Depuis le 20 décembre 1848, l'esclavage est aboli à La Réunion. Pourtant, ce n'est que 178 années après que les députés ont voté à l'unanimité l'abrogation du Code noir et de l'ensemble des textes ayant réglementé l'esclavage dans les colonies françaises. C'est par un vote symbolique ce jeudi 28 mai 2026, que les élus ont sorti le texte du cadre normatif français. Il aura tout de même fallu attendre autant d'années pour que la France et le gouvernement prennent la mesure de ce texte et de son impact dans les départements ultra-marins (Photo www.imazpress.com)
Les élus ultra-marins le savent, "l’abrogation formelle du Code noir, même tardive, ne réparera pas à elle seule les blessures héritées de l’Histoire. Mais elle a une portée essentielle. Elle signifie que la République reconnaît enfin explicitement qu’aucune trace juridique, même symbolique, d’un système fondé sur la déshumanisation ne peut demeurer dans notre droit", a lancé le député Jean-Hugues Ratenon.
Les 254 députés présents, issus de tous les groupes politiques ont soutenu la proposition de loi, présentée dans une journée réservée au groupe centriste Liot (Liberté, indépendants, outre-mer, territoires). Elle vise l'abrogation de ces édits royaux datant des XVIIe et XVIIIe siècles.
Ces textes faisaient notamment des personnes esclavagisées des "êtres meubles" susceptibles d'être acquis par un maître au même titre qu'un bien, ou instituaient des sanctions en cas de fuites - oreilles coupées, marquage au fer de lys, jusqu'à la peine de mort.
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- Il aura fallu attendre 178 années pour abroger le Code noir -
28 mai 2026, le Code noir est abrogé. Et pourtant, dans une République qui revendique que "tous les hommes naissent libres et égaux", pourquoi avoir attendu tout ce temps pour abroger ce texte alors que le décret de l'abolition de l'esclavage a été signé en 1848 ?
Le Code noir fait partie de ces lois obsolètes qui n’ont pas été abrogées et qui sont connues sous le nom de "fossiles législatifs". À la suite des travaux d’une mission du Sénat - dite "Balai" pour Bureau d’abrogation des lois anciennes et inutiles -, une première loi a été adoptée en 2019, puis une seconde en 2022. Elles ont permis d’abroger 163 lois adoptées entre 1800 et 1940, puis entre 1941 et 1980, devenues inutiles.
Même si, le député Philippe Ballard indiquait que "l'abroger formellement ne change rien", la méconnaissance du Code noir par les gouvernements d'Emmanuel Macron est l'exemple même que l'importance d'abroger ce texte n'avait jamais été pris en compte.
Souvenez-vous, le 14 mai 2025 - soit un an auparavant - l'ancien Premier ministre, François Bayrou disait "découvrir cette réalité juridique que j'ignorais absolument" et "j’imagine tous ceux qui sont autour de nous, que le Code noir n’a pas été aboli en 1848 comme nous le croyons, après avoir été aboli pendant la Révolution française, puis rétabli par Napoléon", avait déclaré François Bayrou.
L’esclavage a été reconnu comme crime contre l’humanité grâce à la loi dite Taubira, il y a 25 ans.
Il faudra encore attendre 2027 pour qu'un lieu de mémoire des victimes de l'esclavage soit inauguré dans les jardins du Trocadéro à Paris. Ce projet, volonté du Président de la République, entre seulement dans sa phase de réalisation. Pourtant à La Réunion l'esclavage a été aboli le 20 décembre 1848.
- Le Code noir, un texte pour encadrer la pratique de l'esclavage dans les colonies françaises d'Outre-mer -
Depuis plus de trois siècles, ce Code noir est devenu le symbole de l’esclavage dans la mémoire collective.
Le Code noir, au-delà d'un texte normatif, a marqué l'histoire de La Réunion et fait encore partie des mémoires des familles réunionnais, des descendants d'esclaves.
Ce texte et l'ensemble des textes ayant réglementé l'esclavage, édictés en 1685 par Louis XIV, faisaient des personnes esclavagisées des "êtres meubles" susceptibles d'être acquis par un maître au même titre qu'un bien, ou instituaient des sanctions en cas de fuites - oreilles coupées, marquage au fer de lys, jusqu'à la peine de mort.
"L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lys sur une épaule ; s'il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d'une fleur de lys sur l'autre épaule ; et, la troisième fois, il sera puni de mort", peut-on lire dans l’article 38.
Le Code Noir c'est 600 pages "décider qui était humain, pour légitimer violence, châtiments, mutilations, viols, séparations familiales, humiliations et exécutions", a déclaré le député Jean-Hugues Ratenon devant l'Assemblée.
"C’est un recueil de lois concernant la phase esclavagiste de la colonisation française. Il y a à la fois des textes qui régissent l’esclavage, la condition d’esclave, mais aussi le commerce des esclaves, le commerce colonial et la présence des Noirs en France", résume Frédéric Régent, maître de conférences à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
- Des réparations qui ne seront jamais totales -
Dans les Outre-mer des voix s’élèvent pour réclamer de passer "de la mémoire à la réparation", comme la députée martiniquaise Béatrice Bellay (PS) qui plaide pour une loi-cadre. Le député Philippe Naillet demande non pas des "réparations financières, mais en termes de politiques publiques", avec par exemple davantage de moyens dans l’éducation que pour l’Hexagone.
Pour Émeline K/Bidi, "le vote de l’Assemblée nationale marque une étape importante pour notre histoire, mais ne peut être réduit à un simple geste mémoriel". Écoutez.
Lors de la réception à l’Élysée pour le 25e anniversaire de la loi reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, le chef de l’État a entrouvert ce dossier, estimant que "cette immense question" ne devait pas être éludée.
Dans le même temps, il a déclaré qu’il ne fallait pas "non plus faire de fausses promesses" et n’a pas annoncé d’actions concrètes en ce sens. "Nous devons avoir l'honnêteté de nous dire qu'on ne pourra jamais réparer ce crime totalement, parce que c'est impossible", "vous ne pourrez pas un jour mettre un chiffre, mettre un mot qui viendrait donner un point final à cette histoire".
Les récents débats en commission ont souligné les héritages de l'histoire esclavagiste et coloniale française, toujours visibles à travers les inégalités persistantes entre les outre-mer et l'Hexagone.
Après son adoption, le texte devra être examiné au Sénat, mais aucune date n’a pour l’heure été fixée.
- "Blessures de l'histoire" -
Vingt-cinq ans après la loi Taubira reconnaissant la traite et l'esclavage comme crime contre l'humanité, le rapporteur Max Mathiasin (Guadeloupe) a appelé à "poser un acte puissant de mémoire, de justice et de reconnaissance", même s'il ne pourra "solder seul les blessures de l'histoire".
Ému aux larmes après le vote, il a salué "un pas supplémentaire, un hommage aux hommes et aux femmes, aux enfants mis en esclavage", enlacé par des collègues députés venus à sa rencontre au bas de l'hémicycle.
Le Code noir "n'a plus d'effet depuis longtemps mais son empreinte et son poids sont toujours là", a aussi soutenu la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, appelant à "sortir de notre droit un texte indigne".
Les débats ont largement tourné autour de l'histoire esclavagiste et coloniale française, et des effets visibles aujourd'hui à travers les inégalités persistantes entre les outre-mer et l'Hexagone, et les discriminations subies par les personnes noires.
"Que signifie abroger le Code noir en 2026 (...) si les Outre-mer continuent d'être regardés depuis Paris comme des périphéries lointaines ?", a lancé à la tribune Emeline K/Bidi.
L'écologiste Steevy Gustave a aussi ému l'hémicycle, évoquant la voix tremblante les souvenirs partagées par son "arrière-grand-mère Maman Bébelle". "Elle était la petite-fille d'Ambroise Zerambe, né en Afrique, puis réduit en esclavage sous le matricule 336. Aujourd'hui, son arrière petit-fils se tient debout devant vous, député de la République française".
Et plusieurs parlementaires ont souligné ou critiqué le fait que le débat se déroule non loin d'une statue de Jean-Baptiste Colbert, artisan principal du Code noir de 1685, érigée devant l'Assemblée.
En France, environ 4 millions de femmes, d’hommes et d’enfants ont connu l’esclavage de 1625 à 1848 dans les colonies françaises.
ma.m/www.imazpress.com avec AFP/[email protected]

Le député LFI Jean-Hugues Ratenon "Abrogeons le code noir !"
Lien de la vidéo YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=1IcrEqHky1E
@Paul Mac Watson :
Le début de l'esclavage remonte à l'Antiquité (vers 3400-3200 av. J.-C) grecque et romaine.
Dans le monde musulman, il s'étale sur une période allant du VIIe au XXIe siècle.
Informez-vous plutôt que de raconter n'importe quoi !
C'est une très bonne chose.
N'oublions cependant pas que:
Ce sont les Arabes qui ont "inventé" l'esclavage. Qui est, encore de nos jours, pratiqué sous une autre forme en particulier dans les pays du Golfe, mais pas que...
Eux-mêmes qui vendaient des escalves
Ainsi que d'autres en Afrique.
Cela ne blanchit pas évidemment ceux qui, en France, pour ne parler que d'elle, de s'être livré à ce commerce.
L'homme blanc de l'époque, avait une notion de l'humanité bien mauvaise, et surtout, un sentiment de supériorité qui, dans certains cas, subsiste encore....