(Actualisé) A partir du 7 juillet 2026, toutes les voitures construites au sein de l'Union Européenne seront équipées d'un dispositif ADDW. Ce nouveau dispositif obligatoire incorpore une caméra infrarouge dans le tableau du véhicule qui surveillera le mouvement des yeux de chaque conducteur. Lorsque ces derniers ne regarderont plus la route pendant plus de 3,5 secondes des alertes commenceront à s'activer. (Photo d'illustration : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Ces alertes vont prendre la forme de signaux lumineux, sonores, voire parfois de vibrations du siège. Pour cela, le comportement du conducteur sera analysé en temps réel. S'il détourne le regard pour observer le paysage, l'écran de son véhicule ou bien un proche, le mécanisme s'enclenchera de lui-même au-delà de 20 km/h afin de ramener le conducteur sur sa trajectoire initiale.
Le pilote ne pourra désactiver le système que temporairement. En cas de comportement jugé à risque, le dispositif ADDW (Advanced Driver Distraction Warning ou Système d'avertissement avancé de distraction du conducteur) pourra se réenclencher d'office.
"C'est une fausse bonne idée qui est imposée avec ce nouveau règlement européen. D'autant que cela va s'appliquer automatiquement pour tous les Etats sans que l'on puisse en changer une seule virgule", affirme Sulliman Omarjee, avocat en droit du numérique, associé-fondateur du cabinet Cyberlaw. En clair, la question se pose avec ce nouveau dispositif de savoir si le remède n'est pas pire que le mal.
- Des alertes jugées "envahissantes" -
A l'heure actuelle, la distraction visuelle cause de nombreux accidents. Le ministère de l'Intérieur considère ainsi que l'inattention reste "à l’origine de 24 % des accidents corporels de la route" en 2025.
Mais des spécialistes ayant pu tester l'ADDW rapportent que les signaux d'alerte ont pu conduire à des moments de surprise. Certains attestent même qu'à grande vitesse, la conduite devient difficilement supportable à cause de la récurrence assez envahissante des témoins lumineux et sonores. "C'est le véhicule qui te surveille et qui te dit comment tu devrais conduire", résume Sulliman Omarjee.
Cette problématique autour de l'ADDW n'est toutefois pas la plus critique. C'est la confidentialité des données que cette caméra enregistre et leur utilisation qui demeurent sujettes à caution. "D'après le règlement européen, les données captées doivent fonctionner en circuit fermé et ce nouveau système ne doit théoriquement pas permettre d'identification de la personne", selon l'homme de loi.
- Des failles possibles -
En se basant sur le règlement général sur la protection des données (RGPD) en place dans l'Union européenne, il est prévu que ces informations restent confidentielles, mais des failles sont toujours possibles. "La caméra opère en permanence et ces données peuvent attirer la convoitise des assureurs pour déterminer quelles seront les responsabilités de chacun en cas de sinistre" explique l'avocat.
Alors que les véhicules équipés de ce nouveau système sont déjà commercialisés, des zones d'ombre persistent. Comme par exemple l'utilisation qui sera faite des données récoltées par le constructeur, mais aussi la durée pendant laquelle ces dernières seront conservées.
"En cherchant à éviter des accidents, ce qui est une ambition louable, on a ouvert une boite de Pandore. Avec cette caméra dans la voiture, on assiste à un grignotage de la vie privée. L'habitacle peut être considéré comme un domicile."
Un domicile dans lequel s'incrusterait désormais une caméra infrarouge sans qu'un contre-pouvoir clair ou une autorité de contrôle n'ait été établie pour surveiller les actions des constructeurs automobiles. Sur le principe, l'ADDW est censé fonctionner en circuit fermé et ne pas reconnaître les visages.
Mais, dans les faits, une brèche reste toujours possible, comme une revente des informations récoltées à un tiers par exemple, tant que les textes ne seront pas précisés pour mieux encadrer les constructeurs automobiles.
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