Arrêts de travail, sanctions financières, surcharge administratives : les raisons de la grève des médecins

  • Publié le 5 janvier 2026 à 13:33
cabinet médical

À compter de ce lundi 5 janvier 2026, les médecins libéraux sont en grève, et ce, jusqu'au 15 janvier. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale crispe la profession. Un PLFSS que les syndicats jugent "punitif" et "déconnecté de la réalité du terrain". À La Réunion, comme dans l’Hexagone, les médecins libéraux dénoncent une surcharge de tâches administratives, la remise en cause de leur indépendance, mais aussi le poids des menaces de sanctions financières liés à la délivrance d'arrêts de travail : il faudrait en prescrire moins et moins longtemps (Photos : sly/www.imazpress.com)

C'est une mobilisation destinée à alerter le gouvernement sur un malaise profond au sein de la profession, qui aura, dans un premier temps, un impact sur les patients. 

Le Dr Christine Kowalczyk, présidente de la Confédération des syndicats médicaux français de La Réunion (CSMF) en est navrée : "C’est dommage d’embêter nos patients, mais c’est le seul moyen de nous faire entendre du gouvernement."

"Leur manière de nous parler nous mine, tout comme cet administratif qu’on n’a pas le temps de faire" déplore le Dr Christine Kowalczyk, médecin généraliste. 

- "Il y a une maltraitance administrative" - 

Au national, la CSMF, ne mâche pas ses mots : "le PLFSS 2026 est une agression pour le monde de la santé privée."

Dans un communiqué, la confédération détaille : "cette loi prévoit entre autres : le pouvoir autoritaire de baisses de tarif sans négociations conventionnelles ni contrôle démocratique."

Le syndicat dénonce : "Des amendes massives pour non utilisation du DMP, le dossier médical partagé, dispositif toujours insuffisamment opérant."

"On nous oblige de plus en plus à des démarches administratives, comme le dossier médical partagé. Ce n'est pas parce qu'on ne remplit pas ces dossiers que nous sommes des délinquants à sanctionner. Les patients se rendent bien compte qu'on est plus devant notre ordinateur qu'à les examiner" explique le Dr Christine Kowalczyk.

La CSMF dénonce également : "la fragilisation de tous les modes d’exercice, la restriction de la liberté de prescription, la pénalisation des consœurs mères de famille et des médecins en cumul emploi-retraite." 

À La Réunion, comme dans l'Hexagone, ces mesures mettent sous pression une profession déjà tendue par le manque de médecins dans certains secteurs. 

- Un manque de reconnaissance - 

Selon le Dr Christine Kowalczyk, amenée à accompagner des collègues lorsqu'ils sont convoqués au motif d'avoir trop prescrit d'arrêts de travail, "on a tous l’impression que notre travail est sous-estimé." 

Elle ajoute : "Pourtant, lors du passage du cyclone Garance l’an dernier, on a bien vu que notre travail était nécessaire. C’est un travail de l’ombre, qui évite que les gens aillent mal et se retrouvent aux urgences. Puisque le gouvernement estime qu’on fait mal notre travail, et qu'on n'est pas utiles, qu’on peut diminuer nos revenus en libéral, on arrête et c’est tout!"   

- Une souffrance réelle dans le monde du travail -

Derrière les arrêts de travail remis en question par l'administration, les syndicats alertent sur une souffrance généralisée dans le monde du travail à La Réunion. 

Le Dr Christine Kowalczyk le constate : "Il y a une souffrance réelle dans le monde du travail. La prise en charge n’est pas suffisante entre les entreprises et la médecine du travail." 

"Que l’arrêt de travail soit limité à un mois, on peut réévaluer des choses sur le plan clinique, ça on peut l’entendre. Mais qu’un administratif juge un arrêt de travail trop long, ça non" nous dit-elle.

"Les médecins que j’ai accompagné sont vraiment des médecins dévoués. Un médecin peut délivrer plus d'arrêts de travail qu’un collègue dans un même cabinet car son profil de patients n’est pas le même, si lui ne s’occupe pas des consultations pédiatriques ou gynécologique de son cabinet par exemple." 

Quand la caisse de sécurité sociale estime qu'un médecin délivre trop d'arrêts, celui-ci reçoit un courrier qui a pour entête le mot "fraude". Une approche mal vécue par les praticiens qui regrettent d'être traités "comme des délinquants" nous dit-on. 

Le Dr Christine Kowalczyk en est persuadée : "On attend de nous que nous stoppions plus vite les arrêts de travail, en mettant les gens en invalidité."

Lire aussi - Sécurité sociale : 114 millions d'euros, c'est le coût des arrêts maladie à La Réunion

- "Une minorité de professionnels abusent des dépassements d'honoraires " -

Dans une lettre ouverte adressée aux médecins le 31 décembre 2025, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, souhaite "renouer le dialogue"' avec les médecins libéraux. Elle assure que certaines mesures qu'ils redoutent ne seront finalement pas appliquées. 

C'est le cas des sanctions financières, en cas d'usage insuffisant du dossier médical partagé. Même si elle a été adoptée par le Parlement, cette mesure a été censurée par le Conseil Constitutionnel : "ces sanctions sont donc supprimées" affirme la ministre de la Santé.

Au sujet des baisses de tarif sans négociations conventionnelles, la ministre reste ferme : "Nous ne pouvons pas nier une réalité : une minorité de professionnels abusent d dépassements, au point de peser sur le pouvoir d'achat de nos concitoyens et d'occasionner des renoncements aux soins, aujourd'hui objectivés. C'est pourquoi j'ai proposé à vos représentants syndicaux de se mettre autour de la table pour retravailler l'ensemble du sujet, dans le cadre conventionnel et dans un calendrier à définir ensemble." 

Une lettre qui n'a pas rassuré les médecins libéraux, le mouvement est maintenu du 5 au 15 janvier 2025, avec une mobilisation dans les rues de Paris le 10 janvier. Les médecins radiologues, vont eux aussi rejoindre le mouvement du 10 au 14 janvier prochain.

ee/www.imazpress.com / [email protected]

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7 Commentaires
Pom
Pom
2 jours

Savez vous qu'un médecin généraliste gagne en moyenne 25 000 euros par mois ? Qu'un radiologue peut atteindre 100000 euros ? J'en connais un qui possède 12 maisons à la Réunion.

Olivier
Olivier
2 jours

C'est une honte pour le gouvernement et horrible scandale je ne peux pas accepter cette humiliation

Will
Will
2 jours

La surcharge administrative est un gros souci pour tous les entrepreneurs et professions libérales, y compris les médecins.

Dauphine
Dauphine
2 jours

Vrai surement pour certains médecins mais il y a des cabinet ou le denigrement envers les patients existe.
A la reunion il y en a plus d'un sans parler du fait qu'il faut prendre rdv , comme si ont decider de tomber malade et le prévoir 2 jourš minimum avant. Où des médecins qui travailles un jours sur sur 2 . Il y en a qui sont en congé tout les mois minimum une bonne semaine voir un mois entier avec des remplaçants inutile.
De nos jours c'est ns de dire au médecin qu elle maladie ou autre ont a tellement ce n'est plus comme avant sans parler du fait que il nous renvoie souvent vers des confrereres aussi inutiles ou directement a la pharmacie vers l homèopathie ou des médicamentsnon rembourser. Avant les médecins étaient la tête dans l encyclopedie des médicaments, maintenant devant l'ordi pour noter juste notre venue sans partage sur l espace santè.

ZembroKaf
ZembroKaf
2 jours

Je c connais beaucoup de patients "mutualisé" qui partent plus "consulter" les spécialistes du dépassement d'honoraires (ex 80 euros) pour une consultation "pipi" !!! 400 euros pour opération "lo zié" !!!
@ Dauphine : entièrement d'accord avec vous !!!

Gramoun'
Gramoun'
2 jours

@ Dauphine:
Heureusement que maintenant il y a les médecins agrégés de Face Book, qui, depuis le Covid, font florès.

Ils n'ont rien étudié, savent un peu lire, mais ils croient tout ce qu'ils disent, et, comme des imbéciles (qu'ils sont) la population les suit.

Avec pour prétexte que tout cela serait "un complot".....

"Dans "complotiste", il y a "plotiste".....

Les médecins ont raison de faire grève, même si cela ne servira à rien, je le crains...

Dauphine
Dauphine
1 jour

Franchement les médecins d'aujourd'hui sont des médecins l eau sucrès pour la plupart. Denigrement envers les patients. Ces chères personnes agees tres malades dans l incapacité de ce deplacer même pas en ambulance , attendant desesperement le médecin traitant venir chez eux malgré l intervention des infirmiers, proches... qui expliquent l'etat de urgence d'hospitalisation le patient incapable de ce lever pour x raison.
Ces les médecins qui ce plaignent de leurs obligation. Les patients qui les defend face à l ignorance dont ils font face de la part de ces médecins qui ne pensent qu'à leur compte en banque et tt le temps en congé.