains imaginent qu’un vaccin existe désormais ou que les traitements actuels suffisent à régler le problème. "Alors oui, il existe des traitements, mais ce sont des traitements lourds et très contraignants. Les gens prennent ça beaucoup trop à la légère".
Dans la rue, les témoignages des passants confirment ce constat d'un VIH devenu moins visible dans le débat public. Beaucoup évoquent une baisse des campagnes de prévention et une forme de relâchement, notamment chez les jeunes. "Aujourd'hui, j'ai l'impression que cette peur a diminué. Ce n'est pas forcément que c'est devenu banal, mais plutôt qu'on n'en parle plus beaucoup", estime Louna, 24 ans. Georgina, 53 ans "ne pense pas que le virus soit devenu banal, c'est juste que les gens n'en parlent pas. Certains ont peur du VIH... ça peut être un sujet tabou".
Chez les plus jeunes, certains disent pourtant rester inquiets face au virus. "J’ai peur du VIH, c’est mon trauma de l’avoir", confie Tigane, 17 ans, qui estime toutefois qu'il existe "une forme de banalisation du virus comme s'il s’était intégré dans la société".
- La sensibilisation et la prévention restent nécessaires -
Plusieurs interrogés pointent surtout un manque de prévention régulière, notamment dans les établissements scolaires. "On entend parler des IST seulement pendant les campagnes de prévention", regrette Florian, 23 ans. "Il faudrait que ce soit plus fréquent, surtout pour les jeunes". Même constat pour Marie-Laure, 43 ans : "Il faut remettre ce sujet sur le tapis pour les jeunes d'aujourd'hui, sinon on n'en parlera plus du tout. Et ça doit commencer à la maison".
D’autres estiment que les traitements actuels ont contribué à modifier le regard porté sur le VIH. "Certaines personnes ont l’impression que, puisque les traitements existent aujourd’hui, le VIH est moins grave qu’avant", observe Anne-Laure, 23 ans. "Certains minimisent les risques mais la majorité en a quand même conscience", pense Tigane. "La plupart des gens que je connais utilisent le préservatif afin d’éviter ce genre de galère. Car même si un traitement existe, autant éviter de l’avoir".
Pour Marie-Laure, le sujet a progressivement disparu des discussions publiques : "Avant, quand j'étais au collège, on faisait énormément de prévention pour faire peur aux gens. Aujourd’hui, on parle davantage du diabète ou du cancer du sein que du VIH". Un avis partagé par Florian : "La plupart du temps, on voit surtout quelques affiches chez le médecin ou dans les salles d’attente, mais le sujet reste assez peu abordé au quotidien".
Tous soulignent néanmoins l’importance de continuer à informer sur les modes de transmission, le dépistage et les outils de prévention. "Le risque zéro n’existe jamais totalement", rappelle Anne-Laure.
Car si les avancées médicales ont profondément changé la prise en charge du VIH, le virus circule toujours. Aujourd’hui, plusieurs dispositifs permettent de réduire les risques de transmission. Parmi eux, la PrEP, orale ou injectable, un traitement préventif destiné aux personnes séronégatives exposées au risque de contamination, ou encore le TasP, qui permet à une personne vivant avec le VIH de rendre sa charge virale indétectable et donc intransmissible grâce au traitement. Il existe également le TPE, un traitement post-exposition à prendre en urgence après une prise de risque.
Mais pour les acteurs de terrain, ces progrès ne doivent pas faire oublier l’essentiel : "Le meilleur moyen de se protéger reste le préservatif", insiste Jason Imache. D’autant que les traitements liés au VIH ne protègent pas des autres infections sexuellement transmissibles. "Quand on ne se protège pas, on se met en danger et on met aussi les autres en danger. C’est une question de santé publique".
- Une hausse des cas observée en 2025 -
L’ARPSH note par ailleurs une augmentation des personnes dépistées positives en 2025. "Soit notre travail de sensibilisation fonctionne et davantage de personnes se font dépister, soit il y a réellement une hausse des contaminations", s’interroge le coordonnateur de projets.
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Plusieurs dispositifs existent pourtant pour faciliter l’accès à la prévention. Les préservatifs sont gratuits en pharmacie pour les moins de 25 ans et peuvent être prescrits par un médecin, et donc être totalement remboursés, au-delà de cet âge. Le dépistage sans ordonnance est également possible grâce au dispositif "Mon test IST". "Le problème aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’accès aux soins, c’est aussi le manque de visibilité et de connaissance des dispositifs existants", estime Jason Imache.
Après plusieurs mois d’attente, la création récente de la Coordination régionale de la santé sexuelle (CoReSS) doit justement permettre de renforcer la coordination entre les différents acteurs de la prévention et de la sensibilisation sur l’île.
Malgré les progrès médicaux, les associations rappellent donc un message simple : le VIH n’a pas disparu. Et face à ce virus, la prévention, le dépistage et l’information restent plus que jamais essentiels.
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