Quel parcours jusqu'en demi-finale du Mondial-2018! EcartĂ© des jeunes d'Arsenal, trop petit, trop lent, prĂȘtĂ© par Tottenham Ă des clubs de seconde zone, Harry Kane est aujourd'hui au sommet. Et le dĂ©clic est venu d'un documentaire sur une lĂ©gende du football amĂ©ricain!
"Il est l'un des nĂŽtres": les "Spurs" peuvent le crier haut et fort, mais le Londonien de 24 ans n'a pas pris l'autoroute pour rejoindre White Hart Lane.
NĂ© Ă Walthamstow, Ă 15 minutes du stade, Kane a plutĂŽt pris les chemins de traverse, passant notamment par Arsenal, Millwall et Leicester.
"On pouvait le voir tout de suite, mĂȘme s'il Ă©tait jeune, il tapait trĂšs bien dans un ballon", se rappelle pour l'AFP David Bricknell, entraĂźneur de l'Ă©quipe de jeunes des Ridgeway Rovers, cĂ©lĂšbre pour avoir aussi lancĂ© David Beckham.
"Je fais ça depuis plus de 20 ans et il n'y en a probablement qu'une poignée qui s'est démarquée comme ça", ajoute le recruteur de Tottenham. "Nous l'avons eu pendant deux saisons. Il a marqué beaucoup de buts. Arsenal l'a repéré trÚs tÎt. Mais, là -bas, ça a été dur à cause de sa mobilité."
- "Harry... Arsenal t'a renvoyé" -
La suite, Kane l'a confiée en février dans un article écrit par ses soins sur le site américain The Players Tribune. "Un jour, j'avais huit ans et je me rendais au parc avec mon pÚre", raconte le joueur. "Il a mis son bras sur mon épaule, et il a dit: +Harry... Arsenal t'a renvoyé+ Je ne me souviens pas vraiment de ce que j'ai ressenti à ce moment-là . (...) Mais je me souviens de la réaction de mon pÚre et de ce qu'il m'a fait ressentir. Il ne m'a pas critiqué. Il n'a pas critiqué Arsenal (...) Il a juste dit: +Ne t'inquiÚte pas, Harry. On travaillera plus dur et on trouvera un autre club, d'accord?+"
Ce fut le premier coup de semonce. Kane n'a en effet pas suivi la voie tracée des Michael Owen et Wayne Rooney, destinés depuis le plus jeune ùge à devenir les stars de l'Angleterre. En fait, il rebondit à Watford. Et c'est un triplé contre les Spurs qui a convaincu son club de c?ur de l'attirer en 2004. Mais encore une fois, rien n'a été facile.
"Quand il a eu environ quatorze ans, c'était limite pour le garder", assure l'ancien dirigeant de Tottenham, Chris Ramsey, dans le magazine FourFourTwo. "Il a toujours eu du talent, mais il était petit et les petits joueurs ont toujours du mal à percer." Kane a compensé son manque de qualités physiques par la volonté. "Un volume de travail" et une "mentalité" impressionnante pour celui qui était alors directeur du centre de formation, Alex Inglethorpe; il se souvient d'un buteur "obsédé par sa finition".
- La lumiÚre dans le canapé -
PrĂȘtĂ© Ă Leyton Orient, Millwall et Norwich avant mĂȘme d'avoir 20 ans, il a pourtant bien failli se dĂ©courager. Il part Ă Leicester, Ă l'Ă©poque en D2, au dĂ©but de l'exercice 2012-2013.
Barré par la concurrence, Kane touche le fond à force de cirer le banc des "Foxes" (avec Jamie Vardy!). C'est un documentaire sur Tom Brady, le plus grand quarterback de l'histoire du football américain, qui a alors complÚtement changé sa vie. Raillé pour son physique ordinaire, négligé par les recruteurs, Brady n'a été que le 199e choix à la draft, au sixiÚme tour (sur sept). Vexé, il en a fait une force pour remporter cinq Super Bowls avec les New England Patriots.
"J'ai Ă©tĂ© Ă©poustouflĂ©", raconte Kane. "C'Ă©tait une vĂ©ritable source d'inspiration. Brady croyait tellement en lui, il a continuĂ© Ă travailler et Ă travailler, presque obsessionnellement (...) C'est comme si une lumiĂšre s'Ă©tait allumĂ©e dans ma tĂȘte ce jour-lĂ , lĂ , dans mon canapĂ© Ă Leicester." L'Ă©tĂ© suivant, trop dĂ©terminĂ© Ă prouver qu'il possĂšde le talent pour au moins s'entraĂźner avec les Spurs, Kane refuse un nouveau prĂȘt.
"C'Ă©tait comme si je pouvais voir mon rĂȘve d'enfant, lĂ devant mes yeux, mais qu'il Ă©tait hors de portĂ©e. J'attendais que quelqu'un me l'apporte. Mais la vie ne vous donne jamais rien, hein? Il faut l'attraper." Comme attraper une Coupe du monde en finale le 15 juillet Ă Moscou?
AFP

