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Migrants : pour notre honneur de Réunionnais peuple banian, arrêtons les fantasmes et la xénophobie

  • Publié le 10 février 2023 à 12:34
  • Actualisé le 12 septembre 2023 à 16:41

Si depuis la première vague d'arrivées en 2018, les réactions ont été mitigées à La Réunion concernant l'accueil des migrants Sri Lankais, depuis quelques mois, une nette montée de la xénophobie se fait ressentir. Entre commentaires désobligeants voire carrément criminels, personnes hurlant de "foutre les migrants à la mer" et autres joyeusetés, difficile de continuer à prôner ce "vivre-ensemble réunionnais" que beaucoup aiment encore agiter. (Photo Navire de migrants Sri-Lankais au port ouest photo RB imazpress)

• La Réunion envahie ?

C'est probablement l'une des remarques que l'on lit le plus. La Réunion sera bientôt "envahie" par les migrants. Comme le rappelait justement le préfet Jérôme Filippini en janvier dernier, ce sont environ 400 Sri Lankais qui sont arrivés entre 2018 et 2023 à La Réunion, dont plus de la moitié a été expulsée. Des expulsions qui peuvent se traduire par un séjour en prison à leur retour dans leur pays, si l'on peut se permettre de le rappeler.

Sur une population de plus de 860.000 habitants, il faut tout de même être complètement hors-sol pour estimer que 200 personnes représentent "une invasion". Ou juste de - très - mauvaise foi.

• Oui, les personnes autorisées à rester à La Réunion ont une bonne raison

Si la France aime se targuer d'être une terre d'asile, dans la réalité des faits, ce sont environ 25% des 140.000 décisions prises par l'Ofpra en 2021 qui ont été acceptées, selon la Cimade.

La Réunion n'échappe donc pas à la règle, alors que plus de la moitié des personnes arrivées ont été expulsées sans pouvoir même prétendre à une demande d'asile.

L'Ofpra n'accorde en effet l'entrée sur le territoire que si le demandeur prouve qu'il a été battu, emprisonné…injustement dans son pays, et qu'un retour présente un danger avéré. Un exercice compliqué, ces éléments n'étant pas particulièrement simples à prouver.

Partez donc du principe que toute personne autorisée à déposer une demande d'asile possède des preuves tangibles du danger qu'elle encourt. Et qu'une autorisation d'entrée sur le territoire n'équivaut pas à un statut de réfugié, la demande pouvant toujours être refusée après de longs mois d'attente.

• Non, ils ne prennent la place de personne

C'est toujours la même rengaine qui ressort quand il est question de réfugiés : "et nos SDF, alors ?!". Outre le fait que beaucoup ne semblent pas vraiment se préoccuper des personnes sans-abris sauf lorsque l'on parle de migrants, ces derniers ne sont pas logés dans les hébergements d'urgence, qui sont eux justement mis en place pour les personnes sans domicile fixe.

Premièrement, lorsqu'un navire transporte moins de 20 personnes, ces dernières sont prises en charge dans le sous-sol de l'aéroport. On est loin de l'hôtel 4 étoiles. Et lorsqu'on se préoccupe réellement de la dignité des personnes SDF, on ne souhaite normalement pas qu'elles soient logées dans un sous-sol, entassées sur des lits de camp. Mais ce n'est bien sûr que notre avis.

Et s'il est vrai que des hôtels (voire des gymnases) peuvent être réquisitionnés, il est tout de même curieux de s'imaginer que ces derniers vivent la belle vie. Partager sa chambre à quatre, cinq personnes, sans être autorisé à en sortir, cela ne nous semble pas vraiment paradisiaque, comme séjour.

Lire aussi – Migrants Sri-Lankais : La Réunion terre d’attrait, mais pas (toujours) d’accueil

• Non, on ne peut pas les rejeter à mer

Y a-t-il vraiment besoin d'argumenter ? Car c'est bien cela que certains ont réclamé, parfois dans des commentaires que nous nous refusons de publier sur notre site.

Non, on ne peut pas laisser les laisser en mer en courant le risque qu'elles se noient, que ces personnes soient sri lankaises, comoriennes, ou en provenance du nord de l'Afrique – comme celles qui se noient régulièrement dans la Méditerranée. Il est tout de même alarmant de devoir rappeler ce fait, qui relève tout de même de l'humanité la plus élémentaire.

• Non, ils ne sont pas grassement payés

L'une des croyances les plus tenaces est que les demandeurs d'asile reçoivent des sommes astronomiques pour vivre. En réalité, ils perçoivent 6,80 par jour lors qu'ils sont seuls, soit 200 euros par mois.

"Un montant supplémentaire peut être versé si le demande d'asile a accepté l'offre de prise en charge, a manifesté un besoin d'hébergement et n'a pas bénéficié gratuitement d'un hébergement" rappelle le gouvernement. Cette aide n'est par ailleurs accordé qu'en cas de revenu mensuel inférieur au RSA.

A noter que les demandeurs d'asile n'ont pas le droit de travailler pendant une période de six mois. Si cela dérange autant qu'une allocation soit versée, adressez-vous au gouvernement pour qu'ils soient en capacité de travailler et d'obtenir un salaire. Mais ne venez pas vous plaindre ensuite qu'ils "vous volent votre travail".

• Non, Maurice ne pouvait pas les garder

Tout simplement car ils n'y ont pas demandé asile. Comme le rappelait le préfet dernièrement, “les migrants passent parfois par les eaux mauriciennes, mais ils ne se signalent pas parce qu’ils n’ont pas l’intention d’aller à Maurice, mais en France".

Maurice n'est par ailleurs pas signataire de la convention de Genève sur l'asile, contrairement à la France – ce qui fait, à nos yeux, partie de son honneur. Encore faudrait-elle qu'elle la respecte vraiment.

• Oui, la situation au Sri Lanka est désastreuse

Si vous suivez un peu l'actualité, vous devez savoir que le Sri Lanka est en proie à une grave crise économique, qui a d'ailleurs menée à d'immenses manifestations en 2022. Mais même avant cette crise, des tensions existaient déjà dans le pays entre la population cinghalaise, et l’ethnie tamoule. Plus de 100.000 personnes sont mortes au cours de ces affrontements.

Tout humain est légitime dans la recherche du meilleur, pour lui comme pour sa famille, qu'ils soient originaires du Sri Lanka ou de n'importe quel pays sur la planète.

Lire aussi : Le Sri Lanka face à ses “échecs” pour l’anniversaire de son indépendance

• Oui le vivre ensemble réunionnais est de plus en plus mis à mal

Sans surprise d'ailleurs, ceux qui invectivent les migrants sont aussi ceux qui invectivent les Mahorais, les Malgaches, les Comoriens, les Zorey... Il n'y a qu'à voir le déversement de haine qui s'opèrent sur les réseaux sociaux dès qu'un article traite du sujet. Pour un peuple bâti sur le métissage, qui aime se targuer de son "vivre-ensemble exemplaire", cela est tout de même curieux.

Oui, nous sommes tous arrivés en bateau, il faut s'en souvenir, alors arrêtons de faire se retourner nos ancêtres dans leurs tombes. C'est parce qu'ils sont arrivés d'Afrique, de Chine, d'Europe, d'Inde, de Madagascar et d'ailleurs que nous, Réunionnais, sommes là aujourd'hui.

"La Réunion n'est pas une poubelle", éructent certains sur les réseaux sociaux - peut-être est-ce les mêmes qui font cela – comme si comparer êtres humains et déchets étaient une chose normale.

Rien autorise le racisme et la xénophobie et surtout pas une pseudo liberté d’expression dévoyée. Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. Ne serait-ce qu’à ce titre, il n’aura jamais sa place dans notre média.

Ce que nous écrivons-là ne plaira sans doute pas à tout le monde, tant pis ou tant mieux.

Mais nous continuerons à le dire et à l'écrire pour notre honneur de Réunionnais, peuple banian, et pour notre humanité, tout simplement.

La rédaction d'Imaz Press / redac@ipreunion.com

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