Assises : Abraham Bomela continue d'assumer les assassinats et affirme qu'il recommencerait "si c'était à refaire"

  • Publié le 19 février 2026 à 06:22
salle de la cour assises , tribunal

Troisième journée du procès d'Abraham Bomela à la cour d'assises ce mercredi 18 février 2026. Le Possessionnais est accusé de l'assassinat de sa propre mère, de sa cousine de 5 ans et d'un agent d'entretien. Il est aussi poursuivi pour huit tentatives d'assassinats dans plusieurs lieux différents de La Possession. Comme depuis le début du procès lundi, l'accusé reconnaît tous les faits, il les assume et que si cela était à refaire, il recommencerait (Photo : Sly/www.imazpress.com)

Mardi, la deuxième journée d'audience s'était terminée par l'audition d'un joggeur et d'un scootériste qu'Abraham Bomela a délibérément percuté sur la route du chemin Bœuf-Mort le samedi 28 octobre 2023. Il venait de poignarder mortellement sa mère et sa petite cousine avant de prendre la fuite au volant de sa voiture.

Lire aussi - Poursuivi pour trois assassinats, Abraham Bomela affirme avoir tué pour "ne pas devenir pédophile"

La matinée de mercredi, cette nouvelle journée d'audience a été consacrée aux dépositions des autres victimes, celles de personnes percutées sur le parking d'une grande surface du centre-ville de la Possession et d'un motard renversé au rond-point situé à proximité. 

- "ll a volontairement roulé sur les jambes de la victime" -

Les faits sont détaillés à l'audience. Après avoir percuté deux personnes sur le chemin bœuf-mort, Abraham Bomela continue son périple. Il pénètre sur le parking du supermarché Leclerc et fonce sur deux personnes en train de s'échanger des plantes.

La scène est filmée par les caméras de vidéosurveillance de la grande surface et visionnée par la Cour.

Sur la vidéo, on voit clairement deux hommes discuter tranquillement à côté d'une Peugeot 307. On aperçoit alors la Twingo blanche d'Abraham Bomela entrer sur le parking et foncer directement sur les deux hommes pour les écraser par derrière. "Je n'ai rien compris", expliquait, mardi en fin d'après-midi, l'une des deux victimes.

"Il y a eu un black-out et ensuite je me suis réveillé, il y avait plein de monde autour de moi", raconte-t-il à la Cour.

La seconde victime, moins sérieusement touchée, a relaté la scène avec plus de précision. "Nous étions dans notre bulle. Je regardais les fleurs, à l'arrière du véhicule, que je voulais acheter. Et, à un moment, j'ai été projeté en l'air sur plusieurs mètres".

Le choc est très violent. "La voiture a calé", précise la victime. L'accusé a "essayé de redémarrer et des personnes qui avaient tout vu se dirigeaient vers lui" ajoute l'homme.

Abraham Bomela "a réussi à redémarrer et ensuite il a volontairement roulé sur les jambes de l'autre victime. Il a fait déraper la voiture tellement il roulait vite avant de sortir du parking et de se diriger vers le rond-point".

- Abraham Bomela "semblait possédé"-

Lorsque la Présidente demande à l'homme ce qu'il attend de ce procès et de l'accusé, il répond. "Il n'y a rien à attendre de lui. Il est frustré mais il ne regrette rien. Il faut juste le mettre à l'écart".

Le récit du périple meurtrier se poursuit devant la Cour. L'accusé arrive sur le rond-point, il aperçoit une moto qui s'engage. Encore une fois, il fonce dessus et la percute.

C'est par pur réflexe que le pilote parvient à éviter de se faire broyer la jambe.

Un témoin décrit : "il avait le regard vide. Il regardait droit devant lui. Je ne suis même pas certain qu'il m'ait vu. C'est quand il a pris conscience que sa voiture n'avançait plus qu'il est rentré dans l'agence. Il ne semblait pas lui-même. Il semblait possédé".

Lire aussi - La Possession : l'individu interpellé et placé en garde à vue, trois personnes décédées

- L'agent d'entretien mortellement poignardé remplaçait un collègue - 

Abraham Bomela entre ensuite dans l'agence du Crédit Agricole qui jouxte le rond-point. C'est là que travaille, celui qui devient sa troisième victime : un agent d'entretien.

Âgé de 54 ans, le travailleur est en CDI depuis à peine six mois. Mais surtout, il ne devait pas travailler ce jour-là. Il s'est dévoué pour remplacer un collègue malade. Encore une fois, les vidéosurveillances de l'agence montrent la totalité des faits.

L'accusé entre dans la banque et poursuit l'agent d'entretien. Il arrive à le rattraper. Il le poignarde à mort.

Abraham Bomela s'est rendu compte que les gendarmes étaient arrivés sur les lieux et qu'ils étaient prêts à intervenir. Il traîne le corps de la victime pour bloquer la porte de l'agence bancaire et ralentir la progression des forces de l'ordre. Il répand le contenu d'un extincteur sur le sol pour les faire glisser. 

Un gendarme est grièvement blessé lors de l'intervention.

- "Je sais que si je tombe, je suis mort-

Ce mercredi, le militaire du GIGN (groupement d'intervention de la gendarmerie nationale) décrit à la Cour, les circonstances de l'interpellation et de ses blessures. "Après avoir lancé la grenade, on est entré. J'étais le premier et je portais le bouclier. Il était très lourd. La pièce était assez petite et plongée dans le noir. Je jette le bouclier et je me baisse. C'est là qu'il me plante", explique le gendarme d'élite.

"Je me rattrape. Je sais que si je tombe, je suis mort. Je parviens à lui saisir la main alors que plusieurs de mes collègues l'attrapent. Tout cela est très rapide. Cela dure quelques secondes", enchaîne le militaire.

"C'était impossible de lui faire lâcher le couteau. J'arrive à m'en saisir et à le jeter. Enfin, mes camarades réussissent à le maîtriser. Même le taser n'a pas permis de le contrôler", souligne-t-il.

Touché à trois reprises à la cuisse avec le sectionnement du nerf sciatique, le militaire est hospitalisé en urgence et subira de nombreuses opérations.

Durant des mois, il devra se rééduquer. Le légiste qui l'a examiné explique à la Cour : "La section du nerf sciatique est définitive. Si l'on doit faire une comparaison, c'est comme s'il avait subi une amputation, mais le membre est toujours présent. Seulement, il n'a plus aucune réaction".

Malgré ce diagnostic très pessimiste, le militaire de 35 ans, a, non seulement pu courir dans la dernière Mascareignes, et il est parvenu à être réintégré dans son unité comme un opérateur totalement opérationnel. "Je ne voulais pas qu'il gagne. C'est moi qui déciderai quand je m'arrêterai", lance le militaire.

- "J'ai vu l'homme, alors j'ai voulu le tuer"

Comme mardi, la Présidente a interrogé Abraham Bomela sur ces faits. Et encore une fois, il reconnaît tout, accepte tout et affirme que si cela était à refaire, il recommencerait.

Sa voix est toujours dépourvue de toute émotion.

Lorsque la Présidente lui demande pourquoi il n'a pas quitté le parking en marche arrière après l'agression des victimes, il rétorque détaché : "cela ne se fait pas de rouler en marche arrière. Surtout sur un parking".

La Présidente lui demande pourquoi il est allé dans l'agence bancaire. Il détaille froidement : "ma voiture ne roule plus. Et j'ai vu l'homme. Alors j'ai voulu le tuer". 

- "Je n'ai pas péché, enfin pas trop" - 

Durant presque deux heures, il est interrogé. À une question concernant ses actes et le rapport avec Dieu, il constate. "je sais qu'il y a Dieu, je sais que je n'ai pas péché. Enfin pas trop".

Il redit qu'il n'avait pas le choix. Il devait tuer sa petite cousine "pour ne pas être pédophile".

Mardi, il a relaté : "j'ai vu le père amener sa fille (la cousine de l'accusé – ndlr) à la maison de ma mère" relate le mis en cause. Sa mère avait l'habitude de garder l'enfant pendant que ses parents travaillaient.

"Je n'aimais pas cela car elle me provoquait pour me rendre pédophile" avait lancé l'accusé d'une voix calme et dénuée d'émotion en parlant de la jeune victime.

"Je me méfiais de la petite. Je ne voulais pas passer à l'acte sexuel alors je l'ai tuée", avait déclaré l'accusé avec le même détachement.

"Je préfère être un assassin qu'un pédophile" avait-il ajouté, reconnaissant avoir porté plusieurs coups de couteau à l'enfant.

Pour les autres victimes, c'est la colère qui le pousse. "Je n'avais pas le choix", martèle-t-il depuis sa garde à vue et jusqu'au procès.

- Une altération du discernement -

Après trois jours d'audience, qui ont permis d'appréhender la totalité des faits reprochés à Abraham Bomela, et leurs conséquences physiques et psychologiques sur les victimes, la journée de jeudi, la quatrième du procès, sera consacrée à l'un des points essentiels du dossier.

Abraham Bomela était-il pleinement responsable de ses actes au moment où il les a commis ? Les experts mandatés par le magistrat instructeur ont conclu, non pas, à une abolition, mais à une altération de son discernement.

Des analyses qui seront examinées par la Cour ce jeudi matin, avant que la parole soit donnée aux avocats des parties civiles pour leurs plaidoiries.

Lire aussi - Du carnage de La Possession au box des assises : Abraham Bomela jugé en février 2026 

www.imazpress.com / [email protected]

guest
0 Commentaires