AprĂšs la crise des planteurs

La CGPER et la FDSEA au bord de l'explosion

  • PubliĂ© le 13 juillet 2017 Ă  06:00
cgper

La nouvelle convention canne signée : les syndicats de planteurs vont-ils se déchirer en interne ? Une question brûlante avec les tensions apparues durant le plus long conflit des 30 derniÚres années de l'histoire de la filiÚre cannes-sucre.

 

Plusieurs agriculteurs s’opposent Ă  l’accord signĂ© avec TĂ©rĂ©os au dernier comitĂ© paritaire de la canne et du sucre (CPCS). MĂ©contents, plusieurs membres de la base contestent leurs leaders. "À l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs, Ă  Bras-Panon, la base votait pour l'accord. Au Gol, les agriculteurs FDSEA disaient non. MĂȘme si FrĂ©dĂ©ric Vienne s’en sort mieux que les leaders CGPER, il peut s’attendre Ă  des contestations", glisse un adhĂ©rent de la fĂ©dĂ©ration dĂ©partementale des syndicats d’exploitants agricoles prĂ©sidĂ©e par FrĂ©dĂ©ric Vienne.

Au sein de son organisation, les rĂ©sultats de ces deux scrutins apparaissent trĂšs serrĂ©s. 59 voix pour et 36 contre dans l’Est. 40 pour et 60 contre dans le Sud. Soit 99 bulletins en faveur de la nouvelle convention et 96 s'y opposant. D’autres sources Ă©voquent d'ailleurs l’influence de l’ex-prĂ©sident de la Chambre d’agriculture, Guy Derand, Ă©lu entre 2001 et 2006. Une figure prĂ©sente tout au long du mouvement achevĂ© le 11 juillet.

"Je ne pense pas qu’on puisse renverser le prĂ©sident Vienne mais une scission se profile au sein de la base. Notamment dans le Sud. On assiste au retour de Guy Derand. Certains planteurs se fient Ă  lui et le considĂšrent comme un sage. Il peut s’engager ou pousser quelqu’un d’autre", analyse un syndicaliste. La mĂȘme ambiance de fronde rĂšgne aussi Ă  l'intĂ©rieur de l’organisation majoritaire. Les rĂšglements de compte commencent Ă  la ConfĂ©dĂ©ration gĂ©nĂ©rale des planteurs et Ă©leveurs de La RĂ©union.

- "Il a menti" -

Clarel Coindin-Virama accuse ses dirigeants de l’écarter de son rĂŽle de reprĂ©sentant de la zone Ouest. "Le porte-parole, Jules Houpiarpanin, m’a bordĂ© avec d’autres reprĂ©sentants car on l’ouvrait trop. Durant les nĂ©gociations, il s’est isolĂ© avec un petit groupe. Sans consulter la base, les reprĂ©sentants ou les Ă©lus de la Chambre. Il a menti en promettant les 6 € d’augmentation. C’est la premiĂšre fois que le syndicat majoritaire reste en retrait dans un combat", lance-t-il d’entrĂ©e.

Les termes "d’incompĂ©tent et de manque de courage" reviennent souvent dans la bouche du troisiĂšme vice-prĂ©sident de la Chambre d'agriculture pour qualifier Jules Houpiarpanin. Clarel Coindin-Virama rĂ©clame sa dĂ©mission et celle du co-prĂ©sident du CPCS, Isidore Laravine, trĂ©sorier de la CGPER. Il l’accuse d’avoir cĂ©dĂ© trop facilement devant le groupe industriel.

"Il n’y a pas eu de grands dĂ©filĂ©s comme avant, avec 1 000 planteurs. Les dirigeants se sont comportĂ©s comme des moutons", ajoute l’agriculteur de la Saline. Il espĂšre d’ici la fin de l’annĂ©e une nouvelle assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de la CGPER. Objectif : Ă©lire un nouveau prĂ©sident. Un poste laissĂ© vacant depuis le dĂ©part de Jean-Yves Minatchy.

"La majoritĂ© de la base veut un renouvellement en prenant le leadership. La CGPER doit revenir au premier plan", prĂ©cise-t-il. Une Ă©chĂ©ance cruciale avec les Ă©lections Ă  la tĂȘte de la Chambre verte en 2019. Un autre Ă©lu sent, lui, de la dĂ©fiance envers Jean-Bernard Gonthier, en poste depuis 2013. "Jean-Bernard a eu un rĂŽle technique aux nĂ©gociations. Il voulu calmer le jeu mais a Ă©tĂ© mangĂ© par le prĂ©fet et TĂ©rĂ©os. Il n’y a pas eu assez de pression syndicale."

- "Tout le monde a été mauvais" -

Une autre source confie : "On ne peut pas demander la tĂȘte du prĂ©sident car nous sommes Ă  18 mois des Ă©lections Ă  la Chambre. S’il tombe, la structure passe sous tutelle." Le responsable actuel rĂ©agit Ă  ces accusations. Il commence par un mea culpa. "En terme de communication, tout le monde a Ă©tĂ© mauvais. La base Ă©tait mĂ©contente car certains ont laissĂ© croire que les six euros Ă©taient possibles." Il ne sent pas monter la contestation autour de lui. Il affiche sa sĂ©rĂ©nitĂ©.

"Quand on prend la dĂ©cision de signer ce type d'accord, on ne fait jamais 100 % de satisfaits. Je prendrai mes responsabilitĂ©s. Si on revenait Ă  l’ancienne convention, on aurait Ă©tĂ© perdant." Il souligne que cette convention Ă©tait arrachĂ©e durant le combat syndical le plus dur des 30 derniĂšres annĂ©es. "C’est la premiĂšre fois que l’on obtient six millions de la part de l’industriel. Il est passĂ© de 49 centimes Ă  trois euros d’augmentation. C’est un accord raisonnable en dessous des attentes des planteurs", nuance le dirigeant.

Le premier vice-prĂ©sident de la CGPER semble lui aussi appeler au renouvellement. "Comme dans toute organisation, il y a des courants qui se forment. Il faut organiser une assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale, dĂ©terminer un bureau et mettre en place un prĂ©sident. Je ne serai pas candidat Ă  la prĂ©sidence", assure-t-il. Un autre observateur interne au milieu agricole estime que Monsieur Gonthier aurait dĂ» jouer Ă  fond son rĂŽle d’arbitre. "Il aurait dĂ» insister pour prononcer le PV de carence en appliquant le prix de la tonne de la convention 2015. Cela aurait permis de nĂ©gocier les prix de la nouvelle convention le temps que la coupe dĂ©bute."

- Querelles syndicales -

D’aprĂšs cette mĂȘme source, des dissidents veulent tenter de prendre le pouvoir Ă  la prochaine AG. "Patrice Pounoussamy vient d’ĂȘtre nommĂ© porte-parole du syndicat dans l’Est. Son nom Ă©tait citĂ© Ă  l'Ă©poque pour succĂ©der Ă  Jean-Yves Minatchy. C’est un leader naturel qui pourrait trĂšs bien prendre le pouvoir", prĂ©dit-il. Les oreilles de Jules Houpiarpanin sifflent beaucoup en ce moment. Dans le collimateur au sein de son propre camp, le porte-parole n’ignore pas cette volontĂ© de changement.

Nous aurions bien voulu le questionner sur tous ces sujets. Encore fallait-il qu'il décroche son téléphone et réponde à nos (multiples) sollicitations, ce mercredi 12 juillet...

En attendant de savoir oĂč mĂšneront toutes ces querelles syndicales, les agriculteurs reprennent actuellement le chemin de leurs champs. La campagne devait dĂ©marrer fin juin dans l’Est. "Les planteurs ont perdu en moyenne 100 tonnes de cannes avec la grĂšve. Ils sortent trĂšs fatiguĂ©s de ce long conflit", indiquent les services de la Chambre d’agriculture.

"Les essais techniques vont dĂ©buter aux usines de Bois Rouge et du Gol afin de remettre en route les machines de chauffe et de presse. Le temps de couper les cannes, de les stocker et d’attendre le top dĂ©part de l’usinier, la coupe ne devrait pas commencer avant le jeudi 20 juillet dans le Nord-Est et, le lundi suivant, le 24 juillet, dans le Sud-Ouest", avancent-ils. 

L’heure de retourner au travail vient de sonner. Celle du rĂšglement de compte chez les syndicats de planteurs Ă©galement


ts/rb/www.ipreunion.com

guest
1 Commentaires
CHABAN
CHABAN
8 ans

Tout le monde a été mauvais!!!!!!!!!!!

le mot est faible!