Cour d'assises : poursuivi pour le meurtre d'une jeune femme, l'accusé nie mais peine à s'expliquer

  • Publié le 27 février 2026 à 02:59
  • Actualisé le 27 février 2026 à 08:05
tribunal cour d'appel

Ce jeudi 26 février 2026, avait lieu la deuxième journée du procès de Roland Gonthier devant la Cour d'assises. L'agriculteur, de bientôt 60 ans, est accusé d'avoir tué, dans la nuit du 11 au 12 février 2021, une jeune femme avec qui il venait d'avoir une petite fille, sans qu'il soit en couple. Le mis en cause continue de nier le meurtre de la victime mais peine à s'expliquer. Ce vendredi 27 février, les avocats des parties civiles s'exprimeront avant les réquisitions de l'avocate générale. Le verdict est attendu en milieu de journée (Photo sly/www.imazpress.com)

Après l'audition de plusieurs témoins qui s'est terminée mercredi en début de soirée, cette deuxième journée d'audience a débuté avec le témoignage des membres de la famille de la victime. Les débats ont porté sur le contexte des faits révélés le 12 février 2021, vers 6 heures 50, par la découverte du corps à moitié immergé et sans vie d'une jeune femme.

Il s'agit de Tafita Bodihaly dite Erminah. L'autopsie déterminera ensuite qu'elle est décédée des suites d'une strangulation.

Quelques jours plus tard, Roland Gonthier s'est présenté de lui-même aux enquêteurs. Il explique qu'il a une relation en pointillé avec la victime et qu'il est très certainement le père du dernier enfant. Il nie l'avoir tuée et continue de nier jusque devant les juges.

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- "Tout le monde savait qu'il était le père de la petite fille" -

C'est la mère de la victime qui prend la parole en premier à la barre de la Cour d'assises. Mère de nombreux enfants, des filles et un fils qui s'est suicidé moins d'une semaine après la mort d'Erminah, elle a aussi la garde des deux enfants de la victime.

"Elle aimait ses enfants", constate la grand-mère. "Elle faisait tout ce qu'elle pouvait pour elles" poursuit-elle. "Lui (l'accusé - ndlr) il tapait Erminah. Il venait me voir simplement pour l'espionner" affirme la témoin.

La mère d'Erminah dit aussi que sa fille a commencé à avoir une consommation fréquente d'alcool dès l'adolescence. "Elle a changé d'un coup", explique encore la mère de famille.

- "Il la poussait à boire alors qu'il savait qu'elle était alcoolique" -

Puis, c'est la plus petite sœur de la victime qui est entendue. "Lorsqu'on lui parlait de ses enfants, elle disait qu'elle voulait s'en sortir", souligne la jeune femme. Concernant la dernière fille de la victime, la témoin est claire. "Tout le monde savait que Roland Gonthier était le père de la gamine. Au départ, il était considéré comme un ami de la famille, mais cela a vite changé".

L'enquête démontre que, dès sa demande de reconnaissance en paternité, la situation se dégrade entre la famille de la victime et lui.

"Une chose est certaine", termine la jeune femme, "ma sœur faisait passer ses enfants avant son addiction". Une seconde sœur sera encore plus affirmative. "Il la poussait à boire alors qu'il savait qu'elle était alcoolique. Elle essayait d'arrêter de boire, mais elle n'y arrivait pas car il continuait à la faire boire" martèle la soeur.

- L'accusé affirme "j'aimerais bien savoir ce qu'il s'est passé ce soir là" -

Tout le monde attendait son audition. C'est en milieu de matinée que Jean Roland Gonthier s'est avancé devant la Cour. Dans un premier temps, il va s'exprimer de manière spontanée.

"Comme tout le monde, j'aimerais bien savoir ce qu'il s'est passé ce soir-là. À part ses problèmes d'alcool, c'était une bonne mère, une très bonne mère. Je lui disais de ne plus boire pour qu'elle puisse pouvoir récupérer ses enfants. Je ne l'ai jamais surveillé", explique Roland Gonthier.

"Elle m'a appris trois mois après la naissance de la petite que c'était ma fille. Je suis certain que c'est ma fille car elle me ressemble mais surtout j'ai une tâche dans le dos et elle a la même. C'est elle qui m'a demandé que je reconnaisse la petite", affirme l'accusé. 

La Présidente Doriane Trombi le met, une première fois, devant les contradictions du dossier. "Mais, moins d'une semaine avant son décès, elle affirmait encore que son compagnon au moment des faits (qui a reconnu le bébé) est le père", interroge la magistrate.

Pas de réponse.

- L'accusé peine à s'expliquer -

Dans le dossier il est établi que pour sa part Roland Gonthier a enclenché, devant un juge, une recherche en paternité. Il est même soutenu par la presque totalité de la famille de la victime. "Tout le monde savait dans la famille qu'il était le père de la petite", admet l'une des sœurs. Tous les témoins affirment aussi qu'il était obnubilé par la petite fille.

Point par point, déclaration par déclaration, la Présidente continue de le mettre devant ses contradictions et ses incohérences. L'accusé peine à s'expliquer.

"Le soir du meurtre, vous affirmez, devant les gendarmes en tant que témoin, être retourné sur votre exploitation", poursuit la magistrate. "Vous dites avoir fécondé les pitayas, puis pris une douche, regarder la télévision alors que votre téléphone mobile chargeait un peu plus loin. Puis vous dites que vous vous êtes couchez et avez dormi jusqu'au petit matin sans vous réveillez" détaille la magistrate. 

Quelques minutes auparavant à l'audience, il précise que sur son exploitation il n'y avait pas d'électricité. Alors comment a-t-il pu regarder la télé et recharger son téléphone, demande la Présidente.

L'accusé n'a pas de réponse.

- Ses ex compagnes le décrivent comme alcoolique, violent, menteur et manipulateur -

Plusieurs ex compagnes de l'accusé ont été auditionnées au cours des débats. Toutes le décrivent comme alcoolique, violent, menteur, manipulateur, leur imposant des relations sexuelles alors qu'elles ne le veulent pas.

Aucune n'aura un mot positif le concernant. L'une relatera même aux enquêteurs, une scène où il l'aurait amené sur les lieux exacts de la découverte du corps d'Erminah alors qu'il affirme n'être jamais allé à cet endroit.

À noter que l'accusé retrouvera prochainement l'une de ces jeunes femmes devant la Cour criminelle pour des faits présumés de viols. 

Ce vendredi les avocats des parties civiles s'exprimeront dès le début de matinée avant les réquisitions de l'avocate générale.

Les deux avocats de la défense prendront la parole en dernier pour les intérêts de Roland Gonthier.

Le verdict est attendu en milieu de journée.

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