VIH : un nouveau traitement préventif est arrivé en France, un espoir aussi pour La Réunion

  • Publié le 3 avril 2026 à 05:00
vaccination ADPE

Et si la prévention contre le VIH passait par une simple injection tous les deux mois ? Avec l’arrivée en France de l’Apretude, premier traitement préventif injectable contre le virus, la lutte contre l’épidémie pourrait franchir un cap. Une avancée qui concerne aussi La Réunion, où les efforts de dépistage s’intensifient. (Photo Richard Bouhet / www.imazpress.com)

Depuis fin février, un traitement préventif injectable, l'Apretude, à base de cabotegravir, est désormais autorisé à la commercialisation en France. Un traitement remboursé à 100 % par l’Assurance maladie, en raison de son coût élevé et de son intérêt en santé publique.

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Très attendu par les associations et les professionnels de santé, ce médicament pourrait renforcer les outils de prévention, y compris à La Réunion, où le dépistage progresse mais où les découvertes de séropositivité restent en hausse.

Selon Santé Publique France, "en 2024, le taux de sérologie VIH effectuées à La Réunion est de 192/1.000 habitants, un niveau supérieur à celui de l'Hexagone". D'après les estimations, environ 206 personnes vivraient avec le VIH sans connaître leur séropositivité sur l’île.

- Une injection tous les deux mois - 

Jusqu’à présent, la prévention reposait principalement sur la PrEP, un traitement pris sous forme de comprimés. Mais ce dispositif nécessite une prise régulière, parfois quotidienne, ce qui peut entraîner des oublis ou un abandon du traitement.

Avec Apretude, une injection tous les deux mois suffit pour protéger les personnes séronégatives exposées au virus. Pour le Dr Emilie Mosnier, infectiologue au CHU de La Réunion, cette nouvelle option représente un véritable progrès. "L'arrivée de la PrEP injectable permet de protéger sur une durée relativement longue, sans avoir de comprimé à prendre tous les jours", elle explique. "C'est intéressant pour éviter la stigmatisation liée au fait de prendre des cachets".

La spécialiste insiste toutefois sur un point : ce traitement ne guérit pas le VIH et ne constitue pas un vaccin. Le traitement est destiné aux personnes qui ne sont pas infectées mais qui présentent un risque d’exposition. Son principal avantage repose sur l’observance, c’est-à-dire la capacité à suivre correctement un traitement dans le temps.

Autre avantage, la diversité des solutions proposées aux patients. "C’est un nouvel outil de prévention. L’idée est d’avoir plusieurs options pour s’adapter aux besoins de chacun", précise le Dr Mosnier.

- Comment accéder à ce nouveau traitement ? -

À La Réunion, les protocoles sont déjà prêts. Le traitement sera proposé dans les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic, les CeGIDD. "Les personnes intéressées peuvent venir directement dans les CeGIDD pour faire le point. Les consultations sont gratuites", indique l’infectiologue.

Le traitement doit être initié par un spécialiste et nécessite plusieurs vérifications, notamment s’assurer que la personne est bien séronégative. Cependant certaines limites et contrindications existent. La Haute Autorité de Santé ne recommande pas ce traitement aux femmes en âge d’avoir un enfant, en raison d’un risque potentiel pour le fœtus. 

Les trois CeGIDD de l’île, au CHU Sud, au CHU Nord et au CHOR, devraient prochainement disposer des premières doses. "Les commandes sont arrivées à La Réunion la semaine dernière et nous devrions recevoir les doses rapidement", précise le Dr Mosnier. "Nous sommes dans le même calendrier que l’Hexagone, à quelques jours près". 

La PrEP orale reste toutefois largement utilisée. "Elle fonctionne très bien et peut être prescrite par tous les médecins généralistes", rappelle la spécialiste.

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Pour les associations engagées dans la lutte contre le VIH, l’arrivée de ce traitement injectable représente une avancée importante. Elle pourrait notamment bénéficier aux personnes pour lesquelles la prise quotidienne d’un médicament est difficile.

- Un accueil mitigé sur le terrain -

Selon Jason Imache, chef de projet et animateur prévention au sein de l’Association Réunionnaise de Prévention des Risques liés à la Santé et aux Harcèlements (ARPSH), ce traitement concernera principalement les publics les plus exposés au risque de VIH, comme les travailleur.euse.s du sexe, les personnes ayant une activité sexuelle multipartenariale, les HSH (les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) ou encore les personnes transgenres.

Mais sur le terrain, l’accueil reste mitigé. "Certains sont intéressés, mais beaucoup restent frileux à l’idée d’une injection. Depuis le Covid, il y a parfois des inquiétudes sur les doses ou les effets secondaires", observe-t-il. Il rappelle également que ce traitement ne protège pas contre les autres infections sexuellement transmissibles, d'où l’importance de maintenir les autres moyens de prévention.

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- Une situation qui reste préoccupante à La Réunion -

Malgré la progression du dépistage, les professionnels de santé restent vigilants face à l’évolution de l’épidémie sur l’île. "On observe une augmentation du nombre de cas nouvellement dépistés", souligne le Dr Mosnier.

"Cela concerne notamment les jeunes, chez qui le niveau de connaissance et de protection semble en baisse". Le tourisme sexuel vers Madagascar pourrait également jouer un rôle dans cette dynamique. Si l’augmentation du dépistage est une bonne nouvelle, elle révèle aussi que le virus continue de circuler activement dans le territoire.

- Un avenir prometteur -

La recherche continue par ailleurs d’avancer. Un autre traitement préventif, le lenacapavir, actuellement en développement, pourrait, à terme, nécessiter seulement deux injections par an. Des génériques pourraient être distribués dans plus de 100 pays à partir de 2027, ce qui transformerait la prévention du VIH à l'échelle mondiale.

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"Ce médicament pourrait tout changer", estime le Dr Mosnier. Mais son déploiement dépend encore de négociations sur son prix, notamment au niveau européen et national.

En attendant, l'arrivée de l'Apretude marque déjà une étape importante dans la lutte contre l'épidémie, plus que quarante ans après l'apparition du virus.

vg / www.imazpress.com / [email protected]

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