Madam, Mésyé, la konpani, nou invit azot mariaz lontan

  • Publié le 20 septembre 2026 à 03:00
  • Actualisé le 20 septembre 2026 à 08:27
mariaz lontan fin des années 1980

Mariaz la pa badinaz nou lé dakor, mé i pé fé in ti lanbyans pou fé rapèl a nou koman lé té dann tan matant ek tonton. I apèl sa "mariaz lontan". Cette animation était organisée par des associations, des familles à l'occasion de fêtes de rassemblements populaires ou de fêtes de quartiers. La fête du Journal Témoignages, quotidien du parti communiste réunionnais (PCR) était l'un des lieux où était régulièrement célébré ces mariaz lontan. Une manière pour le PCR de mettre en lumière un pan de la culture et des traditions de La Réunion. Nous vous proposons de revivre en photos l'un de ces mariaz célébré à la fin des années 1980 dans le parc de l'Oasis au Port lors de l'une des fêtes du quotidien communiste (Photo Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Comme dans tous les mariaz lontan une dame et un monsieur s'habillaient en mariée et en marié, les participants revêtaient leurs robes de soirée et leurs costumes.

A pied ou en sharèt bèf, les mariés et le cortège célébrait le mariage tel qu'il se faisait à l'époque. D'abord à la mairie, ensuite à l'église et enfin dans la salle verte.

Pour cette reconstitution que nous proposons de revivre, les participants à la fête de Témoignages se sont mêlés aux invités du cortège. En toute convivialité.

La dernière fête de Témoignages a eu lieu en 1991, 22 ans après sa première édition à Saint-Paul en 1969.

Les mariaz lontan ont continué à être célébré dans les fêtes avant de doucement tomber en désuétude.

Reste la mémoire de nos gramounes, celle qui continue à se souvenir comment on se mariait dann tan lontan.

Ainsi,  Joseph 84 ans et Line 79 ans, orignaires de Saint-Paul, nous racontent quelques bribes de souvenirs de leur propre mariage, célébré le 2 juin 1967, précisément. 

- "Alon marié"-

Pas de genou à terre, pas de bague au diamant de 18 carats, seulement un "Alon marié", symbolique, rempli d'amour, suffisant pour que le couple puisse se féliciter de frôler les noces de diamant (60 ans de mariage). Voilà leur pierre précieuse. Leur amour qui est né dans un bal devant la mairie de Saint-Paul.

"Apré li té désand somin Pavé, li té vien zèt bann ti galé koté mwin kan mi té lav linz Grande-Fontaine", raconte Line, la femme de Joseph.

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Les jeunes emménagèrent rapidement dans leur paillote dans les hauts de Saint-Paul, dans le quartier de Bellemène. Ils eurent une petite fille et plus tard Joseph fit sa demande, simple mais sincère.

Line 17 ans à l'époque, devait avoir 21 ans pour se marier. "Momon la donn anou son konsantman", explique la gamoun.

- Demande simple et mariage simple, mais bonheur éternel -

Le jour du mariage Joseph a revêtu son costume : un pantalon bleu marine, la chemise et la veste grises, des chaussures marron cirées, rapidement recouvertes de poussière. Line resplendissait dans sa petite robe blanche en dentelle, son chapeau et ses souliers blancs.

10h, direction la mairie de Bellemène et l'église, à pied, accompagnés de la famille et des amis. "A lépok navé poin gran légliz la. Té sava dann in ti shapèl ou sa navé lékol dé sèr", explique Joseph.

Pas d'échange d'alliance pour le gramoun, Line a été la seule à en recevoir une. "Mi té èm pa bann zafèr koma", dit Joseph avec amusement.

Les jeunes mariés rentrèrent enfin chez eux pour fêter leur nouvelle union avec leurs invités. "Nou té omwin swasant. Nou la fé in sal vert dérièr nout payot, èk fèy coco èk boi banbou, navé pwin dékorasion", explique Line. "Kan nou té ariv té mèt la mars si in tourn disk, nou té fé lo tour lo sal vert", ajoute-t-elle.

Sur les tables dressées, plusieurs plats a foison : porc, volaille ou encore cabris ; le couple a fait profiter leurs invités de leurs meilleures bêtes. "Nou la fé salad kréson. Lo désèr té in banan", relate Joseph.

Pas de pièce montée de deux mètres ou de petits choux caramélisés, un pâté kréol fait au feu de bois, faisait le bonheur des invités. "Avan té simpl, té pa kom koméla i rod lo bout", affirme les gramoun.

Le repas terminé, les tables débarrassées, parfois avec un invité déjà saoul dormant dessous, le son du sega résonnait et les invités se défoulaient sur son rythme et ce jusqu'à 5h du matin. "Navé pwin la bièr. Domoun té bwar lo ronm, sanpagn ou bien la likèr èk boudwar. Pou marmay navé coca èk bann limonad dann bann ti boutèy an vèr. Nou té sa rod la boison la boutik sinoi Bèlmèn mèm", nous dit Joseph.

Et voilà une union célébrée en grande pompe, sans décoration, sans repas en dix étapes, sans vêtements extravagants ou encore sans deux cents invités, mais avec le plus important : la chance d'être réunis avec ses proches.

- "Petit et grand mariage : les traditions d'autrefois -

Mais tous les mariages ne se passaient pas exactement de cette manière. "Nou nou la fé in ti mariaz", explique Line.

À l'époque, la mariée avec sa grande robe, le voile sur le visage et la longue traîne, signifiaient le "grand mariage". "Kan ou té ankor jèn fi, té fé in gran mariaz èk gran kortèj èk omwin san moun", ajoute-t-elle.

La gramoun nous explique que les couples n'ayant pas encore "pris leur ménage" avaient droit à un mariage plus grandiose. "Mariaz Rita (amie des gramoun à l'époque), la organiz si plizièr moi. La soizi lo bann kavalié èk lo bann kavalièr", explique Joseph.

En effet, à l'époque les grands mariages réunissaient des dizaines et parfois une cinquantaine de cavalières au bras de leurs cavaliers, qui défilaient derrière les mariés.

"Navé in diférans èk ti mariaz kom la not, èk ban gran mariaz", ajoute le gramoun

Aujourd'hui, il n'y a plus de distinction entre petit et grand mariage. Les jeunes fiancés investissent des dizaines de milliers et défilent en cortège de voitures, sous les klaxons signifiant leur union naissante. "Anou osi nou té fé lintérésan èk nout ti mariaz", conclut les gramoun.

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Employés communaux sous pression ste suzanne
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